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La transmission et l’enfant, un sujet éminemment politique

© Juan Pablo Rodriguez-Unsplash

Article paru dans la Lettre No. 110 du CEERE
septembre 2017

La question de la transmission est au cœur des questions qui traversent notre société, en particulier dans son actualité. Elle soulève un conflit éthique indéniable : l’enfant, alors en pleine construction de son identité psychique et donc de sa personnalité, doit-il être tributaire d’un monde qui ne serait que la répétition du même, où il serait la victime d’un pouvoir exercé sur lui par les adultes ou doit-on l’aider à se construire des fondations solides, chemin vers la liberté, à partir de l’histoire qui l’a précédé ? Cela pose la question de savoir comment nous permettons ou non à nos enfants de devenir des citoyens du monde, au sens noble du terme, en les aidant à construire leur identité, dans le respect et la reconnaissance de celle des autres ? Cette question n’est pas nouvelle et a bien sûr été largement débattue par les philosophes et les pédagogues au fil des siècles : citons juste Socrate qui estime qu’un maître est nécessaire pour tenir fermement la main de l’élève et le guider vers la lumière de la vérité ; mais aussi Descartes et Rousseau qui prônent quant à eux un enfant idéal, à peu près sans parents et sans enseignants et condamnent la transmission. Pour Descartes, l’homme ne devrait jamais avoir été un enfant. Et pour Rousseau, l’homme doit rester un enfant ! L’auteur de L’Émile considère la transmission comme une pollution de la nature.

Or, dès avant sa naissance, l’enfant est le dépositaire d’une infinie richesse de transmissions, biologiques, psychiques, culturelles, familiales, sociales ou encore politiques. Pour grandir, et déjà dans un mouvement d’imitation évident, il apprend de ses aînés ce qu’ils ont eux-mêmes appris de leurs aînés. Cela va bien au-delà des comportements. Il puise aux sources de ce qui lui est transmis, raconté, montré, il s’en nourrit pour devenir un être, non pas de novo, sans racines, mais au contraire riche de tout ce qui lui est transmis et critique au sens noble du terme. Depuis la nuit des temps, l’homme qui se sait mortel tente, plus ou moins à son insu, de léguer aux autres pour survivre, un peu de ce qu’il a reçu et de ce qu’il est devenu lui-même.

Mais dans notre société occidentale post-moderne, la transmission ne va plus de soi. L’importance donnée à l’individu et à la conquête d’une liberté individuelle à conquérir s’est imposée à l’homme du XXIème siècle. La rupture avec l’idée même de tradition qui caractérise notre époque va de pair avec une crise profonde des actes de transmission qui, souvent, ne jouent plus leur rôle d’éveil à la vie de l’esprit et de la sensibilité. De plus, les canaux de la transmission ont changé et la relation à l’autre n’y est plus essentielle. Or, ceci est loin d’être sans importance pour le développement psychique de l’enfant et son insertion dans le monde des humains. Car la transmission pose des limites entre soi et l’autre, tout en nouant des liens et situe l’homme dans un rapport au monde qui dépasse son existence et sa volonté. Il y a de nombreuses formes de transmissions et des ressorts bien précis qui les facilitent mais aussi peuvent les entraver et nous engagent différemment. L’obligation éthique de la relation à l’autre qui incite, en particulier, les adultes à assumer la responsabilité de soutenir le développement humain de l’enfant, souligne le caractère essentiel du désir de transmettre. Ce désir des adultes vis-à-vis des générations nouvelles permet de préparer celles-ci à l’avenir, de leur donner les outils nécessaires pour reconnaître l’autre dans son identité propre, penser, grandir pour créer à leur tour, de leur faire comprendre et partager des valeurs reconnues, un patrimoine, une mémoire, une culture qui seront autant de socles pour construire un avenir qui ne soit pas la simple répétition du passé ou une construction sans fondation. La transmission est essentielle à toute vie humaine !

Anne Danion, Professeur en psychiatrie pour enfants et adolescents, membre du CEERE

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