dimanche 16 juin 2019
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Homélie du 12 juin 2019

 




LIRE LES LECTURES DU JOUR

Étonnante parole de Jésus : « Pas une lettre, pas un seul petit trait ne disparaîtra de la Loi jusqu’à ce que tout se réalise ».

Ce formalisme borné, pointilleux, scrupuleux même, n’est-ce pas précisément l’attitude qu’il reproche aux pharisiens ? Comment un homme pourrait-il accomplir parfaitement la Loi jusque dans ses moindres détails ? Si telle est la condition pour avoir accès au Royaume, nous ne sommes pas prêts d’y entrer !

Mais tel n’est pas le sens de cette Parole qu’il faut resituer dans son contexte. Notre-Seigneur se défend de l’accusation des scribes et des pharisiens qui lui reprochent tout au contraire d’en prendre et d’en laisser dans les prescriptions de la Loi. Quand on sait l’importance que revêt pour un fils d’Israël l’obéissance à la Torah, on comprend que les disciples aient été troublés par ces invectives contre leur Maître. Aussi Jésus les rassure-t-il par la Parole très claire que nous venons d’entendre : non il n’est pas venu abolir la Loi, et il condamne explicitement « celui qui rejetterait ne fût-ce qu’un seul de ces plus petits commandements ou qui enseignerait aux homme à faire ainsi ».

L’homme n’a pas à faire un tri parmi les prescriptions que lui impose son Seigneur, car en agissant ainsi, il se « ferait juge de la Loi. Or si tu juges la Loi, tu n’es plus l’observateur de la Loi, mais son juge. Il n’y a qu’un seul Législateur et Juge, celui qui peut sauver et perdre » (Jc 4, 11-12). Faire un tri dans les préceptes, c’est se mettre au-dessus de Dieu, corrigeant la Loi qu’il a confiée à Moïse et aux Prophètes. Bref, en prendre et en laisser dans les commandements, c’est prétendre implicitement avoir acquis « la connaissance du bien et du mal ».

Voilà l’attitude que Jésus dénonce : l’homme qui pense pouvoir se passer de la loi divine en matière morale (et religieuse) trahit que l’orgueil s’est emparé de son âme. Il a rompu le lien de filiation et prétend être « comme Dieu » (Gn 3, 6), dirigeant sa vie « sans Dieu, malgré Dieu, voire contre Dieu » (St Maxime le Confesseur).

Mais Jésus condamne tout aussi sévèrement l’attitude pharisaïque qui prétend mériter le salut au prix d’une observance scrupuleuse mais sans âme, du moindre précepte. Une telle attitude n’est guère plus filiale, car elle ne se situe pas dans l’ordre du don et de l’accueil, mais du marchandage et du dû exigé. Nous pourrions dire que cette pseudo-filiation constitue le péché du fils aîné de la parabole du Père prodigue (Lc 15), alors que la prétention à disposer à son gré de la Loi illustre la transgression du fils cadet.

L’attitude juste que suggère Jésus tout au long de l’évangile consiste à recevoir « la Loi et les Prophètes » comme la Parole d’un Père qui nous appelle à lui en ayant soin d’éclairer le chemin sur lequel nous pouvons avancer en toute sécurité. Vu sous cet angle, la Thora est un don précieux, « une lampe sur nos pas, une lumière sur notre route », que nous sommes invités à recevoir avec gratitude. C’est en l’accueillant comme la Parole de notre Père, en nous penchant sur elle avec amour, pour l’observer et la garder, que nous manifestons notre volonté d’être des fils.

Ce ne sont pas nos œuvres qui nous sauvent, mais une foi vivante par la charité concrète. Le fils sait que tout est grâce, y compris la transformation que la Parole opère en nous afin de nous rendre progressivement capables de la mettre intégralement en pratique. Il n’y a donc pas à tirer orgueil de notre obéissance, car Dieu seul, par son Esprit, peut accomplir ses œuvres en nous. Et nous n’avons pas à nous décourager de trébucher parfois, car « il est fidèle le Dieu qui nous appelle : c’est encore lui qui accomplira tout cela » (1 Th 5, 24).

Tout est possible à celui qui croit, c’est-à-dire à celui qui remet sa vie entre les mains de Dieu son Père, dans la docilité à l’Esprit de son Fils Jésus Christ. Mais le Seigneur ne peut rien pour l’homme qui prétend se justifier par ses propres forces, ou ériger une loi morale à sa mesure.

Seigneur, au milieu du relativisme moral contemporain, ne permet pas que nous nous laissions séduire par l’illusion de l’autonomie absolue. Tu nous as établis “ministres d’une alliance nouvelle, une alliance qui n’est pas celle de la lettre de la Loi, mais celle de l’Esprit du Dieu vivant” (1ère lect.). Nous ne sommes pas les esclaves d’une “lettre qui tue”, mais dans l’Esprit, nous sommes les fils du Dieu vivant “qui donne la vie”. Aussi est-ce notre joie et notre fierté d’obéir à ta Parole qui nous filialise et nous introduit dans la vraie liberté, celle qui consiste à pouvoir discerner et accomplir le bien auquel tu nous appelles.

 

Abbé Philippe Link

 

 

 

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