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La terre vue de la Bible

Alors que l’exploitation sans bornes des ressources naturelles a montré ses limites, l’appel de la Genèse à « dominer la terre » est-il toujours pertinent ? Deux aumôniers auprès d’agriculteurs, l’une protestante et l’autre catholique, revisitent ensemble ce passage d’un des récits bibliques de la Création…

Les traductions habituelles du texte de la Genèse emploient les verbes « soumettre » et « dominer », laissant supposer que l’être humain pourrait régner en maître absolu sur la Création. Mais la traduction de l’original hébreux est plus proche de la notion d’« assujettir », comme le précisent Pascale Cornuz, de l’Église évangélique réformée du Canton de Vaud en Suisse et Sébastien Laouer, prêtre catholique en Alsace.

Tous deux soulignent que « l’être humain n’est pas maître de tout sans limites », même s’ils considèrent ce passage biblique comme « une bénédiction où est exprimée un espoir de fructification et d’espérance ». « Dieu confie la Création à l’humain et lui en donne la maîtrise. Tel un berger, son rôle est d’assurer l’équilibre et la protection de l’ensemble », estime Pascale Cornuz.

Sébastien Laouer et elle insistent sur la complémentarité et le nécessaire respect de tous les êtres vivants et sur l’importance de « se reconnecter à une cohérence : faire des choses qui respectent autant l’outil de travail que l’être humain ».

 

 

 

Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa ; mâle et femelle il les créa. Dieu les bénit et leur dit : ‘Soyez féconds et prolifiques, remplissez la terre et dominez-là. Soumettez les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et toute bête qui remue sur la terre’. 
Genèse 1, v. 27-28 (Traduction œcuménique de la Bible)

 

Une alternative à des visions extrêmes

La Genèse ne légitime donc pas la volonté prédatrice de l’être humain. Sébastien Laouer y voit au contraire un appel à retrouver sagesse, humilité et bienveillance dans nos choix de production et de consommation : « Il nous faut reprendre conscience que nous sommes des créatures de Dieu et penser à l’après, pour nos enfants, petits-enfants et les générations suivantes, à qui nous avons à léguer un héritage ».

Ce passage de la Bible n’est pas pour autant un appel à anthropomorphiser (1) les animaux ou les végétaux. “Le texte n’insiste pas tant sur une hiérarchie entre les différentes créatures que sur la responsabilité pour l’humain de garantir un équilibre et une harmonie. Respecter l’animal, ce n’est pas lui demander ce qu’il pense”, estime Pascale Cornuz, convaincue que si on ne touche plus aux animaux et qu’on n’exploite plus les terres, on reviendra en arrière : la forêt reprendra toute la place.

Tandis que Pascale Cornuz actualiserait volontiers le texte biblique par la formule « vivez en cohérence avec la terre », Sébastien Laouer voit quant à lui dans ces versets de la Genèse un écho au cantique des créatures de saint François d’Assise et « une charte susceptible de générer des comportements nouveaux et vertueux ».

 

 

Caroline Lehmann (Le Nouveau Messager) et Hervé Jégou (Carrefours d’Alsace)

(1) Attribuer un aspect ou un comportement humain à un animal.

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