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Yves Congar : l’unité des chrétiens, sa passion

Yves Congar fut l’un des plus influents théologiens catholiques du XXe siècle. Il est connu en particulier pour ses travaux en ecclésiologie et en œcuménisme. Tout d’abord exposé aux soupçons puis aux sanctions de l’autorité ecclésiale, il fut ensuite réhabilité, nommé expert au concile Vatican II (1962-1965) et fut élevé au cardinalat par le pape Jean-Paul II en 1994.

 

Né à Sedan, en 1904, Yves grandit dans une famille de la bourgeoisie moyenne. Chaque samedi soir, toute la famille est debout lorsque la mère lit l’évangile du dimanche. En 1914, année où avec sa sœur Marie-Louise, il fait sa première communion, les troupes françaises se replient de Rossignol vers Sedan. Le 25 août, les Allemands rentrent dans la ville.

L’église paroissiale fréquentée par sa famille est détruite. Après la guerre, il poursuit sa formation au séminaire des Carmes à Paris pendant trois ans. Puis le service militaire le mène à St Cyr où il devient élève-officier et il part pour l’armée du Rhin stationnée à Bingenam-Rhein. La rencontre avec le Provincial des frères prêcheurs pendant la permission libérable s’avère décisive pour son avenir.

 

Sa famille dominicaine

Après une année de noviciat, il prononce ses vœux sous le nom de Marie-Joseph et part pour le couvent d’études de la province, le Saulchoir, en Belgique. Parmi les étudiants et professeurs, certains, comme Henri-Marie Féret et Marie-Dominique Chenu, deviennent ses amis. Le 25 juillet 1930, il est ordonné prêtre à Paris. Durant ses vacances d’été en Allemagne, il découvre la figure de Martin Luther et la Réforme protestante.

En 1932, il suit des cours à la Faculté libre de théologie protestante, à Paris. Il fait la connaissance de Louis Bouyer, futur théologien et Willem Adolph Visser’t Hooft, futur secrétaire général du Conseil Œcuménique des Églises. Certains étudiants protestants sont enthousiasmés par la nouvelle pensée de

Karl Barth qui arrive en France. Paris lui permet aussi de revoir Jacques Maritain, de découvrir le penseur russe Nicolas Berdiaev et de côtoyer Emmanuel Mounier qui lance la revue Esprit.

 

L’enseignant

Dès 1932, il enseigne la théologie au Saulchoir et collabore aux revues dominicaines La vie intellectuelle et La vie spirituelle. Ses confrères commencent à publier une enquête sur l’incroyance, un phénomène nouveau dans la société française. En 1935, le père Congar y contribue par une conclusion théologique. À l’automne, il annonce la création d’une nouvelle collection d’études sur l’Église.

L’année suivante, il prêche la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens à la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre. Pendant huit jours, il donne des conférences sur l’œcuménisme, la base du livre Chrétiens désunis. Des étudiants protestants et orthodoxes viennent l’écouter. Mobilisé en 1939, il est envoyé en Alsace pour administrer un dépôt de carburants. Prisonnier de guerre, il est emmené avec d’autres officiers dans un camp à Mayence.

 

Après la libération

Congar part à Rome avec son ami, le père Féret, pour rencontrer le Général de l’ordre dominicain et s’expliquer sur la démarche théologique des professeurs du Saulchoir qui suscite des questions. C’est pour lui l’occasion de découvrir la notoriété de son livre, Chrétiens désunis, très apprécié par Mgr Antonio Arata, assesseur de la Congrégation pour les Églises Orientales et de faire la connaissance de Mgr Montini, le futur pape Paul VI. En 1954, démissioné avec trois provinciaux français, il est nommé à Jérusalem, puis en France et ensuite à Cambridge.

Grâce à l’intervention de Mgr Jean-Julien Weber, il est assigné au mois de décembre dans son diocèse, au couvent de Strasbourg. En 1959, Congar visite la communauté de Taizé où il rencontre le frère Roger Schutz qui lui communique la volonté du nouveau pape Jean XXIII d’ouvrir des perspectives vers l’extérieur de l’Église. Il reçoit sa nomination comme consulteur à la commission préparatoire du concile Vatican II et quitte Strasbourg pour Rome où il visite le tout nouveau Secrétariat pour l’Unité des chrétiens présidé par le cardinal Augustin Béa.

 

Le concile Vatican II

Le 11 octobre 1962, avec sa carte d’expert, il assiste à la cérémonie d’ouverture du Concile et rencontre les observateurs : deux orthodoxes Russes, les frères de Taizé, Max Thurian, Roger Schutz et le théologien protestant Oscar Cullmann. Lorsque le Secrétariat pour l’Unité donne une réception en leur honneur, le dominicain laisse éclater sa joie : l’EVENEMENT est là. «Ils» sont à Rome, reçus par un cardinal et par un organisme voué au dialogue ; et Chrétiens Désunis est paru il y a vingt-cinq ans (Mon Journal du Concile, Paris, Cerf, 2002, tome I p.118).

En juin 1963, Jean XXIII meurt et Paul VI lui succède. Le 18 novembre, lors de la deuxième session, lorsque l’assemblée commence à débattre de l’œcuménisme, très ému, le père Congar prie avec les observateurs. Le 8 juin 1964, il rencontre le pape au Vatican et lui offre ses livres les plus récents. La cérémonie d’ouverture de la troisième session lui réserve une belle surprise : le patriarche orthodoxe de Constantinople a envoyé un délégué personnel au Concile.

Comme expert, il rédige un texte sur le lien entre l’Église de la terre et l’Église du ciel, le futur chapitre VII de la constitution Lumen Gentium. Le 21 novembre, la constitution dogmatique sur l’Église et le décret sur l’œcuménisme sont promulgués. Le père Congar en fait un événement mystique. Le Secrétariat pour l’Unité reçoit une mission nouvelle : rédiger un directoire pour l’œcuménisme. Le père Congar y apporte sa contribution. La nouvelle des contacts pris avec le Conseil Œcuménique des Églises se répand parmi les proches du Secrétariat.

Peu avant la quatrième session, le dominicain est présent aux consultations préliminaires avec la Fédération luthérienne mondiale, un des premiers dialogues bilatéraux de l’Église catholique. La dernière session du Concile donne lieu à plusieurs célébrations. En effet, le 4 décembre 1965, le pape rassemble à Saint-Paul-hors-les-murs les œcuménistes catholiques et les observateurs des autres Églises. Le Père Congar éprouve une joie profonde lorsque Mgr Willebrands proclame le texte abolissant les excommunications prononcées entre Rome et Constantinople.

 

En 1968, retour au Saulchoir

L’année suivante, il fait partie de la toute nouvelle Commission théologique internationale. En 1971, le Saulchoir est vendu et il s’installe au couvent Saint-Jacques à Paris pour continuer ses recherches et son enseignement. Il donne des cours au tout nouvel Institut d’études œcuméniques de Tantur et à l’Institut catholique de Paris. Comme toujours, ses préoccupations vont vers les sujets qui touchent la vie de l’Église : la place du Saint Esprit, le renouveau charismatique, la sécularisation, le manque de vocations… Pour marquer le cinquième centenaire de la naissance de Martin Luther, en 1983, il publie un livre sur le réformateur allemand.

Très marqué par sa maladie, il entre l’année suivante à l’institution des Invalides à Paris. C’est d’ici qu’en 1987, dans un livre d’entretiens, il partage sa situation avec ses lecteurs : Je ne peux presque plus écrire. Pourtant, comme dans ce que j’ai écrit et publié, j’ai mis ici quelque chose de mon âme (Entretiens d’automne, Paris, Cerf, 1987, p. 110). Le 22 juin 1995, le cardinal Yves-Marie Congar décède en laissant en héritage une œuvre de près de 2 000 titres. Lorsque ses obsèques sont célébrées, le père Timothy Radcliffe souligne l’irrésistible désir de communion qui a orienté toute son existence.

 

Daniel BLAJ

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