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Homélie du 2 mars 2019

 




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« On présente à Jésus des enfants pour les lui faire toucher » : réflexe spontané des mamans qui désirent que leur enfant profite des « effluves positives » qui rayonnent de la personne du Rabbi.

Le verbe traduit par « toucher » suggère en effet davantage une intervention thérapeutique qu’une bénédiction. Est-ce en raison du caractère superstitieux de la demande que les disciples « écartent vivement » ces enfants, ou pour protéger le Maître assailli par la foule ? Quoi qu’il en soit la réaction de Jésus ne se fait pas attendre et est particulièrement ferme : « Il se fâcha » ! Notre-Seigneur considère que c’est faire injustice à ces enfants que de les repousser. Quelle que soit l’intention des parents, l’occasion est trop belle pour ne pas la saisir : Jésus « embrasse et bénit les enfants en leur imposant les mains ». Si la demande au départ était ambigüe, Jésus la corrige en offrant sa bénédiction. Il va même citer l’attitude à l’égard des enfants, comme critère de discernement pour l’entrée dans le Royaume.

Deux sens s’ouvrent devant nous : la parole de Jésus peut être entendue comme l’invitation à accueillir le Royaume à la manière dont les enfants le reçoivent ; mais aussi comme une invitation à recevoir le Royaume comme s’il s’agissait d’un enfant.

Commençons par la première interprétation, selon laquelle c’est « à la manière » des enfants qu’il nous faut « accueillir le royaume de Dieu ». Qu’est-ce à dire ?

Il ne saurait être question d’interpréter ces paroles dans un sens moralisateur : le thème de l’innocence de l’enfant ne fait pas partie de la tradition juive ; le Psaume 51 (50) précise en effet au verset 7 que l’homme est pécheur dès le sein de sa mère. L’enfant représente plutôt l’être humain en voie de croissance, qui a tout à recevoir et doit se laisser conduire dans la confiance par ceux qui ont la charge de son éducation. L’appel lancé par Jésus résonnerait donc comme une invitation à l’ouverture confiante à sa Personne, dans une relation simple et vraie, empreinte d’affection et de respect. Jésus ne demande pas à ces enfants un certificat de bonne conduite : pourvu qu’ils s’approchent, tels qu’ils sont, il « les embrasse », et conformément à la tradition, il « les bénit en leur imposant les mains ».

Selon l’autre interprétation possible, Jésus nous inviterait à accueillir le Royaume comme nous accueillons un enfant. Les exégètes penchent plutôt pour cette seconde approche en raison de l’attitude des enfants et de celle des disciples. Il est difficile en effet de citer le comportement des premiers en exemple, vu leur passivité : ils sont amenés par leurs parents auprès du Rabbi. Par contre les disciples, en les écartant vivement, manifestent leur refus de les recevoir. Par le fait même ils font la preuve qu’ils ne sont pas encore en état d’entrer dans le Royaume, car seul y a accès celui qui le reçoit comme on accueille un enfant. La surprise vient du fait qu’il faut recevoir le Royaume pour y entrer. Jésus lui-même nous montre en quoi consiste cet accueil : 

Il les embrassait et les bénissait en leur imposant les mains.

Lorsqu’on se souvient que le Royaume s’identifie à la Personne de Jésus, on comprend que seul celui qui accueille le Seigneur comme un ami confié à sa tendresse, peut espérer entrer dans le Royaume.

Mais cette interprétation ne renversent-elle pas les rôles : n’est-ce pas le Seigneur qui nous invite à venir à lui ? N’est-ce pas lui qui nous offre sa tendresse ?

Dans un premier temps, certes :

Il en institua douze pour qu’ils soient avec lui (Mc 3, 14) 

Mais le verset poursuit : « …et pour les envoyer prêcher ». Le disciple qui a rencontré en Jésus le « Seigneur tendre et miséricordieux » (Ex34, 6), est chargé d’en témoigner en le recevant à son tour avec la même tendresse dans la personne de ses frères :

Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait (Mt 25, 40).

Voilà ce que les disciples n’ont pas encore compris : le Royaume de Dieu se cache dans les plus petits dont Jésus s’est rendu solidaire en épousant leur humanité.

Par le fait même, Jésus affirme non seulement que les enfants font partie de l’Eglise, mais il nous montre l’attitude que nous devons adopter à leur égard : les communautés chrétiennes sont invitées à accueillir les enfants avec tendresse, les embrassant et les bénissant comme le Seigneur lui-même l’a fait et veut continuer à le faire à travers nous. Souvenons-nous que la qualité de l’accueil que nous réservons aux enfants dans nos assemblées peut être déterminante pour la décision qu’ils prendront lorsque l’âge sera venu d’un choix personnel. Il n’est d’ailleurs pas défendu d’espérer que l’attention que nous leur porterons nous permettra, par un phénomène d’« osmose spirituelle », d’imiter leur simplicité dans notre relation à Dieu.

N’est-ce pas lorsque « jeunes et vieux se réjouissent ensemble » que nos communautés s’approche de l’image de l’Église proposée par saint Paul dans la lettre aux Ephésiens :

Vous n’êtes plus des étrangers, ni des émigrés ; vous êtes concitoyens des saints, vous êtes de la famille de Dieu (Eph 2, 19).

Seigneur Jésus, tu es venu à nous comme un enfant pour nous apprendre qu’il nous faut renaître pour entrer dans le Royaume. Donne-nous un cœur assez simple pour pouvoir te reconnaître et te recevoir tel que tu te donnes, dans les petits que nous rencontrons chaque jour sur notre route.

Abbé Philippe Link

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