mardi 17 septembre 2019
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Abus sexuels dans le diocèse de Strasbourg : sept priorités pour l’avenir

 

L’accueil des victimes, la libération de la parole, la formation, la lutte contre le cléricalisme, la prévention sont érigées en priorités par la commission Mieux vaut tard, créée en octobre 2018 par Mgr Ravel, archevêque du diocèse de Strasbourg, en vue de l’élaboration d’un code de bonne conduite en matière d’abus sexuels.

Afin de rompre le silence, la commission recommande d’ouvrir, sous la supervision de l’archevêque, une ligne téléphonique d’urgence dont le numéro sera affiché dans les paroisses. Cette ligne permettra aux victimes d’être écoutées dans un climat de bienveillance, par des laïcs formés à l’écoute.

L’accueil des victimes et la libération de la parole

Dans un deuxième temps, les victimes seront invitées à contacter des personnes-relais, capables de les informer sur leurs droits, leur relayant les coordonnées de psychologues, les accompagnant vers une éventuelle procédure judiciaire, leur proposant par exemple de rencontrer l’archevêque ou d’ouvrir un procès canonique.

Enfin, dans le cadre d’un accompagnement à long terme, il sera souhaitable de disposer d’un carnet d’adresses de psychologues et d’accompagnateurs spirituels à transmettre aux victimes souhaitant entreprendre un chemin de reconstruction. Et également d’ouvrir des groupes de paroles à l’attention des victimes et des groupes de supervision pour les accompagnateurs.

La formation des séminaristes et des prêtres

La commission plaide pour que toute entrée au séminaire soit précédée par une expérience professionnelle. Et aussi par la rencontre avec un psychologue pour s’assurer que les candidats présentant un comportement déviant n’y soient pas admis.

Durant la vie au séminaire, les capacités relationnelles du séminariste gagneront à être évaluées tandis que des laïcs, hommes et femmes, devront être membres à part entière des équipes chargées du discernement et des décisions d’ordination.

La commission insiste pour que les séminaristes et les prêtres soient formés sur les aspects suivants : la psychologie, le célibat, la masculinité, l’affectivité, la théologie du corps, la juste autorité et l’importance de rendre des comptes. Mais aussi, point important, sur le droit pénal canonique, mis en œuvre pour compléter les procédures pénales. Les prêtres devront également faire l’objet d’une évaluation et d’une supervision régulières. La solitude et le mal-être pouvant affecter les clercs, leurs confrères devront attirer l’attention des autorités diocésaines à ce propos.

Des outils pour les diacres et coopérateurs de la pastorale

Tout appel à un service pastoral ou à une ordination diaconale devra faire l’objet d’un discernement. Il sera important de rappeler aux agents pastoraux que toute mission en Église correspond à un  service et non à un pouvoir sur les autres. La mission des agents devra aussi faire l’objet d’une évaluation et d’une supervision régulières. Ils devront suivre une formation sur le thème de l’écoute mais aussi pour apprendre à identifier et à repérer les indices et les situations de mal-être des personnes sans toutefois verser dans une suspicion excessive. Ils devront également pouvoir s’appuyer sur des outils pour favoriser le dialogue avec les familles.

La lutte contre le cléricalisme

Afin de lutter contre les dérives d’autorité dans l’Église, la commission recommande que les femmes soient davantage représentées dans les structures de décisions et dans les postes à responsabilité. Il conviendra de concevoir des formations axées sur la complémentarité et la collaboration entre les différentes vocations existant en Église et sur la notion de service et non d’autorité. Parmi les autres pistes proposées, la commission suggère que toute responsabilité soit modulée par un mandat et que sa durée soit respectée. Elle demande également que les personnes en position d’autorité vivent obligatoirement un accompagnement spirituel et une supervision régulière.

La prévention des abus

Parmi les pistes recommandées par la commission, on peut noter : un casier judiciaire vierge pour les agents pastoraux ; des portes vitrées dans les bureaux et les confessionnaux ; tout travail avec les enfants et les jeunes doit se vivre en groupe ; rendre obligatoire la présence d’un parent, lors des sorties ou des réunions ; intégrer dans la catéchèse une formation à l’éducation affective, relationnelle et sexuelle et former à ces questions tous les agents pastoraux chargés des enfants et des jeunes ; une formation des jeunes et une sensibilisation des parents au discernement, aux dangers de la pornographie ; une vigilance face au harcèlement sexuel dans les écoles catholiques ; une réaction rapide à la suite de plaintes pour abus de pouvoir ou pour mauvaise gestion de la mense curiale ; des missions limitées dans le temps.

La position vis-à-vis des abuseurs

Si l’abuseur présente une personnalité de type manipulatrice, la commission insiste sur l’importance qu’il ne soit plus jamais placé en position d’autorité ni en contact avec les enfants et les jeunes. Son « dossier » devra être transmis aux autorités ecclésiales. Des spécialistes devront accompagner les prêtres abuseurs au sein de cellules d’écoute et de groupes de parole. Une attention particulière devra être portée aux prêtres abuseurs à leur sortie de prison.


La transparence est une nécessité absolue, tout silence devant les abus que l’on pourrait connaître est une authentique complicité.

La commission Mieux vaut tard

J’ai répondu à l’appel

En octobre 2018, Mgr Ravel m’a sollicitée pour participer à la commission que nous avons appelée « Mieux vaut tard ». J’ai répondu positivement parce qu’il me semble extrêmement important que tous ensemble, en Église, nous prenions conscience de la souffrance des personnes victimes d’abus et qu’il est urgent que nous trouvions ensemble des pistes concrètes afin que tout un chacun se sente accueilli et en sécurité au sein de nos communautés. Toutes les rencontres, que ce soit avec les agents pastoraux (prêtres, diacres, coopérateurs de la pastorale) ou avec des frères et sœurs laïcs, m’ont touchée par leur richesse et leur profondeur. J’ai perçu une réelle empathie pour toutes les personnes victimes, que ce soit d’abus sexuels, d’abus de pouvoir, ou d’abus spirituel. Pour beaucoup de participants, ces rencontres ont permis de mesurer l’ampleur des conséquences de ce type d’abus sur le développement des personnes, leur estime de soi et leur confiance en l’avenir. Je rends grâce à Dieu pour ces beaux moments d’Église que j’ai eu la joie de vivre, malgré la lourdeur du thème abordé. Se questionner tous ensemble, oser prendre la parole, se mettre à l’écoute de l’autre, accueillir sa différence et chercher à construire ensemble une communauté d’amour selon le cœur de Dieu … C’est répondre très précisément à l’appel du Christ : « Que tous soient uns… afin que le monde croie » (Jn 17,21).

Monique Lohr

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