LIRE LES LECTURES DU JOUR

Le premier des commandements que le Seigneur nous donne, c’est de l’écouter, c’est-à-dire : de tendre l’oreille de notre cœur et de nous faire tout enseignable, de recevoir avec bienveillance sa Parole.

Et que nous dit-elle cette Parole ? « Le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur ». Il n’en est pas d’autre : tous ceux qui prétendent à ce titre « sont des voleurs et des brigands, mais les brebis ne les ont pas écoutés » (Jn 10, 8).

Unique est le Bon Berger, et nous le reconnaissons au fait qu’il « se dessaisit de sa vie pour ses brebis ».

Mais nous sommes sourds, ou plutôt nous refusons d’entendre ; car ce message nous dérange : nous pressentons toute l’exigence qui en découle logiquement : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force ».

Aussi sommes-nous tentés de dire comme le démon : « Ne me tourmente pas, Jésus », ne vois-tu pas que « je me suis effondré par suite de mes fautes » ? (1ère lect.).

N’exige pas de moi des choses impossibles. Toi tu es d’en-haut, mais tu vois bien que je suis d’en-bas, de la terre.

Passe ton chemin ; je ferai de mon mieux pour éviter l’enfer, ne m’en demande pas plus…

Comme le jeune homme riche, nous nous éloignons tout tristes, le cœur blessé, car dans cette rencontre, s’est réveillée en nous une nostalgie profonde ; nous avons pressenti quelque chose d’indéfinissable : l’espoir d’une vie en vérité, d’un monde meilleur, d’une fraternité entre les hommes plus puissante que toutes les guerres qui nous déchirent.

Ce désir, qui brûle en nos cœurs mais dont la flamme vacille sous la force des vents contraires, est déjà l’œuvre de la grâce nous invitant à la conversion.

Il est important de ne pas le laisser s’éteindre, mais de l’entretenir en revenant à l’essentiel comme la Parole nous y invite aujourd’hui : « Ephraïm, peux-tu me confondre avec les idoles? »

Elles sont nombreuses en effet les voix qui nous sollicitent en tout sens. A chacun l’Ennemi distille son discours empoisonné qui n’a d’autre but que de nous éloigner du Christ, c’est-à-dire de « l’unique Seigneur ».

Aux uns il argumente à partir de la pluralité des religions pour suggérer que le christianisme ne saurait prétendre être l’unique voie du salut pour tous les hommes ;

aux autres il fait miroiter le rêve prométhéen d’un homme divin par nature, qui n’a pas besoin d’un « Sauveur » ;

d’autres enfin se laissent séduire par la perspective de posséder toutes sortes de pouvoirs préternaturels qui leur permettraient de dominer sur leurs semblables et d’être eux-mêmes le « Seigneur ».

Mais derrière toutes ces stratégies, la seule ambition du « Père du mensonge » est de nous détourner de la rencontre qui mettrait fin à sa domination : celle que nous pourrions faire avec le Christ Jésus à travers sa Parole de vérité, accueillie dans la foi.

Voilà pourquoi il nous faut sans cesse revenir en ce lieu pour y écouter le Très-Haut nous déclarer son amour ; nous laisser séduire par ses promesses, et « revenir nous assoir à son ombre », car il l’a promis : « Je les guérirai de leur infidélité, je leur prodiguerai mon amour, je suis revenu de ma colère.

Je serai pour Israël comme la rosée, comme le cyprès toujours vert, et c’est moi qui te donne ton fruit » (1ère lect.).

Certes, ce n’est pas du jour au lendemain que nous pourrons l’aimer « de tout notre cœur, de toute notre âme, de tout notre esprit et de toute notre force ».

Il faut laisser à Dieu le temps de nous « guérir de nos infidélités », de nous apprivoiser, de nous combler, pour que triomphant de toutes nos résistances et de toutes nos peurs, nous osions répondre à son amour par le don de tout notre être, dans la force de l’Esprit qu’il nous donne.

C’est en vue de cette transformation intérieure que le Seigneur nous « nourrit jour après jour de la fleur du froment » (Ps 80), c’est-à-dire de son Eucharistie, qu’il « nous rassasie avec le miel du Rocher », c’est-à-dire de sa Parole sur laquelle nous sommes invités à bâtir la demeure de notre vie.

Avec tout cela, nous n’en sommes toujours qu’à mi-chemin du précepte ; mais si nous parvenons à accueillir la grâce d’obéir au premier commandement, le second suivra spontanément.

Car si « Dieu est l’Unique » objet de notre amour, alors nous aimerons spontanément notre prochain et nous-mêmes en lui, de l’amour dont lui-même nous comblera.

Père Saint, sois béni d’avoir ouvert devant nous le passage qui nous donne accès à la vraie vie, celle que tu nous offres en abondance en ton Fils et dans l’Esprit.

Ne permets pas que trompés par le Menteur, nous édulcorions ta Parole et sombrions dans la présomption et l’idolâtrie. “Reviens de ta juste colère, guéris-nous de nos infidélités et prodigue-nous ton amour” (cf. 1ère lect.).

Nous ne voulons pas d’autre Dieu que toi car il n’en est pas d’autre. Toi et toi seul nous a arrachés à la mort de notre péché et “nous as fait monter de nos terres d’Egypte” (Ps 80).

Nous voulons nous rassasier du miel de ta Parole et nous nourrir du froment de ton Eucharistie (Ibid.) afin de faire de toute notre vie une action de grâce pour tant de bonté.

Alors, dans la force de ton Esprit, nous pourrons t’aimer “de tout notre cœur, de toute notre âme, de tout notre esprit et de toute notre force ; et aimer notre prochain comme nous-mêmes” dans l’amour qui vient de toi.

Abbé Philippe Link


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