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Comment la foi influence leur vision de l’entreprise

Marc Larchet (à gauche) et Caroline Lehmann (à droite) rencontrent Emmanuelle Campagne, Étienne Weber, Vincent North et Hervé Rohrbacher

Loin de toute volonté de prosélytisme, deux dirigeants, une cadre et un délégué du personnel ont accepté d’évoquer comment leur foi chrétienne influence leur vision de l’entreprise, leur pratique du dialogue social et leurs choix, parfois cruciaux.

 

Sur leur ancrage dans la foi chrétienne.

À l’instar d’Emmanuelle Campagne, responsable des achats, de l’immobilier et du développement durable à la CAF de Strasbourg, que ça ne dérange pas d’être « identifiée comme chrétienne » mais qui ne veut pas se voir « coller des étiquettes », aucun des quatre responsables ne revendique sa foi dans le cadre de ses fonctions. Pour autant, Hervé Rohrbacher, codirigeant de la société Codris à Brumath, affirme qu’« on n’est pas chrétien uniquement le dimanche mais dans toutes les dimensions de sa vie, y compris celle de l’entreprise. Respecter ce que l’on dit engage et oblige ». Étienne Weber, dirigeant salarié de deux filiales d’un grand groupe du BTP, dit faire référence à sa foi « implicitement, par mon attitude ». Quant à Vincent North, ingénieur chez Lilly France à Fegersheim et délégué du personnel apparenté CFTC, il estime important d’avoir un comportement en accord avec sa foi, qui « privilégie ce qui est droit, juste, véritable, à même de favoriser le dialogue social ».

 

Leur vision de l’entreprise

« Lieu de vie et d’échanges ayant pour but de créer de la valeur, qu’il s’agisse d’un bien ou d’un service, permettant de rémunérer les collaborateurs et de répondre aux objectifs fixés par les actionnaires », tous sont unanimes pour souligner l’importance du rôle social de l’entreprise. Étienne Weber la définit comme « un écosystème source de reconnaissance, d’intégration dans la société et d’ascenseur social ; l’humain y est au centre de tout ». Selon Vincent North, c’est aussi « un monde avec beaucoup de clichés entre salariés et patrons, qu’il faut chercher à dépasser à force de pédagogie. Car monter les gens les uns contre les autres est contre-productif ».

 

Le partage des richesses et des décisions

Au-delà de la participation des salariés aux résultats de l’entreprise et des primes, Étienne Weber estime que « le salaire est certes le nerf de la guerre, mais la motivation est beaucoup plus large. C’est pourquoi on n’a pas le droit de tricher, ni avec la rémunération, ni avec les personnes, quelles que soient leurs fonctions. Les petits chefs ça n’existe plus ! Il est nécessaire de faire preuve de respect, d’honnêteté, de dialogue, de savoir où on va et de faire adhérer au projet, même si c’est à remettre sur le métier chaque jour ». Un point de vue que partage notamment Vincent North : « Si on est en permanence dans la gestion des conflits, c’est une perte d’énergie et de temps considérable. On a tout intérêt à ce que le dialogue social soit le plus serein possible. »

Hervé Rohrbacher, lui, exprime le besoin de nourrir sa réflexion de dirigeant en étant sans cesse à l’écoute de son équipe, « pour prendre des décisions que je peux expliquer, argumenter, faire comprendre et partager ».

 

La gestion des situations difficiles

Dans ses fonctions managériales, Emmanuelle Campagne constate qu’« on peut avoir les meilleures intentions du monde en termes de justesse et de transparence, ça n’est pas pour autant que l’on nous croit. Cela n’est pas toujours simple à accepter ». Vincent North, tout en exprimant parfois son désaccord sur certains choix de la direction, dit veiller à « ne pas rompre le dialogue ». Sur la façon d’accompagner les collaborateurs qui se positionnent systématiquement contre les orientations souhaitées par l’entreprise, il juge important de les considérer comme « des lanceurs d’alerte, dans la mesure où ils mettent le doigt sur des problèmes qui finiraient tôt ou tard par surgir ».

Dans tous les cas, Hervé Rohrbacher, tout comme Étienne Weber, disent ne pas laisser de côté la personne qui s’oppose : « La première chose que je cherche à voir, c’est son côté positif et de le valoriser », relate ce dernier. « Mais si on se rend compte que son comportement met en péril l’entreprise, il faut envisager un licenciement. Dans de tels cas, il est important d’accompagner la personne ; on ne peut pas la casser, la jeter. La rupture conventionnelle, quand elle aide l’autre à rebondir, est une bonne chose. La crédibilité se gagne sur la durée avec un souci constant de transparence, de recherche de la vérité pour asseoir une compréhension entre salariés et direction », conclut sur ce point Étienne Weber.

 

Leurs préoccupations actuelles

Pour Vincent North, le dialogue social s’est durci ces dernières années. Il redoute que les nouvelles dispositions de la loi travail génèrent encore plus de conflits : « Il y a dix ans, lors d’un plan social dans mon entreprise, les salariés ont été correctement accompagnés. Avec les nouvelles dispositions, se recaser à 45-50 ans sera beaucoup plus compliqué. » Emmanuelle Campagne, tout en partageant ces réserves, trouve positif de pouvoir d’ici peu démissionner tout en bénéficiant des indemnités chômage. « Cela permettra à davantage de personnes de prendre le risque de bouger et amènera plus de fluidité sur le marché du travail. » Hervé Rohrbacher pointe quant à lui les problèmes liés à « l’empilement des charges sociales et patronales » et à la compétitivité des entreprises en France. Sans parler de la difficulté de recruter les profils recherchés, « un gros frein au développement » d’après lui. Étienne Weber insiste sur ce point : «  L’urgence doit porter sur l’effort de formation, nous avons un gros manque de personnels qualifiés. Et cela est le résultat d’années de pénurie en termes de formation et d’apprentissage. »

Enfin, pour ce qui est de l’évolution du travail, Emmanuelle Campagne constate les effets néfastes de la messagerie électronique : « Nous sommes constamment dans l’urgence et l’immédiateté et finalement cela nous fait perdre du temps. » Vincent North pense néanmoins que « les nouvelles formes de travail pourront faciliter la conciliation entre vie professionnelle et vie personnelle ».

Rien ne remplace « le face à face, autour d’une table, surtout sur des sujets sensibles»  puisque « l’homme sera toujours au cœur ». Une conviction d’Étienne Weber que partagent les trois autres chrétiens en entreprise, témoins que « la foi est une ressource et une espérance ».

Caroline Lehmann (Le Nouveau Messager) et Marc Larchet

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