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Homélie du 21 février 2019

 




LIRE LES LECTURES DU JOUR

« Pour Les gens », qui est Jésus ?

L’écho de la rumeur publique rapportée par les disciples ne nous apprend rien de nouveau : nous l’avions déjà entendue dans l’entourage d’Hérode (6, 14-16). Le peuple reste donc dans le flou quant à l’identité de ce Rabbi, malgré tous les signes qu’il a accomplis sous ses yeux.

Après ce constat à vrai dire peu encourageant, Notre-Seigneur sollicite avec insistance l’opinion de ses proches ; la formulation de sa question semble supposer qu’il attend de leur part une prise de positon plus claire :

Mais vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ?

Pierre se risque à proposer une réponse, mais contrairement à ce que nous trouvons dans le récit parallèle de Mattieu que nous méditerons demain, elle ne suscite pas de félicitation de la part de Jésus. Notre-Seigneur ne renie pas la confession de son Apôtre – à laquelle les autres disciples semblent adhérer – mais « il leur défend vivement de parler de lui à personne ». Sans doute n’était-il pas prudent de faire allusion au titre de « Messie » devant les foules, car elles auraient projeté sur Jésus leur rêve d’un royaume messianique politique et terrestre.

La suite du récit suggère que les proches du Seigneur se situent eux-mêmes dans cette perspective : Pierre se permet de « faire de vifs reproches » à son Maître lorsque celui-ci fait allusion aux souffrances qu’il aura bientôt à endurer à Jérusalem. Ce faisant, Pierre prend bien involontairement le relai du Satan, qui au désert avait déjà tenté Jésus sur ce point ; aussi Notre-Seigneur est-il obligé de rabrouer son apôtre.

Saint Marc précise que « Jésus se retourna et voyant ses disciples interpella vivement Pierre » : c’est en contemplant ses compagnons – parmi lesquels il entrevoit déjà chacun d’entre nous – que Notre-Seigneur puise la force de résister à la tentation, de dépasser son horreur de la Passion à venir, et de choisir d’aller jusqu’au bout de sa mission.

Passe derrière moi, Satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. 

Que les pensées de Satan ne coïncident pas avec celles de Dieu ne nous étonne guère, mais il est plus inquiétant d’entendre que l’Ennemi n’a même pas à déployer un discours qui lui soit propre pour nous égarer en matière religieuse : il lui suffit pour nous perdre, d’emprunter « les pensées des hommes », c’est-à-dire nos propres pensées, lorsqu’elles se développent hors de la lumière de la Révélation.

Seigneur tu nous as dit clairement que “personne ne connaît le Fils sinon le Père” (Mt 11, 27). Ne permets pas que la suffisance nous égare et que nous ayons la présomption de parler de toi à partir de nos évaluations et de nos raisonnements humains. Rends-nous dociles à l’Esprit Saint : qu’il nous “introduise dans la vérité tout entière” (Jn 16, 13), et nous donne de proclamer avec assurance que tu es le “Christ, le Fils du Dieu vivant”.

Abbé Philippe Link

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