mercredi 21 août 2019
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Mgr Ravel : réflexions sur la vitalité de notre Église

En octobre 2018, Mgr Ravel se rendait en pèlerinage en Corée du Sud, dans le diocèse de Daegu, sur les traces des martyrs. Il nous partage ses réflexions relatives à des thèmes d’actualité dans l’Église catholique aujourd’hui.

À Daegu (Corée du Sud), il y a dix ans, on trouvait 250 séminaristes. Ils sont 96 aujourd’hui. Une maison dans la montagne accueillait les « propédeutiques » pour une année spirituelle. Elle a dû fermer, faute d’inscrits. S’ils sont encore 22 diacres en dernière année, ils ne sont plus que 4 séminaristes en deuxième année.

La question des vocations

En Corée, on compte tout et on ne cache pas les chiffres. Je suis convaincu comme eux que le réalisme ne s’oppose pas à l’Espérance : au contraire, il permet de lire les signes des temps et de ne pas s’accrocher à l’illusion de redémarrages magiques.

Le décrochage est sans nuance : il nous rappelle celui de notre grand séminaire strasbourgeois. Même ampleur dans les années cinquante-soixante, puis fonte irrémédiable de nos ordinations.

Les séminaristes de Daegu attendent une parole d’un archevêque qui se pose les mêmes questions qu’eux. Je les assure de mon soutien et je leur promets que je ne garderai pas pour moi la réponse si je l’avais.

Il me semble nécessaire d’ouvrir la question des vocations sacerdotales à celle des vocations féminines dans la vie consacrée, où la baisse en Europe est pire encore. C’est la consécration totale à Dieu qui pose problème.

Cherchons ensembles les causes. C’est là une bonne occasion de partager avec les professeurs et les séminaristes qui s’interrogent avec lucidité. Aux approches généralistes sur la sécularisation, sur l’individualisme, sur le matérialisme, sur le nombre d’enfants, sur les résistances des familles, on pourrait joindre une méditation sur la volonté de Dieu.

Le Christ n’est-il pas le maître de l’histoire ? Combien de fois avons-nous dit ou entendu dire de façon sentencieuse : « Dieu appelle autant qu’avant mais l’homme ne répond pas ! ». Comment le savons-nous ? Avons-nous eu une confidence de Dieu sur le thème du nombre réel des vocations en France ou en Corée ?

Par crainte de paraître pessimistes, peu de personnes osent contredire ce genre d’affirmations gratuites. Avons-nous vraiment rencontré beaucoup de jeunes gens, évidemment appelés par Dieu, et détournés de leur appel pour se marier ?

Que le Seigneur appelle et que des jeunes aient plus de mal qu’auparavant à répondre, c’est une certitude. Mais quant au nombre, sommes-nous les maîtres de l’Église pour savoir ce qu’il serait bon pour nous ? Un prêtre est au service des baptisés. Si ceux-là sont beaucoup moins nombreux, est-il besoin encore de cohortes de prêtres ?

Le problème des vocations particulières ne vient-il pas avant tout des communautés chrétiennes fidèles mais élimées, courageuses mais réduites, dispersées et pourtant restant dans l’entre soi ?

On pourra objecter que, s’il y avait beaucoup de jeunes prêtres et de jeunes consacrés, cela repartirait. Qu’ils pourraient être le fer de lance de la nouvelle évangélisation etc.

À quoi, malgré nos doutes et nos méconnaissances du dessein de Dieu, nous pouvons répliquer que cette baisse, mesurée aujourd’hui (en tout cas en Alsace), a eu lieu au moment où prêtres et religieuses maillaient le terrain d’une façon exceptionnelle.

Aux séminaristes de Daegu qui m’interpellent sur ce thème, j’évoque les grands textes du Concile Vatican II sur l’Église. J’essaie d’inscrire notre réflexion commune sur le primat donné au Peuple de Dieu et à la mission des baptisés dans le monde. A-t-on vraiment pris en compte la vocation et la responsabilité du baptisé dans le monde ? N’a-t-on pas détourné leurs énergies spirituelles vers l’intérieur de nos communautés au lieu d’en faire un levain dans le monde ? Dieu n’appellera-t-il pas des prêtres pour servir les baptisés qui se lanceront dans la formidable mission d’évangélisation du monde ?

Le diocèse de Daegu, lors de son deuxième synode en 2011, a cherché à réagir à cette pente descendante. Moins de jeunes, moins de vocations, moins de pratiquants. Le diocèse a fait le choix de la mission « ad extra » en envoyant pour la première fois des prêtres diocésains missionnaires à l’étranger (Colombie, France…).

Baptême et pratique religieuse

Certains chiffres (qu’ils publient avec une rare précision) nous surprennent. Ainsi le nombre d’enfants baptisés (1761) est trois fois moindre que le nombre de baptêmes d’adultes (4933).

Deux facteurs jouent ensemble pour expliquer ce chiffre : l’évangélisation récente qui atteint les adultes et le très faible nombre de naissances (taux de fécondité de 0,9).

Dans le diocèse de Daegu, sur une population de quatre million et demi d’habitants, il y a cinq cents mille catholiques. Un cinquième pratique régulièrement.

Malgré les différences historiques et culturelles, les enjeux pastoraux ressemblent fort aux nôtres. Par exemple, le nombre très important de baptêmes d’adultes n’enlève rien à la difficulté de fidélisation des néophytes.

Un abandon rapide de la pratique ne correspond pas avec l’ardeur qu’on s’attend à trouver chez de nouveaux convertis. Où est la ferveur d’antan ? Chez nous, chez eux…

L’Alsace, terre missionnaire

L’Alsace a été de toujours une terre profondément marquée par les missions lointaines. Tant de missionnaires, envolés au bout de la terre, revenaient au nid natal, quand ils le pouvaient, pour témoigner de leur mission et recueillir les fonds nécessaires.

Les alsaciens continuent d’être très sensibles à ce rayonnement auprès de peuples et sur des cultures qui diffèrent des nôtres. Il nous faut reprendre à neuf la construction d’une connivence missionnaire entre églises-sœurs. Le réveil de l’esprit de mission vers les périphéries passera par cette internationalisation de notre présence au monde, par la catholicité de l’Église vécue jusque dans nos paroisses rurales.

Notre sensibilité alsacienne nous y prépare. Il nous reste à la réaliser pratiquement. Comment ? Certainement des échanges entre jeunes, des pèlerinages sur les traces de nos martyrs chez eux et sur les marques de leurs racines chez nous, des missions communes nous porteront très haut dans la joie de l’annonce.

Si « nul n’est prophète en son pays », nous a rappelé notre Seigneur Jésus, nous pouvons l’être ailleurs que chez nous, non pas par goût de l’exotisme mais pour manifester ainsi l’étrangeté de l’Évangile. Car aucune accoutumance à l’Évangile ne doit réduire ce caractère décalé de la foi, même si nos vieilles chrétientés l’ont presque perdu à force de considérer les choses chrétiennes comme allant de soi. Mais rien n’allait de soi quand, pour la première fois, il y a vingt siècles, a retenti la Bonne Nouvelle en Israël. Rien n’allait de soi, il y a trois siècles en Corée, quand les premiers chrétiens ont découvert le Christianisme par des livres venus de Chine.

L’Évangile ne va pas de soi : il est un don toujours surprenant.

Mgr Luc Ravel, archevêque de Strasbourg

Pour en savoir plus sur le voyage de Mgr Ravel en Corée du Sud : https://www.alsace.catholique.fr/actualites/350860-mgr-ravel-coree-sud/

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