jeudi 25 avril 2019
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AccueilParole LibreBillets de Mgr Ravel (français)Mgr Ravel : quand sonnera l’heure des déçus

Mgr Ravel : quand sonnera l’heure des déçus

Comme chaque mois, retrouvez la parole libre de Mgr Ravel.

« Tout ça pour ça ? » « Ce débat a accouché d’une souris ! » « On n’a rien pris en compte de ce que j’ai dit ! » J’entends d’avance les cris des déçus du grand débat national.

Ouvrir un grand débat dans une société qui n’est pas formée à la démocratie directe, c’est entrouvrir la porte de la magie qui rend tout possible. C’est laisser croire que tout est faisable parce que tout est dicible. C’est une belle chose qu’aucun sujet ne soit tabou. Grâce à elle, des idées neuves peuvent surgir d’esprits libres. Mais un peuple déshabitué de la recherche de consensus concrets, peut-il débattre de tout sans tomber dans l’illusion qu’il suffit d’émettre pour concrétiser, de demander pour avoir ? Sait-on accepter avec cordialité que son opinion ne soit pas majoritaire et que son idée ne soit pas retenue ?

Éducation à la démocratie

La déception naît de ce qu’on a cru à des promesses qui ne sont pas tenues. Ou parce qu’on a cru à des promesses qui n’ont jamais été faites mais auxquelles on a cru comme l’ayant été. Instaurer le grand débat aujourd’hui, c’est se condamner à faire plus de déçus que de satisfaits. J’espère me tromper mais je crains qu’à la colère noire de frustrés en gilets jaunes ne succède la colère blanche des déçus du débat. Elle sera puissante et elle nous interroge déjà : à quoi bon débattre concrètement sur ce sur quoi il n’est pas possible d’aboutir concrètement ? Je me suis fait mal voir en repoussant à des discussions amicales des questions pastorales sur lesquelles je n’ai aucun pouvoir, comme celle de l’ordination des femmes. À quoi bon se mettre en assemblée pour discuter de ce qui n’est pas de notre ressort ? L’expérience montre qu’il y a plus d’inconvénients à fabriquer des déçus qu’à faire des frustrés. Car la frustration conserve encore un peu d’espérance.

Que faire alors ? Il me semble nécessaire de poursuivre une éducation à la démocratie en commençant au niveau communal. L’exemple de la Suisse montre que tout commence à cet échelon politique, par des votations régulières, sur des thèmes bien identifiés : construction d’une piscine, etc. Là, les personnes comprennent les enjeux et connaissent les problématiques : elles se prononcent en connaissance de cause. Là, commence la vraie culture d’une démocratie efficace. Chez nous, les consultations locales restent encore bien en-deçà d’un vote contraignant. Même le premier niveau politique est encore de la démocratie représentative.

Une parabole du Christ nous conduit à cette pédagogie, celle des talents confiés. À ceux qui les ont fait fructifier, Jésus dit : « Bon et fidèle serviteur, tu as été fidèle en peu de choses, je t’en confierai des grandes. » J’ai pratiqué la démocratie directe et locale dans mon abbaye durant 28 ans, lors des « chapitres » des frères. J’y ai appris à surmonter la déception d’un vote qui n’est pas allé dans mon sens. Car on ne peut pas toujours avoir raison avec la majorité. Mais c’est ainsi qu’on apprend le bien commun.

+ Mgr Luc Ravel,
archevêque de Strasbourg

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