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Homélie du 15 juillet 2019

« Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre : je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive ».

L’évangile contient des versets qui dérangent et qui choquent. Nous en rencontrons aujourd’hui. Ne faisons-nous pas mémoire à chaque eucharistie de Jésus disant « je vous donne la paix, je vous laisse ma paix » ? En quoi nous tromperions-nous en croyant qu’il est venu apporter la paix ?

Pour mieux le comprendre, rapprochons ce verset d’un autre, très similaire, qui se trouve au début de l’évangile de Matthieu : « Ne croyez pas que je sois venu abolir la Loi ou les prophètes », disait Jésus. Il insistait alors pour dire qu’il n’était pas un révolutionnaire, mais qu’il accomplirait la Loi à l’iota près. Cette affirmation nous est spontanément plus accessible, car la révolution est toujours pénible à gérer. Pourtant, l’évangile va bien engendrer une vraie révolution, qui va changer le monde à jamais ! Une telle tournure est donc le signe d’un verset paradoxal.

Ainsi, quand Jésus dit qu’il n’est pas venu apporter la paix sur la terre, c’est avant tout pour affirmer que sa venue va changer beaucoup de choses, qu’elle aura des conséquences visibles et engendrera de profonds changements. Lui est effectivement venu pour apporter la paix, il est réellement l’Agneau de Dieu, le roi d’humilité qui se présente à nous vulnérable. Mais cette paix remet tellement en cause l’ordre du monde que l’homme a établi (nous devrions d’ailleurs l’appeler désordre du monde…), que cette paix suscite une très vive opposition. De cette opposition naissent les divisions que Jésus désigne comme « le glaive » qu’il est venu apporter. Le Messie n’est donc pas venu amener la division, mais comme le don qu’il nous fait oblige à prendre position par rapport à lui, de profondes divisions se créent, des camps se distinguent, dont l’un lui est hostile et complote sa mort.

Si nous étions tentés de limiter ces divisions au domaine social ou religieux, les versets qui suivent nous ramèneraient brutalement à la réalité : « on aura pour ennemis les gens de sa propre maison ». Mais cela paraît à présent plus clair : puisqu’accueillir le don du Messie est entrer dans une vie filiale renouvelée, être fils dans le Fils unique, tous les aspects de notre vie, y compris la façon de vivre les relations familiales, sont soumis à une transformation radicale. Il y a un dépassement des liens familiaux dans l’amour pour le Messie. Dès lors, tout ce qui est égoïste dans nos relations familiales résiste et crée des divisions. Cela vaut autant pour le père envers le fils que pour le fils envers le père. Tout lien d’amour qui n’est pas purement vécu dans le désintérêt et le don total de soi, est mis à rude épreuve. Mais traverser cette épreuve de purification, accueillir la grâce du Christ jusque dans nos relations les plus fondamentales, transforme nos vies et donne de goûter à une paix d’une qualité insoupçonnée.

Ainsi le Christ est-il venu apporter la paix qui est le fruit de la réconciliation. Cette réconciliation est offerte à ceux qui sont divisés comme à ceux qui croient être unis alors qu’ils sont, à un certain degré, enchaînés : tel aime pour le plaisir égoïste d’être nécessaire à l’autre, tel pour l’orgueil de prouver que l’autre ne peut grandir et progresser sans lui, tel aime « par correspondance », je veux dire dans une communion d’idéal romantique qui ne s’engage jamais et ne se confronte pas aux exigences du réel. Plus généralement, tel voyant l’homme nouveau grandir dans l’âme d’un proche tentera de le ramener à soi pour ne pas le perdre, voyant Jésus, souvent dans le savoir, comme un concurrent. Aucune de ces formes d’amour ne procèdent de la vie éternelle. L’amour qui est vie est l’amour qui naît de la rencontre avec Dieu et qui s’épanouit dans la paix que Jésus donne.

Seigneur, viens accomplir en nous ce que tu dis, que nous soyons en toutes circonstances des aides dévoués et efficaces de la sanctification de nos proches et que jamais nous ne laissions perdre le don de la paix que tu nous donnes.

Abbé Philippe Link

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Derniers commentaires

  • Demeurer dans l’Amour du Christ nous oblige à accueillir son Amour pour tous et donc à batailler sans cesse entre notre vision limitée du monde selon nos raisons humaines et l’universalité du royaume de Dieu dans l’Esprit Saint.

    Devenir chrétien dans le Christ c’est découvrir à tout moment la vérité éternelle de L’Esprit Saint sortant de la Parole de Dieu et La confrontation avec nos tentations pour l’enfermer dans les limites d’une humanité mortelle.

    Il nous faut acquérir la certitude d’être aimé par Jésus en toute circonstance ( et en particulier dans ses remontrances) pour ne pas « préférer plus ou moins consciemment » un rétrécissement du royaume » à notre mesure.

    La mesure d’aimer comme Dieu aimé avec Jésus dans l’Esprit Saint nous entraîne sur un chemin sans mesure.

  • On ne méditera jamais assez ces avertissements de Jésus à ses disciples. Certes, ce sont des paroles qu’il n’a pas données aux foules de son temps, mais elles n’en sont pas moins porteuses de sens pour tout chrétien tant qu’il vit dans le monde.
    Je suis toujours étonnée que des chrétiens, et parmi eux les plus hauts en responsabilités ecclésiales, puissent s’imaginer que la paix promise au Royaume de Dieu advienne un jour sur terre. Non, Jésus a bien averti ses disciples : il n’est « pas venu apporter la paix, mais le glaive ». Non pas que Jésus nous arme la main pour combattre nos ennemis et les siens : bien au contraire, il désarme ses amis face à la persécution : « Rentre ton épée, car tous ceux qui prennent l’épée périront par l’épée. Crois-tu que je ne puisse pas faire appel à mon Père ? Il mettrait aussitôt à ma disposition plus de douze légions d’anges. Mais alors, comment s’accompliraient les Écritures selon lesquelles il faut qu’il en soit ainsi ? » Matthieu 26, 52-54

    Les Ecritures, c’est désormais aussi la Parole de Jésus. Et il faut qu’elle s’accomplisse, jusqu’à ce qu’il revienne glorieux. Et ainsi, c’est au glaive que les chrétiens sont confrontés jusqu’à ce jour béni du retour de leur seul Maître. Le glaive dressé contre eux, et non l’inverse, selon la volonté du Seigneur. Accepter ce martyre dans la foi, c’est prendre sa croix, perdre sa vie, au sens propre ou au sens figuré, à cause du témoignage de Jésus. Demeurer chrétien envers et contre tout : ne pas renier le Christ et son Evangile, ne pas se compromettre en concessions avec les ennemis de sa Parole.

    Alors bien sûr, il y a des justes qui s’ignorent acteurs de l’Evangile mais qui, sans le savoir, le mettent jour après jour en œuvre par la charité et le respect d’autrui, dans l’humilité. Nous pouvons avoir confiance pour eux en la promesse du Verbe : ceux-là ne perdront pas leur récompense. De même que tous ceux qui ne donnent pas à boire du vinaigre à celui ou celle qui souffre au nom du Christ, mais un verre d’eau fraîche.

    Quant aux chrétiens qui s’imaginent que la paix et la concorde surviendront encore sur cette terre à force de relativisme quant au témoignage de Jésus et de compromission avec toute autre doctrine, qu’ils méditent les dernières pages de l’Apocalypse : la terre nouvelle sous les cieux nouveaux n’apparaît qu’après une âpre lutte au cours de laquelle il s’agit de ne jamais renier sa foi.

  • L’agneau de Dieu donne sa vie pour le salut de tous. Mystère de l’innocence qui va à l’encontre d’une haine radicale.

    Le chrétien qui se souvient d’être un pêcheur sauvé par Jesus n’oublie pas que Jésus lui a donné accès au Royaume par un don d’Amour qui met au même rang l’amour de Dieu et l’amour du proche, parce que ce qui est incompatible c’est la haine face à l’amour.

    Dans cette lutte c’est l’amour qui gagne en submergeant la haine par la Résurrection et l’Ascension de Jesus qui ne nous laisse pas seul, mais nous accompagne au-delà de nos faiblesses par les Dons de l’Esprit Saint qui attestent que Jésus est bien celui qui règne déjà sur tous l’univers…mais peut être pas encore dans les recoins de notre histoire quotidienne , où nous gardons ( souvent inconsciemment nos préférences et nos références personnelles…)

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