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Homélie du 28 février 2019

 




LIRE LES LECTURES DU JOUR

On dirait que, dans ce passage, saint Marc s’est contenté de rassembler divers préceptes du Seigneur ; comme s’il nous donnait directement accès à son carnet de notes, sans chercher à les ordonner.

Mais ce n’est pas une raison pour les isoler les unes des autres ; elles sont données dans la succession de notre lecture continue de l’évangile, c’est-à-dire dans le contexte des explications que Jésus donne à ses disciples pour les aider à comprendre qu’il va à Jérusalem y vivre sa Passion.

Pour commencer, le Seigneur évoque ceux qui offriront un verre d’eau à ses disciples, au nom de leur appartenance au Christ. En elle-même, cette image a du poids. Cependant, cette coupe d’eau n’est pas un verre que l’on tend à qui a soif ; elle est le signe de bienvenue convenu dans les maisons où l’on accueille, dans la simplicité, les disciples du Seigneur. Elle est le geste de l’hospitalité fraternelle. Ce geste, dit le Seigneur, aura sa récompense. L’évangile de ce soir s’ouvre donc dans un contexte sinon communautaire, en tous cas fraternel, et heureux.

Viennent ensuite des prescriptions négatives. Elles concernent d’abord ceux qui s’attaqueraient à « un seul de ces petits qui croient en moi », puis elles interpellent chacun de ceux qui suivent le Seigneur. Ils doivent avoir le sens des enjeux que représentent la vie éternelle et ainsi se montrer prêts à renoncer à une main, à un pied ou à un œil pour éviter de se perdre tout entier. Ces membres ont bien entendu une valeur symbolique : ils désignent tout ce par quoi l’homme pèche. Avec la main, il prend et s’accapare le bien d’autrui, avec le pied il marche sur les chemins de la violence et de l’autonomie, avec l’œil, il laisse les mauvais désirs entrer en lui et diriger sa vie.

Mais gardons bien la perception du contexte. Jésus ne vise pas seulement les comportements individuels en eux-mêmes. En commençant son énumération par le rapport aux petits et en le terminant par un appel à vivre en paix entre frères, « vivez en paix entre vous », Jésus montre que son intention vise la vie communautaire dans son ensemble. La communauté chrétienne est en effet un corps dont chacun des membres doit participer à sa bonne santé spirituelle ; chacun est responsable du bien de tous. Dès lors, ce n’est pas seulement pour éviter de se perdre qu’il faut être prêt à renoncer à un ses propres membres : il faut conserver la paix au sein de la communauté, fusse au prix d’un de ses membres, car si cette paix venait à disparaître, chaque individu pourrait perdre l’accès à la vie éternelle. Par la paix que nous maintenons entre nous, nous garantissons de salut de chacun. Or celui qui troublera la paix de tous, sera en outre l’objet du courroux du Seigneur :

Mieux vaudrait pour lui qu’on lui attache au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu’on le jette à la mer.

La communauté est le lieu où s’épanouissent les petits que chérit le Seigneur, elle doit donc être protégée.

Car tout homme sera salé au feu.

Mieux vaut amputer la main plutôt que tomber dans la géhenne où le feu ne s’éteint pas, car, en tous cas, tout homme passera par le feu purificateur de l’amour de Dieu. Il est inutile de s’attacher à nos membres, car nous passerons tous par l’épreuve purificatrice, pour notre bien et par délicatesse d’amour de notre Dieu. C’est de cet amour que le sel tient sa saveur et que l’homme tient sa valeur. Jésus parle, nous l’avons compris, de l’offrande volontaire de soi, du détachement de soi dans l’amour, il explique la Croix.

C’est une bonne chose que le sel ; mais si le sel cesse d’être du sel, avec quoi allez-vous lui rendre sa force ?

Le feu purificateur de l’amour de Dieu produit en l’homme la sagesse, la grâce, la pureté. Si le sel vient à s’affadir, si l’homme perd la grâce et la sagesse de Dieu, les relations dans la communauté sont mises en péril, la paix qui l’unit est compromise.

Le rapprochement avec la Passion que Jésus annonce sans que ses disciples comprennent, se dessine ainsi peu à peu. Par sa souffrance, Jésus va briser le mur de la haine et rassembler la famille de Dieu. Il le fait par amour de ses frères et par égard pour l’amour du Père pour ses enfants, les petits que le péché à asservi. Ainsi chacun de ses disciples. Dans la communauté à laquelle nous appartenons, la Croix est le chemin par lequel nous devons volontairement nous engager pour édifier avec le Seigneur l’unité de sa famille dans la charité. La paix de tous et le salut de chacun en dépendent.

Seigneur Jésus, donne-nous de mesurer la grandeur de ce que tu donnes à vivre, ouvre nos yeux à cette merveille qui ne saurait être comparée avec un attachement déplacé à nos mains, nos pieds et nos yeux qui nous conduisent loin de toi. Ainsi, acceptant d’être unis à toi sur la Croix, nous édifierons avec toi l’unité de ton Corps qui est l’Église. Merci de nous associer à cette œuvre de réconciliation qui produira en nous le sel qui donne son goût à la vie et qui permet de vivre dans la paix que partagent des frères.

 

Abbé Philippe Link

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