samedi 19 octobre 2019
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Homélie du 8 octobre 2019

Jésus fait route avec vers Jérusalem. Curieusement, ses disciples, qui cheminent pourtant avec lui, vont disparaître de la scène.

Aucune mention non plus de Lazare, alors que tout porte à croire que c’est dans sa maison, à Béthanie, que Jésus s’est arrêté pour passer la nuit. De plus, Marthe interpelle Jésus sous le vocable « Seigneur », titre peu courant avant Pâques, par lequel la communauté post-pascale invoquera le Ressuscité.

Ces indices suggèrent qu’au-delà du rappel d’un épisode particulier de la vie publique, le récit que nous venons d’entendre a acquis une valeur exemplaire pour la relation de tout disciple avec le Seigneur de gloire.

Plus précisément, avec la parabole du Bon Samaritain dont il est inséparable, la rencontre de Jésus avec Marthe et Marie constitue un diptyque représentant les deux pôles de la vie du disciple.

Ces quelques considérations devraient suffire pour abandonner l’interprétation de ce passage en termes d’une supériorité de la vie contemplative sur la vie active : là n’est pas l’enjeu de notre péricope.

C’est la confrontation de l’ensemble du récit de l’accueil à Béthanie avec la parabole du Bon Samaritain qui nous conduira à l’interprétation juste de ces versets, et non la mise en opposition du comportement de nos deux personnages féminins.

Le contraste, il est vrai, est saisissant. Dans la parabole que nous avons méditée hier, Jésus encourageait un docteur de la Loi qui l’interrogeait sur le précepte de la charité, à se dépenser sans compter au service de son prochain, quel qu’il soit, fût-il un étranger tombé entre les mains de brigands.

Alors que dans la péricope d’aujourd’hui, le même Jésus reproche à Marthe de « s’inquiéter et de s’agiter » dans les « multiples occupations du service », alors qu’elle ne fait qu’assurer les tâches ménagères indispensables – travail ingrat qui constitue néanmoins un acte de charité élémentaire.

Par contre Notre-Seigneur loue l’attitude de Marie, qui « se tenait assise à ses pieds », sans se soucier de ce qu’on servirait à table pour le repas.

Par ces prises de position apparemment contradictoires, Jésus veut faire comprendre à ses disciples qu’ils ont à distinguer deux temps, qui ne sauraient être confondus : le temps du service du prochain, au cours duquel nous sommes invités à nous donner sans compter comme le bon Samaritain ; et le temps de repos avec le « Seigneur », dans l’intimité de la « maison » – celle-ci désignant aussi bien l’Eglise que notre cœur.

Pour pouvoir servir Jésus comme il convient dans nos frères, nous avons besoin de retrouver la paix dans l’intimité de sa présence, de laisser le Ressuscité de Pâques infuser en nous l’Esprit de charité sans lequel nos œuvres seraient vaines.

Peut-être pouvons-nous lire en filigrane de l’accueil par les deux sœurs, une allusion au repas eucharistique : contrairement à ce que pense Marthe, ce n’est pas nous qui apprêtons un repas pour le Seigneur, mais c’est lui qui nous invite et nous sert à table.

La présentation que nous donne l’Evangile n’oppose donc pas la vie contemplative et la vie active, mais souligne seulement que l’alternance action-contemplation devrait caractériser l’attitude de tout disciple, quelle que soit sa vocation particulière.

Le diptyque composé de l’icône du Bon Samaritain et de celle de Marie, représente les deux aspects complémentaires et inséparables de la vie du parfait disciple.

Le va et vient du service concret du prochain à l’écoute recueillie de la Parole, nous préserve à la fois de l’éparpillement et du repli sur nous-même. Marthe n’a pas échappé à ces deux pièges : son agitation trahit sa dispersion ; et sa critique de l’inactivité de sa sœur et du silence de Jésus est un moyen détourné pour attirer l’attention sur son dévouement et obtenir ainsi la louange qu’elle espère en tirer.

L’ambiguïté de sa motivation et le manque de gratuité de son service la privent de la joie et de la paix des œuvres réalisées dans l’Esprit de charité.

Lorsque nous nous sentirons intérieurement comme Marthe, puissions-nous consentir à l’appel de l’Esprit qui nous invite à nous tenir quelques instants avec Marie au pied du Seigneur à l’écoute de sa Parole ; alors « tout ce que nous dirons, tout ce que nous ferons, sera au nom du Seigneur Jésus-Christ », et nous pourrons comme il convient « offrir par lui notre action de grâce à Dieu le Père » (Col 3, 17).

Abbé Philippe Link

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