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AccueilÀ la uneL’agression du curé de Zaessingue

L’agression du curé de Zaessingue

L’abbé Georges Kieffer en 1955

 

Le 19 novembre 1935 à 22 heures, la sonnette du presbytère retentit. L’abbé Georges Kieffer était loin de se douter de ce qui allait lui arriver.

 

Henri Grunberg et Charles Corjean se sont connus à Paris et allèrent ensemble à Mulhouse, le 13 novembre 1935. Ils n’avaient pas d’argent et l’idée d’un vol leur parut bonne. Le 18 novembre 1935, Grunberg et Corjean volèrent une voiture à Mulhouse. L’expédition criminelle commença le mardi 19 novembre au soir. Charles Corjean choisit le village de Zaessingue qu’il connaissait un peu. Ils décidèrent donc d’aller dans ce village où ils arrivèrent à 22 heures. Ils s’arrêtèrent devant le presbytère.

 

Un faux docteur

L’abbé Georges Kieffer, de tempérament discret, silencieux, timide et scrupuleux, lisait et ne se doutait pas, lorsque la sonnette retentit, de ce qu’il allait lui arriver. C’est sa sœur, Marie, qui ouvrit la porte. Elle revint un court instant plus tard pour dire à son frère qu’un homme le réclamait. Le curé vit devant lui un homme qui lui dit être un docteur appelé d’urgence au chevet de Paul Spittler, habitant au moulin sur la route de Wahlbach, et qui, victime d’une crise d’apoplexie, réclamait les saints sacrements.

L’abbé hésita un instant mais ne douta pas d’un homme bien et qui avait de plus une voiture avec chauffeur. Il chercha à la sacristie ce qui lui était nécessaire et monta dans la voiture, assis à l’arrière, sur un strapontin. L’auto fila rapidement et le prêtre ne vit pas que le moulin était dépassé depuis longtemps lorsque la voiture stoppa subitement. Le docteur, qui n’était en réalité que Corjean, se retourna et braquant son revolver sur le curé lui lança : « Donne-nous ton argent – nous voulons 1 000 francs. » En 1935, ces 1 000 francs représentaient une somme énorme et le pauvre prêtre n’avait sur lui que son porte-monnaie qui contenait tout au plus dix francs.

 

Avec un revolver

Grunberg, voulant faire demi-tour sur la petite route, recula et les roues arrières tombèrent dans le fossé. Les voyous voulurent sortir leur véhicule de sa fâcheuse situation et obligèrent l’abbé Kieffer à les aider. Le prêtre fit semblant de vouloir aider ses agresseurs et leur faussa compagnie en s’enfuyant aussi vite que possible à travers champs. Corjean le rattrapa facilement et le ramena puis, avec l’aide de Grunberg qui le tenait, Corjean lui lia les mains dans le dos. Les compères traînèrent l’infortuné jusqu’à la forêt où ils l’attachèrent à un arbre. Tandis que Corjean tenait le prêtre en respect avec le revolver, Grunberg partit demander de l’aide à Paul Spittler, le « mourant » qui se portait très bien. Pendant ce temps, Corjean réclamait 5 000 francs. Il fouilla le prêtre et trouva un jeu de clés. Il crut qu’il s’agissait de celles du presbytère.

La voiture dépannée, les deux bandits détachèrent le prêtre de l’arbre et le bâillonnèrent. Le trio retourna à Zaessingue et s’arrêta devant le presbytère endormi et plongé dans l’obscurité. Corjean essaya en vain d’ouvrir la porte verrouillée du presbytère avec les clés trouvées, qui étaient en réalité celles de l’église et de la sacristie. Comprenant qu’il n’avait pas les bonnes clés, Corjean entraîna le curé jusqu’à l’église pour trouver l’argent et les clés du presbytère. Le bon prêtre ne répondant pas, Corjean lui asséna de violents coups de poings sur le visage, assez forts pour lui casser le nez et lui occasionner des plaques ecchymotiques étendues autour des yeux. Déséquilibré par la violence des coups reçus, l’abbé Kieffer tomba sur le sol de l’église.

Charles Corjean sortit un moment pour parler à son complice. Le curé profita de cette absence pour se cacher derrière le maître-autel. Revenu dans l’église, Corjean fouilla l’église de fond en comble sans trouver d’argent, puis tira, sans ménagement, le prêtre de sa cachette, et l’entraîna dans la sacristie qu’il fouilla aussi. Il exigea de nouveau de l’argent et les clés de la cure mais devant le silence du curé, les coups que le prêtre encaissa comme un martyr, redoublèrent. Cependant, le bâillon se détacha et la victime en profita pour appeler de l’aide en criant.

 

Des cris alertèrent les villageois

Des lumières s’allumèrent dans le voisinage et les cris alertèrent les villageois. Grunberg, pris de peur, s’enfuit avec la voiture volée sans attendre Corjean qui, délaissant sa proie ensanglantée et hurlante, s’enfuit à son tour à pieds jusqu’à Mulhouse. Grunberg se constitua prisonnier le jeudi 21 novembre à la gendarmerie d’Altkirch et dénonça son complice qui fut arrêté alors qu’il s’apprêtait à partir pour Marseille. Les bandits furent condamnés à cinq ans de prison ferme et autant d’interdiction de séjour à Mulhouse et sa région.

Incarcéré à Besançon, Charles Corjean décéda le 26 février 1938, laissant son père veuf, dans la peine. Henri Grunberg, emprisonné à Ensisheim, fut transféré le 10 septembre 1939 à la maison centrale de Riom. Les parents de Charles Corjean, catholiques dont la fille était religieuse de la Toussaint à Strasbourg, écrivirent dès le 25 novembre 1935 à l’abbé Kieffer pour lui demander pardon au nom de leur fils.

 

Demande de pardon

Henri Grunberg, protestant, rencontra le pasteur de la prison. Il changea et envoya, le 7 juin 1939, une lettre sincère à l’abbé Kieffer, implorant son pardon. L’abbé Georges Kieffer, répondit par une lettre amicale et l’assura de son pardon, accordé depuis très longtemps déjà. Ce saint homme n’hésita pas à qualifier l’agression dont il a été victime, de volonté de Dieu pour remettre Grunberg sur le bon chemin. Déjà très fragile, la santé de l’abbé Georges Kiffer se détériora encore davantage après cette épreuve douloureuse.

Il eut cependant la joie de voir son neveu, Aloyse, devenir lui aussi prêtre en 1952, puis vicaire général, prélat et chanoine titulaire de la cathédrale. Retraité en 1955, l’abbé Georges Kieffer se retira, à Haegenthal-le-Haut, puis au couvent Saint-Marc de Gueberschwihr. Affaibli, il fut hospitalisé à la clinique Sainte-Thérèse de Colmar où il s’éteignit le 15 novembre 1975. Il repose dans le cimetière des sœurs de Saint-Joseph de Saint-Marc à Gueberschwihr.

 

Hervé SCHULER

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