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Homélie du 12 février 2019

 




LIRE LES LECTURES DU JOUR

Le contraste avec le passage que nous avons contemplé hier est frappant. A la scène paisible et silencieuse de la piété populaire qui touche Notre-Seigneur par la foi et obtient le salut, s’oppose aujourd’hui l’attitude critique des pharisiens, qui argumentent de mille pseudo-raisons pour ne pas s’engager à la suite du Christ.

Elles sont loin les foules accourant vers le Seigneur comme des brebis se rassemblant autour de leur berger ! Jésus consent néanmoins à descendre dans l’arène pour y subir l’interrogation des pharisiens, car eux aussi sont des enfants du Père, qu’il a mission de sauver. Notre péricope ne nous donne que quelques brefs échos des controverses que Notre-Seigneur a du endurer, des flots de paroles bruyantes et agressives qu’il a du supporter de la part de ces fils d’Israël, jaloux de son ascendant sur le peuple ; de la haine aussi à laquelle il a consenti à s’exposer.

Contrairement aux foules qui humblement « suppliaient Jésus de leur laisser toucher ne serait-ce que la frange de son manteau » (Mc 6, 56), les pharisiens et autres scribes « venus de Jérusalem, se réunissent autour de Jésus » ; ils l’encerclent comme des juges se tenant autour d’un accusé. L’interpellation est déjà une accusation implicite :

Pourquoi tes disciples ne suivent-ils pas la tradition des anciens ?

Nous imaginons spontanément que les disciples se sont rendus coupable d’un écart doctrinal ou moral significatif ; or il n’en est rien : l’objet de la controverse se résume à une règle d’hygiène élémentaire : se laver les mains avant de prendre son repas. En quoi cela concerne-t-il la « tradition des anciens », c’est-à-dire la religion des Pères ?

Posée ainsi, la question peut en effet sembler oiseuse, voire mesquine, pour nous qui avons à ce point séparé la foi de la vie que les signes d’appartenance à la Tradition chrétienne se limitent bien souvent à la participation à la liturgie dominicale. Pour Israël, toute activité possède une dimension religieuse essentielle ; aussi la tradition des anciens avait-elle établi un certain nombre de prescriptions – prières, bénédictions et autres rites – qui devaient aider le croyant à garder sans cesse en mémoire l’orientation surnaturelle de sa vie quotidienne.

Ce n’est certes pas cela que Jésus conteste ; loin de lui de se présenter comme un défenseur d’un laïcisme qui prétendrait renvoyer à la sphère privée l’expression de la foi et de l’appartenance à la communauté croyante. Mais Notre-Seigneur réagit contre une pratique religieuse vidée de son âme, de son intériorité, de son intentionnalité spirituelle. Un tel ritualisme n’accomplit plus ce à quoi il était destiné :

S’il me manque l’amour je ne suis qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante (1 Co 13, 1).

Sans la charité, la « tradition des anciens » est stérile ; elle n’est plus l’expression d’une attitude intérieure de foi, c’est-à-dire de vie en communion avec le Père et le Fils dans l’Esprit. C’est ce clivage entre le paraître extérieur et l’être intérieur que Jésus dénonce comme hypocrisie :

Ce peuple m’honore des lèvres mais son cœur est loin de moi. Il est inutile le culte qu’ils me rendent.

L’exemple que donne Notre-Seigneur pour illustrer son propos est particulièrement significatif de la perversité de cette dérive. Le commandement de Dieu explicitement mentionné dans les Ecritures :

« Honore ton père et ta mère », est annulé par un décret d’une tradition toute humaine, dont les motivations sont loin d’être spirituelles, puisqu’elles visent au profit du temple et surtout de ceux qui le desservent. Sous couvert de religiosité, la fameuse « tradition des anciens » fait passer l’intérêt de la caste sacerdotale avant la charité la plus élémentaire, et ceci malgré le précepte divin.

Vous annulez la parole de Dieu par la tradition que vous transmettez.

Tel est le douloureux constat auquel aboutit Notre-Seigneur en observant le comportement des pharisiens de son époque et de tous les temps, y compris le nôtre. D’où l’importance de consentir à un sincère examen de conscience, non pas pour supprimer les expressions de notre foi que nous avons vidées de leur contenu ou que nous avons détournées à notre profit, mais pour les réorienter vers leur finalité surnaturelle.

Que Marie et Joseph nous aident à vivre à chaque instant en présence du Verbe incarné, et que l’Esprit Saint repose sur nous, afin que « tout ce que nous dirons et tout ce que nous ferons, soit toujours accompli au nom du Seigneur Jésus Christ, en offrant par lui notre action de grâce à Dieu le Père » (Col 3, 17).

Abbé Philippe Link

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