samedi 20 juillet 2019
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Mgr Ravel : interroge la terre

Comme chaque mois, retrouvez la parole libre de Mgr Ravel.

Il n’y a pas une pierre en France qui n’ait été remuée par la main de l’homme. Des collines redevenues sauvages laisseraient penser le contraire. À bien y regarder, on trouverait, dans nos maquis actuels, bien des sentiers et des berges et des murs. La Nature a bien pu reconquérir quelques arpents de terre, il n’en reste pas moins que la France est une contrée intégralement remise et soumise à l’homme. Les sommets eux-mêmes en gardent souvent des marques quand on y trouve des statues, Vierges montées à dos d’homme par des alpinistes aussi hardis que pieux. Parler des droits de la Nature en France dans des termes qui donnent à penser que l’homme n’a rien à y faire, est contredit  par ce fait de l’histoire et de la géographie. Tant de voyageurs admirent cette France des bois, des champs, des pâturages, des paysages ciselés, sculptés par les siècles.

Demande à la Terre

À qui est-ce dû ? Bien sûr, quelques jardins remarquables héritent d’une passion et d’une compétence, d’un savoir-faire pour les espaces verts que beaucoup envient à la France. Mais l’immense part de ce chef d’œuvre que sont nos terroirs revient incontestablement à nos chers « paysans ». Ce mot « dit » un rapport de chair avec un pays au-delà d’un lien avec une activité économique.

En mettant en perspective l’ouvrage du paysan et la splendeur de la France, je n’entends pas affecter notre agriculture à un simple entretien de gazon. On a imaginé des agriculteurs payés pour entretenir les paysages et s’associer à notre économie de tourisme. Cette mission n’est pas dégradante. Mais elle néglige ce qui fait l’essentiel du paysan : demander joliment à la terre ce qu’elle peut et veut nous donner. Et, quand elle aura répondu, la saluer gravement, offrant le meilleur de ses dons à Celui qui a tout créé.

Conjuguer fertilité et respect

Un siècle en arrière, c’était le temps de Paul Claudel. C’était la France rurale de nos églises et des cloches riantes de prières. La France nourricière de son peuple, viscéralement attachée à ses campagnes. Dans « L’Annonce faite à Marie », sa première pièce de théâtre, Claudel imagine le dialogue d’une jeune fille pleine de bon sens, Violaine, avec le grand architecte, bâtisseur de cathédrale, Pierre de Craon. À celui-ci, narrant le soleil avec beaucoup de poésie, Violaine réplique avec son humour et sa vérité de terrienne : « Pour moi ce soleil me suffit qui va s’éteindre. Toute ma vie j’ai fait la même chose que lui, me levant et rentrant avec lui. » Et elle ajoute : « Interroge la vieille terre et toujours elle te répondra par le pain et par le vin. » En Alsace, la terre répond par le vin, le pain, mais aussi le houblon et le chou.

La conjugaison de la fertilité de la terre et le respect de sa nature n’a jamais été oubliée par ceux qui la cultivent. Les dérapages sont à l’écologie ce que l’exception est à la règle de grammaire. Le paysan ne choisit pas, sauf sous la pression des banquiers. Il tient autant à la rentabilité qu’à la beauté. Précisément parce qu’il aime sa famille et sa terre. Les deux lui ont été données par Dieu.

+ Mgr Luc Ravel,
archevêque de Strasbourg

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