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AccueilDossiersFévrier 2018Ils vivent dans la rue, qui sont-ils ?

Ils vivent dans la rue, qui sont-ils ?

 

Ils sont appelés « sans abri », « sans domicile fixe », « sans logis » ou « clochards. Ils dorment au coin des rues, sur le parvis des églises, dans des caves, des parkings ou des bâtiments désaffectés. En marge de la société, ils vivent dans la rue à la suite d’échecs ou de rejets. Ils sont le plus souvent les victimes d’une vie qui bascule en dehors du « monde normal » qui ne doit pas faire oublier que ces « blessés de la vie » sont d’abord et avant tout des personnes et des frères en humanité.

 

D’ordinaire, les passants font semblant de ne pas les voir, comme s’ils étaient invisibles. Refuser de les voir, peut-être par peur de croiser leur regard ou par mauvaise conscience ! Depuis quelques années, tout est fait pour les empêcher de s’installer : bancs avec des accoudoirs interdisant de s’allonger, dispositifs à picots devant ou sur les murs, et même, dernière innovation, des jets d’eau froide à l’entrée de parking… La volonté des municipalités ou des particuliers ne serait plus seulement de ne pas les voir mais de les faire disparaître. Manière ô combien surprenante de traiter un problème car, comme le dit Christophe Robert, de la Fondation Abbé Pierre : « Plutôt que de faire la guerre aux pauvres, faisons la guerre à la pauvreté » (Le Parisien 06/12/17).

Les politiques s’emparent régulièrement du problème pour promettre qu’une fois élus, ils mettront tout en œuvre pour faire disparaître les causes de cette marginalisation. Le 18 mars 2002, Lionel Jospin, alors premier ministre, promettait d’atteindre l’objectif de « zéro SDF d’ici à 2007 ». Lors de la campagne présidentielle de 2007, Nicolas Sarkozy déclarait : « Je veux, si je suis élu président de la République, que d’ici un à deux ans plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir et d’y mourir de froid. » Le président Macron déclarait quant à lui le 27 juillet 2017 : « Je ne veux plus, d’ici la fin de l’année, avoir des hommes et des femmes dans les rues, dans les bois. Je veux partout des hébergements d’urgence. » Pourtant, en ce début d’année, des gens vivent toujours dans la rue. Les médias en parlent pendant les grands froids quand il faut, de toute urgence, trouver des hébergements. Quand reviennent les beaux jours ils disparaissent une fois de plus de nos écrans et de nos magazines.

Qui sont-ils ?

Les enquêtes ou les rapports sur les gens des rues sont nombreux, menés par l’INSEE ou par les acteurs sociaux qui essaient de donner des réponses à ce problème de société : Fondation Abbé-Pierre, SAMU social, Secours Catholique… Les chiffres sont évidemment difficiles à évaluer compte tenu de l’absence d’outils statistiques appropriés et de la mobilité de cette population.  Il y aurait en France aujourd’hui, selon la Fédération des Acteurs de la Solidarité, entre 150 000 et 240 000 personnes dans la rue (la moitié en Ile-de-France). Une seule certitude, la situation ne cesse de s’aggraver.

Les chiffres dont on dispose concernent la situation à Paris. Cette population est constituée à 83% par des hommes contre 17% de femmes. On ne trouve pratiquement pas de personnes ayant 65 ans et plus. 57% des hommes et 45% des femmes ont entre 31 et 50 ans. 48% des femmes ont entre 18 et 30 ans contre 22% pour les hommes. Depuis plusieurs mois les associations et les municipalités tirent la sonnette d’alarme devant l’arrivée d’enfants migrants depuis le Maghreb ou l’Afrique sub-saharienne. En 2016, la Caritas d’Alsace a pris en charge une trentaine de mineurs non accompagnés.

On pourrait croire a priori que les gens des rues ne font pas partie du monde du travail. Pourtant 25% des hommes SDF déclarent travailler, en CDD ou même en CDI. C’est principalement le coût du logement et l’insuffisance des logements sociaux qui maintiennent à la rue toutes ces personnes qui pourraient prétendre à un toit.

Alors que pour chaque français, la vie ne cesse de se rallonger, il n’en va pas de même dans le monde des gens de la rue. Les raisons sont multiples : la malnutrition et tout ce qu’elle entraine, le manque de suivi médical qui empêche la prévention de nombreuses maladies (diabète, hypertension), la consommation excessive d’alcool et de tabac. En 2017, le collectif « Les Morts de la rue » a recensé 407 décès (500 en 2016).

 

Mendier pour vivre

Si une petite proportion des gens des rues a un contrat de travail, les autres doivent aussi « travailler » pour récolter les euros nécessaires pour vivre. Les lieux privilégiés sont les boulangeries et les distributeurs de billets. Des lieux qu’il faut souvent défendre contre une concurrence « féroce », souvent source de violence. Nicolas Clément, bénévole au Secours Catholique note que ce « boulot est pénible physiquement et psychologiquement. A Paris, près de la gare de Lyon, les mendiants embauchent de 7h45 à 18h00. Ça demande un talent marketing : les uns ont construit un petit discours, récitent des poèmes ; d’autres restent assis et silencieux. Cela ne rapporte pas grand-chose ! Cela tourne toujours entre 5 et 15 euros par jour. Enfin, c’est une lutte, une concurrence » (Le Un, n° 180).

Julien Damon, sociologue, a fait une typologie des mendiants de la rue. Ceux qui sont dans le plus grand dénuement font partie de la catégorie des « Misérables ». On les trouve aux coins des trottoirs, tendant la main ou devant une boite près de laquelle un appel à la charité est rédigé à la main. D’autres sont à mettre dans la catégorie « Artistes ». Ils chantent ou ils jonglent, font de la musique ou interprètent des sketchs. Leurs lieux de prédilection sont souvent les métros dans lesquels le défi à relever est de faire sourire pour que la quête finale soit bonne. Une catégorie en net déclin est celle des « Vendeurs de journaux ». Née il y a plus de 20 ans, cette presse particulière était une manière de redonner une dignité à ceux qui mendient dans la rue. Personne n’était dupe évidemment, ni le vendeur… ni l’acheteur qui trouvait là une raison d’exercer un geste de solidarité dans une relation transactionnelle. La dernière catégorie est celle des « Exploités ». Elle est constituée par les plus jeunes qui sont utilisés par les adultes pour attirer la compassion. Il s’agit de tous ces enfants dans les bras de leur mère par tous les temps, où tous ces adolescents qui sont enrôlés dans des bandes mafieuses.

Avec ces catégories, il faut croiser les formes de mendicité pour avoir une représentation la plus complète de ce monde de la rue. Il existe en effet plusieurs manières de « faire la manche ». La « priante » s’exerce dans des lieux (portes des églises, des supermarchés ou près des distributeurs de billets) et avec une clientèle précise. Debout ou à genoux, il s’agit simplement de tendre la main dans une attitude passive. Le « tape-cul » consiste à s’asseoir près d’un carton qui invite les passants à donner. Une autre forme consiste à partir « à la rencontre » du donneur potentiel avec toute une mise en scène et un discours élaboré. Enfin, « faire la rame » est une manière de mendier dans le métro en passant d’une rame à l’autre en répétant à chaque fois le même discours.

Solidarité

De nombreuses associations viennent en aide aux gens des rues, pour leur distribuer nourriture et vêtements, les soigner, leur trouver un toit ou les aider à s’en sortir. Bénévoles et travailleurs sociaux tiennent des permanences et des centres d’hébergements pour trouver des solutions à court, moyen ou long terme.

Parallèlement aux grosses associations (Secours Catholique, Fondation Abbé Pierre, Restos du cœur, Armée du Salut, etc.) d’autres initiatives voient le jour grâce à des particuliers qui montent des collectifs. C’est l’exemple de Louis-Xavier Leca qui a fondé Le Carillon en mobilisant tout un réseau de 600 commerçants s’engageant auprès des sans-abri dans plusieurs grandes villes de France. Un pictogramme affiché sur la devanture de leurs établissements indique la possibilité d’avoir un café, un accès aux toilettes, de faire réchauffer un plat ou un biberon, etc.

Mais depuis quelques mois une nouvelle solidarité s’exprime aussi à travers l’univers numérique. En 2015, Aïda Demdoum lance l’application Homeless Plus pour faciliter le travail d’amis qui faisaient partie d’équipes de maraude.  Grâce à la distribution de smartphones, les SDF qui le souhaitent peuvent indiquer leur position et leurs besoins : argent, nourriture, boisson, discussion… Cette application qui a été téléchargée plus de 9300 fois a permis d’aider 5000 sans-abri. En 2016, Jean-Marc Potdevin a lancé le réseau social Entourage pour accompagner ceux qui veulent venir en aide à une personne de la rue rencontrée près de chez eux. 25 000 inscrits mènent ainsi tous les mois 1500 actions de solidarité.

 

Hervé Jégou

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