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Homélie du 7 octobre 2019

« Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ? »

Le légiste s’adresse au Maître, à l’enseignant, qui est mis à l’épreuve sur son savoir ; interrogé par quelqu’un de compétent : un docteur de la Loi, un savant qui connaît les Ecritures et leurs interprétations autorisées.

Aussi Jésus le renvoie-t-il dans un premier temps à sa propre compétence : « Toi, l’homme du Livre, que lis-tu ? ».

Dans la plus pure tradition rabbinique, le légiste rapproche deux passages clés – le Schema tiré du Deutéronome (6, 5) auquel il ajoute un verset du Lévitique (19, 18) – faisant ainsi preuve d’une intuition très juste quant à l’essentiel de la Thora, qu’il ramène à l’amour de Dieu et du prochain.

Devant l’approbation de Jésus, il s’enhardit et « voulant montrer qu’il était un homme juste » – sans doute aussi pour justifier sa demande – il la précise : comment définir le prochain, afin qu’il n’y ait pas contradiction entre les deux préceptes énoncés ?

Pour répondre à cette question, Jésus propose une parabole qui met en scène précisément la difficulté sous-entendue par le légiste.

Reprenons les éléments principaux du récit.

Quatre hommes sont impliqués : la victime anonyme ; deux membres du peuple saint, officiants habituellement dans le Temple, c’est-à-dire dans la proximité immédiate de Dieu ; et un étranger, qui plus est : un hérétique.

Le prêtre et le lévite voient le malheureux, mais font un détour afin d’éviter tout contact avec du sang.

Selon la Loi en effet, un tel contact les priverait pendant sept jours de la pureté rituelle requise pour leur service liturgique (Nb 19, 11ss).

Mission oblige : le service de Dieu passe avant celui des hommes, tant pis pour la victime.

Pour le prêtre et le lévite, il y a donc effectivement une difficulté objective à concilier les deux préceptes ; il faut choisir : l’amour et le service de Dieu, ou l’amour et le service du prochain, et ce choix semble exclusif…

Le troisième personnage, le Samaritain, n’a pas ce problème de conscience ; du coup, il se trouve beaucoup plus libre que les deux autres.

Libre d’écouter ses sentiments profonds, libre de laisser s’exprimer sa compassion : il voit et est « saisi de pitié », littéralement : « ému jusqu’aux entrailles » devant le triste état de la victime.

Il n’est pas sans intérêt de souligner que Luc utilise, pour traduire l’émotion du Samaritain, un terme grec qu’il réserve, dans tout son Evangile, à la description des sentiments de Jésus exclusivement.

Ce qui confirme l’interprétation des Pères selon laquelle le Samaritain incarne Jésus lui-même dans ses rapports avec notre pauvre humanité meurtrie par le péché.

Ayant terminé l’exposé de la parabole, Notre-Seigneur interroge à nouveau le Docteur de la loi afin de lui faire tirer lui-même la leçon : « Lequel des trois a été le prochain de l’homme qui était tombé entre les mains des bandits ? »

Sa question fait écho à celle que le légiste avait posée au début de l’entretien : « Qui donc est mon prochain ? ».

En substance Jésus répond : « Pour savoir qui est ton prochain : interroge la parabole et demande-toi qui est le prochain de ce malheureux ».

Par un subtil retournement de la question, le Seigneur invite son interlocuteur à se reconnaître dans l’homme tombé aux mains des brigands. Il lui suggère ainsi que l’urgence, avant de s’approcher des autres, c’est de se laisser d’abord approcher lui-même.

Le légiste demandait à qui son amour effectif devait s’étendre ; Jésus l’invite à prendre d’abord conscience de son propre état, afin de se disposer à accueillir l’amour d’un Autre, qu’il ne connaît pas, un étranger qu’il juge hérétique, mais qui seul peut le sauver.

Le Docteur de la loi cherchait un prochain auprès duquel il pourrait se dévouer ; Jésus le renvoie à son indigence cachée, au triste état de son humanité blessée, à son besoin de guérison, bref à la nécessité première de se laisser rejoindre et soigner lui-même avant de vouloir en faire autant.

« Qui est mon prochain ? » – « Je le suis, moi qui te parles » répond implicitement Jésus ; « moi qui, ému de compassion, me suis fait proche de toi par pure miséricorde.

Laisse-moi te guérir de tes faux dilemmes, de tous tes a-priori, de tes enfermements dans une religiosité légaliste et formelle, de tes jugements exclusifs.

Laisse-moi t’enseigner que “c’est la miséricorde que désire ton Dieu, et non les sacrifices” (Os 6, 6).

Alors tu comprendras que le prochain ne renvoie pas à une catégorie pré-définie de personnes, choisies selon la race, la culture, ou l’appartenance religieuse, auxquelles tu aurais à offrir tes bons services.

Ton prochain, c’est moi, et c’est aussi tout homme par lequel je te viens en aide tout au long de ta vie pour te manifester ma tendresse et ma sollicitude.

Ce n’est que lorsque tu m’auras laissé te guérir au sein de l’Eglise (l’auberge) par les sacrements de la réconciliation et de l’Eucharistie (l’huile et le vin), et que je t’aurai rétabli à mon image et à ma ressemblance (les deux pièces d’argent), que tu pourras découvrir en tout homme ton prochain, et que tu pourras l’aimer et le servir avec mon propre cœur uni au tien. »

Père, depuis que ton Fils s’est fait l’un d’entre nous, le chemin vers toi passe nécessairement par nos frères.

C’est sur cette route, Jésus, que tu viens à notre rencontre pour nous arracher à notre narcissisme et nous ouvrir aux appels de ceux qui nous font signe dans leur détresse.

Esprit Saint, renouvelle notre foi ; qu’elle s’incarne dans des œuvres de miséricorde, car seule une foi agissante par la charité conduit au salut.

Abbé Philippe Link

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