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AccueilDossiersFévrier 2018Gens des rues : ils témoignent

Gens des rues : ils témoignent

Ils s’appellent Gérard, Kadour, Jacky, Ana, Markus et David. Ils vivent ou ont vécu dans la rue. Nous les avons écoutés et rencontrés. Un élan d’humanité.

 

Gérard

Gérard

Ardennais, Gérard est arrivé à Strasbourg il y a 7 ans. Il travaillait alors dans la ferme familiale, une exploitation de 80 hectares. Après la mort de ses parents, il s’est retrouvé dans un état dépressif. « J’ai alors voulu couper les ponts avec ce qui avait été jusque-là ma vie et le monde de mon village. » Attiré par le Marché de Noël, le choix d’une destination s’est alors focalisé sur Strasbourg. « Comme la ville m’a plu, j’y suis resté », dit Gérard comme une évidence.

Il est donc à la rue depuis tout ce temps, du côté de la Place Kléber qui est devenue petit à petit son domaine. Gérard est devenu « le patron » parmi ses compagnons d’infortune. C’est lui qui organise et veille sur la vie du groupe dans un passage balayé par les courants d’air. Quand il reçoit de la nourriture,  il se charge de la redistribuer. Il stocke également des cartons et des couvertures pour les futurs arrivants. Quelquefois, à la suite de bagarres, les riverains appellent la police qui décide de faire le ménage en faisant venir la benne à ordures. Tout est alors à recommencer.

C’est à la librairie Kléber que Gérard passe son temps, participant souvent aux conférences  proposées. Le jour de notre rencontre, il était pressé car il allait écouter le général de Villiers, « ça va me rappeler mon service militaire à Constance, quand j’étais chauffeur du colonel ». Ne lui parlez surtout pas de foyer d’hébergement pour être à l’abri du froid de l’hiver ! « On se retrouve avec des gens sales qui ne pensent qu’à vous piquer vos affaires. Je préfère dormir dans la rue même quand il fait froid. À la longue, on s’y fait. »

 

Kadour

Kadour

Kadour n’est pas vraiment à la rue. Il a la chance d’avoir un hébergement. Certaines nuits pourtant, il dort dehors pour ne rentrer chez lui que vers 5 heures du matin. Il vit de la rue en faisant des petits boulots. « Je rends des petits services pendant le Marché de Noël. Je vais chercher de l’eau pour ceux qui sont dans les chalets. J’aide aussi à porter des paquets dans les centres commerciaux. » Il me montre alors un sachet en plastique rempli de pièces qu’il sort de sa poche : « Regarde ce qu’on m’a demandé aujourd’hui. Je suis allé faire de la monnaie sur 50 euros pour un chalet de Noël… Je pourrais partir avec ! » La tentation est sans doute très grande mais il est aussi conscient de la confiance qui lui est faite. Alors il remet le sachet dans sa poche pour être sûr qu’on ne vienne pas le voler. « En dehors du Marché de Noël, je fais la manche aux portes des parkings. »

 

Jacky

Jacky

Âgé de 69 ans, cela fait 21 ans que Jacky s’est arrêté de travailler après s’être retrouvé sans logement. Après avoir passé une période difficile, il a été mis sous curatelle. Il habite aujourd’hui sous un toit et vit de sa petite retraite de la SNCF. C’est sans doute pour cela qu’il est imbattable sur les numéros de départements et les sous-préfectures.

Toute la journée, il se promène dans Strasbourg pour rencontrer ses amis de la rue. Il participe aux activités de l’aumônerie car la prière est importante dans sa vie et que « là au moins, les choses sont simples, car je n’aime pas quand il y a beaucoup de monde. Vous savez, tous les matins je vais à l’église pour prier, mais tout seul. »

 

Anna

Anna aux côtés du père Gérard Clodon

Je vous l’avoue, ma vie n’a pas toujours été rose, rose. Je suis Strasbourgeoise. J’ai été élevée dans un foyer jusqu’à l’âge de 14 ans et ensuite, j’ai travaillé à la ferme. Pendant trois ans, j’ai vécu dans la rue où j’ai connu l’alcool, la violence car je n’avais personne à qui me rattacher. Parfois, je dormais dehors. Si j’en suis sortie, c’est grâce à un monsieur qui m’a prise chez lui. J’ai 67 ans mais on me dit toujours que j’ai l’air plus jeune. J’ai 6 enfants et 12 petits-enfants. Mon dernier mari a d’ailleurs donné son nom à tous mes enfants. Depuis que je suis allée à Lourdes, mes enfants et moi, on a repris le contact. Mal lunée, c’est un mot qui ne fait pas partie de mon vocabulaire. J’ai la chance de pardonner assez facilement aussi. Trois fois par semaine, je rends des services à l’église Saint-Pierre-Le-Vieux. J’ouvre la porte aux personnes qui entrent, je les accueille. Vous savez, on ne doit refuser l’entrée de l’église à personne, pas même à un SDF. Moi, quand je suis à l’église, je suis la plus heureuse des femmes. Je suis heureuse de faire partie de l’aumônerie de rue. On se rassemble tous les premiers samedis du mois pour un temps de prière. J’en profite pour jouer de l’harmonica que j’ai appris par moi-même. Quand je ne suis pas devant l’église, je rends des services dans ma cité. J’aide les gens pour faire les courses. Je n’attends rien en retour, c’est juste gratuit.  Pour moi, la vie c’est comme un livre, tous les jours, tu tournes la page.

 

Markus

Markus

Je suis né en Allemagne et j’ai été engagé pendant 15 ans dans la légion. Après l’armée, ça a été le retour à la vie normale avec des histoires compliquées avec les femmes. Un jour, je me suis dit No women, no cry et j’ai pris cette décision : « Tu vas dans la rue, tu vis dans la rue et tu meurs dans la rue ». Je vis dans la rue depuis 6 ans, avec des interruptions. Je n’ai pas de chien car j’ai déjà du mal à être responsable de moi-même alors d’un chien ! Mais bon, si on m’en proposait un, je ne dirais pas non. C’est un combat pour que mes affaires soient rangées et en ordre. Dans la rue, il y a parfois des gens qui m’embêtent et qui me volent mes affaires. Je ne suis pas en paix tous les jours. Un jour, j’ai ouvert ma boîte de Pandore, après que de mauvaises choses soient sorties, il est resté l’espérance. Même si je ne suis pas très régulier aux temps de prière de l’aumônerie de rue, je suis croyant. Regardez, j’ai un chapelet autour du cou. Si on ne croit en rien, c’est l’espérance qui meurt. Ce que je me souhaite pour l’avenir, c’est une bonne santé et la paix, pour moi et pour le monde. Nous vivons tous ensemble sur une seule planète. On est tous des êtres humains. Je trouve que la plupart des gens vivent comme des robots. Moi, je dors ici et je fais mon travail en demandant de l’argent. Dans la rue, j’apprends à connaître les gens, celui qui bosse à l’usine, il n’a pas cette chance. La rue, c’est mon université.

 

David

David lors de l’activité “Bredele de Noël” organisée par l’aumônerie de rue.

David, 30 ans, était présent lors de l’activité « Bredele de Noël » organisée par l’aumônerie de rue. Le jeune homme, plutôt silencieux, suit attentivement les préparatifs. « Je suis arrivé à Strasbourg il y a trois mois », explique-t-il. « Depuis trois ans, je m’y rends à Noël et Nouvel An, pour voir les copains de rue. » Le reste du temps, il vit dans son studio d’une ville de la Meuse. Un choix difficile à expliquer, mais surtout à comprendre, car loin des sentiers de vie classiques. Cet aide-maçon n’est en réalité jamais parvenu à décrocher son diplôme. « J’aurais voulu être vétérinaire ou informaticien, mais il faut un tas de diplômes et comme j’ai des difficultés pour apprendre… », précise-t-il en haussant les épaules d’un air impuissant. Trouver du travail dans ces conditions est presque impossible et sans argent, David ne peut pas passer le permis. Au final, il préfère se joindre à ses connaissances de la rue avant de conclure : « Je suis un gars solitaire, j’aime pas trop le monde ! »

 

Témoignages recueillis par Isabelle Dumont et Hérvé Jégou

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