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Homélie du 11 avril 2019

 




LIRE LES LECTURES DU JOUR

Dans le Temple, la confrontation entre Jésus et quelques juifs se poursuit.

Jésus prend la parole : « Amen, amen, je vous le dis : si quelqu’un reste fidèle à ma parole, il ne verra jamais la mort. » Notre Seigneur affirme ici sa mission de salut. Sa Parole est parole de vie parce qu’elle préserve de la mort éternelle celui qui l’accueille et la fait sienne.

Mais quand Jésus leur parle de vie, ses interlocuteurs ne voient que la vie terrestre. Du coup, appliquant ses propos à la seule mort physique, ils les réduisent à une simple promesse d’immortalité. Dès lors, il leur est facile d’ironiser :

Es-tu donc plus grand que notre père Abraham ? Il est mort, et les prophètes aussi. 

Les propos de Jésus ont pourtant réveillé chez eux une question fondamentale, celle de son identité : « Qui donc prétends-tu être ? » Jésus ne va pas répondre directement. Toute pensée de vanité lui est étrangère. La seule gloire qui compte pour lui est celle qu’il reçoit de son Père :

Si je me glorifie moi-même, ma gloire n’est rien ; c’est mon Père qui me glorifie.

Et le Père se glorifie en son Fils en en faisant le révélateur de son Amour pour tous les hommes. Accueillir cette révélation de Jésus, Parole de Dieu faite chair, à travers ses gestes et ses paroles, c’est cela connaître le Père. Avant toute chose, cette connaissance est concrète. Elle est un rapport personnel, une communion de pensée et de vie avec le Père à travers le Fils.

La preuve que les juifs qui s’opposent à Jésus ne possèdent pas cette connaissance est qu’ils rejettent le Fils. Ils ne l’ont pas accueilli comme celui qui garde la Parole du Père et la révèle à tout homme. Or, comme le dit à un autre endroit Jésus, « nul ne connaît le Père, si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils veut bien le révéler. » En leur disant que lui connaît Dieu et qu’eux ne le connaissent pas, Jésus dénonce donc leur illusion.

Comment se fait-il qu’ils n’aient pas été capables de reconnaître la gloire du Père manifestée en Jésus ? Abraham, n’a-t-il pas lui-même contemplé ce « jour » ? En tant que fils d’Abraham, ils auraient dû reconnaître en lui, Jésus, la véritable postérité promise par Dieu à leur père, le véritable objet de sa joie, l’Isaac véritable, dont le premier n’était que la figure (cf. Première lecture).

Nous devons ici nous rappeler que cette discussion de Jésus avec ses interlocuteurs est située par saint Jean le jour de la fête des Tentes. Cette fête commémorait les quarante années passées au désert et les miracles ayant marqué ce séjour, spécialement celui de l’eau que Moïse fit jaillir du rocher. Elle était caractérisée par une joie proverbiale. D’après le Livre des Jubilés, Abraham l’aurait, en effet, instituée pour manifester sa joie à l’annonce de la naissance d’Isaac.

En se présentant comme l’Isaac véritable, Jésus fait donc refluer vers lui la joie de cette fête :

Abraham votre père a tressailli d’allégresse dans l’espoir de voir mon Jour. Il l’a vu, et il a été dans la joie. 

Le Jour du salut est bien arrivé. Le rocher véritable sera bientôt transpercé et l’eau qui jaillira de lui viendra irriguer et faire refleurir les déserts d’une humanité marquée par le péché.

Mais les interlocuteurs de Jésus retournent ses paroles : « Tu as vu Abraham ! » Ils ne se rendent pas compte qu’ils viennent pourtant d’exprimer une réalité. Jésus saisit alors la balle au bond :

Amen, amen, je vous le dis : avant qu’Abraham ait existé, moi, JE SUIS. 

C’en est trop. Non seulement Jésus affirme une existence qui transcende le temps mais en plus, il usurpe le nom divin « JE SUIS » (cf. Ex 3, 14). Pour répondre à ce double blasphème, il n’y a que la lapidation (Cf. Lv 24, 16) : « Alors ils ramassèrent des pierres pour les lui jeter. »

Que fait alors Jésus ? Il sort du Temple. On entend comme en écho ces autres paroles de Jésus : « Détruisez ce Temple et en trois jours je le relèverai » (Jn 2, 19). La Passion de Jésus se profile déjà à l’horizon.

Bientôt, Seigneur Jésus, la liturgie nous invitera à te suivre jusqu’à la Croix. Que ta grâce nous aide alors à dépasser les résistances qui ne manqueront pas de se lever dans nos cœurs à ta reconnaissance, toi dont nous attendons pourtant le jour avec impatience. Comme le centurion au pied de la Croix, qu’elle nous assiste pour que nous reconnaissions en toi, Jésus crucifié, le Fils de Dieu venu nous sauver. Et que dans la contemplation de ton côté ouvert, nous puissions entrer dans la véritable connaissance du Père.

Abbé Philippe Link

 

 

 

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