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Chercheurs spirituels : qui sont-ils ? Explications de Philippe Le Vallois

En Occident, la place du « spirituel » est croissante dans le marché du sens et du développement personnel. Une récente enquête intitulée Les nouveaux aventuriers de la spiritualité est particulièrement intéressante[1]. Elle explore la réalité de ces recherches spirituelles et de ces chercheurs. Un entretien avec Philippe Le Vallois qui a participé à cette enquête menée par le GERPSE (Groupe d’Études Recherches et Pratiques Spirituelles aujourd’hui).

 

Carrefours d’Alsace :  Pourquoi cette enquête ?

Philippe Le Vallois : Deux motifs ont présidé à cette enquête. Le premier est d’ordre sociologique. Il y a près de 25 ans, la sociologue des religions Françoise Champion parlait de « nébuleuse mystique-ésotérique » et de mystiques-ésotéristes, et nous nous demandions ce qu’ils étaient devenus, s’ils existaient encore avec les caractéristiques propres qu’elle décrivait alors.

Mais le second motif nous intéresse davantage ici, il concerne la manière dont nous catholiques, et plus généralement membres d’une religion établie, nous considérons ces chercheurs spirituels : notre perception est souvent très négative, dévalorisante, voire méprisante. Au point qu’on questionne la dimension authentiquement spirituelle de leurs recherches, et qu’on traite leurs démarches de superficielles et d’inconsistantes. Et cela lorsque nous savons les voir, ce qui n’est pas toujours le cas. À écouter certains, on serait aujourd’hui dans un désert spirituel ! Notre question était donc : ces perceptions, nos perceptions de catholiques, sont-elles justes ?

 

C.A. : Quelles sont les découvertes de cette enquête ?

P.L.V. : C’est qu’il existe bien des chercheurs spirituels dont les pratiques (sessions et retraites, méditation, prière, lectures, participation à des groupes, accompagnement, …) traduisent l’engagement et le sérieux. Autre découverte : si l’origine de leur cheminement spirituel peut résider dans un événement douloureux ou une crise, il est avant tout le fruit d’une évolution progressive, d’une expérience intérieure voire d’une intuition profonde.

Une autre surprise interroge encore les discours trop souvent entendus, tant chez les observateurs du religieux que chez les catholiques qui parlent souvent de syncrétisme, de bricolage. Or l’enquête fait apparaître qu’il ne faut pas confondre l’offre et l’usage. C’est vrai qu’il y a une multiplicité d’offres, parfois de « recettes », mais cela ne signifie pas que les chercheurs spirituels piochent n’importe où n’importe comment. Ils choisissent et discernent (notion souvent invoquée par eux) ce qui leur paraît essentiel. Autrement dit, le fait d’avoir un champ de recherche élargi ne signifie pas s’adonner au consumérisme. D’ailleurs, 68,5% des chercheurs spirituels qui ont répondu à l’enquête et qui se disent chrétiens expriment que les stages, sessions, etc. auxquels ils ont participé ont enrichi leur rapport à leur religion d’origine (20,5% expriment qu’ils n’ont rien changé à ce rapport).

À ceux qui décèlent dans ces démarches, une forme de centration sur soi, les résultats de l’enquête montrent qu’elles ne débouchent pas sur l’individualisme mais relèvent plutôt d’un chemin de construction de sa propre émancipation et de son autonomie. La qualité de la relation à l’autre exige clarté dans la relation à soi. Un des grands enseignements de l’enquête concerne le rapport religion et spiritualité. La majorité des répondants attribue le mot relier, pourtant source étymologique du mot religion, à la spiritualité et le dénient à la religion. À travers cela, on peut entendre l’image plutôt négative que renvoie le « religieux » aujourd’hui mais aussi les incompréhensions, les souffrances de beaucoup de ces chercheurs par rapport à leur propre religion.

 

C.A. : Quelles sont les caractéristiques de ces chercheurs spirituels ?

P.L.V. : Le chercheur spirituel a la conviction que l’essentiel se passe « au-dedans » qui renvoie souvent à un « au-delà ». Il s’est engagé sur un chemin d’intériorité. Il cherche à se poser en lui-même et, s’il cherche Dieu ou l’Absolu, c’est au travers d’une plus grande qualité de présence au meilleur de lui. Grandir, avancer, devenir, sont des mots clé pour ces chercheurs. Ce sont des « cheminants » qui travaillent sur eux. Ils sont en mouvement vers plus de compréhension, de profondeur. Tout ce par quoi ils passent, y compris les obstacles et les dangers, les rend plus responsables. Ils aspirent au développement de toute leur personne, convaincus que tout est lié. Selon eux, il n’est pas de changement sociétal possible, sans changement profond de soi-même.

 

La question devient donc : la manière dont nous présentons et vivons de la Bonne Nouvelle est-elle en adéquation avec les attentes de nos contemporains ?

 

Tous se vivent engagés sur un chemin spirituel, explicitement sur un chemin d’Amour, de Paix et se disent en quête de convergence, d’unité, de reliance, de synergie, voire d’union : avec soi, avec Dieu/le divin/le sacré, avec les autres, avec la nature. Toujours en quête, jamais arrivés, ils sont curieux de ce qui élargit, libère, l’humain comme le divin. L’ouverture, dont celle aux autres spiritualités, caractérise leur démarche. Souvent multiples, leurs références sont le fruit de participations et d’expérimentations diverses.

 

C.A. : Quels sont les enseignements à retirer pour les catholiques ?

P.L.V. : Nous pouvons nous demander : mais comment se fait-il que ces chercheurs ne voient pas ce qui est de l’ordre de l’évidence pour nous : la Bonne Nouvelle dont nous vivons ? Nous devons prendre cette question au sérieux, sans culpabilité, ni appréhension. Les chercheurs spirituels manifestent que le paysage religieux a considérablement évolué, que l’individu s’est émancipé des institutions.

Nous sommes toujours dans la dynamique de la réforme appelée et souhaitée par les papes Jean XXIII et Paul VI et les pères rassemblés lors du concile Vatican II (1962-1965). « Ce précieux trésor – qu’est la doctrine catholique – nous ne devons pas seulement le garder comme si nous étions préoccupés que du passé, mais nous devons nous mettre joyeusement, sans crainte, au travail qu’exige notre époque, en poursuivant la route sur laquelle l’Église marche depuis près de vingt siècles »[2].

 

C.A. : L’Église catholique peut-elle rejoindre ces chercheurs spirituels ?

P.L.V. : Le catholicisme de notre enfance est une expression historique du catholicisme. Aussi, « sous la conduite de l’Esprit Saint, nous voulons chercher comment nous renouveler nous-mêmes pour nous trouver de plus en plus fidèles à l’évangile du Christ »[3]. Nous voici ramenés à la vie spirituelle. Les chercheurs spirituels nous invitent à devenir des chercheurs nous aussi. Jusqu’où la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ est-elle bonne nouvelle dans et pour ma vie ? Devenons des chercheurs de l’actualisation de l’Amour de Dieu pour aujourd’hui. Sans lui au cœur de nos vies, nous ne pouvons rien faire (Jean 15,5), nos communautés chrétiennes sont de simples associations, notre mission de la propagande. Seule la qualité de notre relation personnelle et communautaire au Dieu vivant – et la communion qu’elle réalise – est évangélisatrice. Dieu ne nous invite pas à la routine mais à la Créativité évangélique, en Église. Voyant ces chercheurs spirituels aujourd’hui, pensons à l’interpellation de Jésus : « Ne prétendez pas dire en vous-mêmes: Nous avons Abraham pour père! Car je vous déclare que de ces pierres-ci Dieu peut susciter des enfants à Abraham » (évangile de Matthieu, ch.3, v.9).

 

Philippe Le Vallois

 

[1] Jean-François barbier-bouvet, Les nouveaux aventuriers de la spiritualité. Enquête sur une soif d’aujourd’hui, Paris, Médiaspaul, 2015

[2] Discours de Jean XXIII lors de l’ouverture solennelle du Concile, le 11 octobre 1962.

[3] Message adressé à l’humanité par les Pères du Concile, le 20 octobre 1962

EN SAVOIR PLUS

  • À partir d’un échantillon de 5764 personnes ayant associé dans une période récente des sessions confessionnelles et des sessions d’une autre nature.
  • Les principales activités des chercheurs spirituels sont les pratiques corporelles et énergétiques (yoga, qi Gong, reiki, jeûne, …) suivies de la méditation et enfin des pratiques artistiques.
  • L’origine du cheminement spirituel réside pour 61 % d’entre eux dans une évolution progressive et pour 33% dans une expérience intérieure, d’une intuition profonde.
  • Et pour 70 %, la spiritualité vécue comme unité, ouverture, aspiration, épanouissement personnel, forme aboutie s’oppose à la religion comme division, fermeture, institution, contrainte, forme primitive,…
  • Pour 68,5% des répondants chrétiens, leur participation à des stages, sessions a enrichi leur rapport à leur religion d’origine.

Comment nourrissons-nous, alimentons-nous notre vie spirituelle, personnellement et communautairement ? Est-ce que l’expression même de vie spirituelle a spontanément un sens pour soi ? Tout au long de la Bible, dans le premier et le second Testaments, nous sommes invités à chercher Celui qui, le premier, nous cherche : Dieu. « Cherchez moi et vous vivrez » (Amos 5,4) ; « Cherchez d’abord son Royaume » (Matthieu 6, 33), etc.

 

Le cherchons-nous Celui qui nous cherche ? Désirons-nous le chercher ? Sur le chemin de cette quête, le silence, la nature, la beauté, l’ouverture à son intériorité, sont autant de moyens. Et, plus particulièrement, les êtres et les lieux – communautés, centres, pèlerinages, … –  qui se sont laissés rencontrer, trouver, inspirer. La lecture de saints, de mystiques, la rencontre de témoins et de communautés vivantes, peut éveiller et faire grandir notre désir de cette rencontre qui est vie spirituelle. Sur ce chemin aussi, la Bible, la vie liturgique, la vie fraternelle peuvent être des voies royales, d’autant plus qu’on est éveillé à la présence de l’Esprit du Père et du Fils.

« Une recherche spirituelle n’est donc pas uniquement centrée sur des convictions religieuses ou des raisonnements philosophiques sur l’absolu mais toujours et avant tout sur une expérience intérieure. » David Dubois et Serge Durand, Guide de la spiritualité, Almora, 2013, p.557

 

« La spiritualité est, à nos yeux, une structure autonome par rapport aux institutions religieuses, elle est en outre une forme de savoir à part entière, au même titre que la science et la philosophie et, enfin, elle (…) n’a rien à voir avec une fuite hors du monde ou une renonciation morbide à soi. » Philippe Filliot, L’éducation au risque du spirituel, Paris, Desclée de Brouwer, 2011.

 

« Une chose est de vivre dans l’Esprit, peu importe alors qu’on le sache ou qu’on ne le sache pas, une autre est de vivre sous la conduite de l’Esprit, comme nous le propose la tradition chrétienne. » Christoph Theobald, Parole Humaines, Parole de Dieu, Paris, Salvator, 2015, p. 164.

 

« Épanouissement personnel et épanouissement spirituel sont compatibles et de plus en plus souvent associés. À condition que derrière l’idée de l’épanouissement ne se cache pas le désir (…) d’oublier l’inévitable souffrance de la condition humaine avec ses fragilités et sa finitude. » Père Bernard Ugeux, in Anne Ducrocq, Guide spirituel des lieux de retraite, Collection Point n°4123, 2015, p. 27.

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