lundi 27 mai 2019
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Le vitrail de l’Europe de la Cathédrale de Strasbourg

La pape François découvrant le vitrail de l’Europe

 

Ce vitrail de la cathédrale, bien connu des Strasbourgeois et des visiteurs, affirme l’espoir d’une Europe de paix.

 

La visite du pape Jean-Paul II en octobre 1988 a laissé en Alsace un fort souvenir. A contrario, la visite éclair du pape François à Strasbourg en novembre 2014 a suscité une certaine déception. En effet, le pape, invité par les institutions européennes, n’est pas venu en France et de ce fait, pour des raisons diplomatiques évidentes, n’a pu rencontrer l’Église d’Alsace et aller se recueillir à la cathédrale. Il a adressé son salut aux catholiques d’Alsace par un message à leur archevêque, Mgr Jean-Pierre Grallet.

 

La Vierge, emblème de la cité

Mais il a tout de même rencontré Notre-Dame de Strasbourg et un bout de cathédrale lors de sa visite au Conseil de l’Europe. En effet, à son arrivée au Palais de l’Europe, le secrétaire général du Conseil de l’Europe, Thorbjørn Jagland, lui a présenté le « vitrail de l’Europe » de la cathédrale de Strasbourg. Ce vitrail de la cathédrale est bien connu des Strasbourgeois et des visiteurs de la cathédrale. Il orne la baie axiale, c’est-à-dire la fenêtre centrale du choeur.

Il représente Notre-Dame de Strasbourg, qui se reconnaît facilement à ses bras ouverts et à son habit aux manches amples. Sur ses genoux, l’enfant nous bénit de sa main droite, et de sa main gauche tient la fleur de lys dorée, ancien symbole de la ville. Cette Vierge protectrice accompagne la cité depuis le Haut Moyen Âge, figure sur le sceau de la ville (début XIIIe siècle), est représentée sur la bannière des bourgeois lors de la bataille de Hausbergen (1262) et accompagne depuis 1717 la congrégation mariale des hommes de la cathédrale. Encore vénérée lors de la Deuxième Guerre mondiale, elle figure toujours sur la croix pectorale des chanoines.

La Vierge siège sur un trône placé sur la tour de croisée du transept de la cathédrale dont on reconnaît la galerie romane. Le style du vitrail peut surprendre par son dessin anguleux et ses couleurs vives. Le contraste entre le vitrail, de tonalité bleu sombre et rouge écarlate, avec les peintures du choeur de style néobyzantin sur fond doré est réel. Le bleu marque les habits et les drapés, ainsi que le cadre du vitrail, introduisant une certaine confusion, la robe de la Vierge se mélange avec le voile bleu tenu à l’arrière par deux anges. La couleur rouge marque fortement l’auréole de la Vierge, l’habit de Jésus et le sol du trône.

 

La guerre abîme la cathédrale

Si la Vierge est l’emblème de la ville, le vitrail affirme également l’espoir d’une Europe de paix. Trois raisons sont à l’origine de ce vitrail qui en porte les images : les traces de la guerre, la construction européenne et le destin tragique d’un homme.

La guerre n’a pas épargné la cathédrale : plusieurs bombes l’ont touchée en août 44, abîmant (détruisant, non ?) le vitrail du choeur. Ce vitrail du XIXe siècle, mis en place par l’architecte Klotz, représentait la Vierge de Strasbourg. Si la grande majorité des vitraux ont été démontés au début de la guerre, cachés en Dordogne puis au château du Haut-Koenigsbourg avant d’être emmenés par les nazis et retrouvés près de Heilbronn dans des mines de sel, cette fenêtre du choeur ainsi que la grande rosace n’ont pas été démontées, leur intérêt historique étant moindre. Suite aux bombardements d’août 1944, le vitrail endommagé laisse en son centre un trou béant. La priorité étant donnée à la remise en place des vitraux anciens, aucun projet de restauration n’a été lancé.

 

Hommage à Camille Paris

Ces années d’après-guerre sont également marquées par la création du Conseil de l’Europe. On se souvient du grand discours de Winston Churchill sur la place Kléber et de la première réunion constitutive du Conseil en août 1949 dans l’aula du palais universitaire, durant laquelle les douze pays présents vont élire Camille Paris, secrétaire général de ce nouvel organisme.

Camille Paris a connu une prestigieuse carrière de diplomate français dans l’entre-deux-guerres. Ancien de la France Libre, il s’engage ensuite aux côtés de Robert Schuman pour la création du Conseil de l’Europe. Il ne restera que quatre années à ce poste. Camille Paris décède en 1953 des suites d’un tragique accident de voiture sur le chemin du pèlerinage à Notre-Dame de Verdelais en Gironde.

En hommage à ce secrétaire général, et pour marquer la présence à Strasbourg du Conseil, ses amis lancent le projet d’un nouveau vitrail pour la fenêtre axiale de la cathédrale. Un comité composé de personnalités et des 15 pays du Conseil de l’Europe est créé pour financer ce projet. L’idée suscite de l’intérêt, les autorités religieuses et l’administration du patrimoine s’engagent dans l’aventure (pour éviter la répétition). Mgr Weber demande que le sujet principal soit la Vierge de Strasbourg. Après un appel d’offre, le jury retient en mars 1956 le projet de l’artiste Max Ingrand (1908-1969), maître-verrier français de notoriété internationale. C’est lui qui s’occupera plus tard, dans les années 60, de la restauration et de la réalisation de vitraux à l’église Saint-Georges de Sélestat, ainsi que de ceux de la chapelle moderne de Notre-Dame de Lourdes à Ingersheim et de l’église du Sacré-Coeur de Strasbourg Montagne-Verte.

 

12 étoiles du drapeau européen

Le 21 octobre 1956, une grande célébration d’inauguration du vitrail, présidée par Mgr Weber, rassemble des milliers de personnes. Le caractère européen du vitrail est marqué dans sa partie supérieure, où nous voyons les 12 étoiles sur fond bleu du drapeau européen. C’est là l’une des premières utilisations officielles du drapeau qui a été choisi le 8 décembre 1955. L’épigraphe qui figure à la base du vitrail, porte la mention suivante : « Au milieu du XXe siècle, pour mettre un terme à leurs luttes internes, à Strasbourg s’assemblèrent les peuples d’Europe. Pour accomplir cette oeuvre, d’un bon serviteur, Jacques Camille Paris ils firent choix. Offert par l’Europe, réalisé par Max Ingrand. » 

Au-delà de ses qualités artistiques et malgré la nécessaire restauration à prévoir, le vitrail porte haut l’emblème de Strasbourg l’européenne. Si ses caractères religieux et politique sont forts, le vitrail peut aussi exprimer beaucoup de tendresse, à l’image de ces enfants visitant la cathédrale : ils y virent l’Enfant Jésus à l’heure du goûter, épluchant une banane.

 

François MULLER

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