Contact





OuiNon

m
Connectez avec:
lundi 18 février 2019
Se connecter    /S'inscrire    /
  • Pas de produits dans le panier
AccueilÀ la uneLe Schnaps, cette noble goutte

Le Schnaps, cette noble goutte

De l’usage médicinal jusqu’à sa dégustation avec modération, le Schnaps possède de multiples vertus. Cette
noble boisson a aussi, en novembre 44, permis à des Alsaciens et à des soldats travaillant pour la Wehrmacht
de fraterniser.

 

Déjà dans l’Antiquité, on savait produire, à partir des fruits, une boisson spiritueuse aujourd’hui appelée Schnaps. Lors des vendanges, lorsque le raisin était pressuré, les marcs de celui-ci étaient mis dans des cuves vides afin de fermenter. Habituellement, ils étaient recouverts d’argile humide ou de terre pour bien se conserver. Plus tard en automne ou en hiver, ils étaient distillés dans un alambic spécial pour produire une bonne eau-de-vie de marc. On distillait aussi toutes sortes de fruits, comme par exemple les cerises, les quetsches, les mirabelles, les framboises, etc. On utilisait également beaucoup l’eau-de-vie produite par les lies pour des frictions lors de contractions douloureuses. Rien n’était gaspillé et tout pouvait être utilisé.

 

 L’art de la distillation

La plupart des familles du village bénéficiaient encore de « l’autorisation de distiller », c’est-à-dire le droit de produire 10 litres d’alcool soit 20 litres de Schnaps, qui étaient exempts de taxes et uniquement réservés à l’usage familial. Naturellement, il fallait pour cela être propriétaire de vignes et d’arbres fruitiers. Ceux qui ne possédaient pas d’alambic pouvaient distiller chez autrui. Il en existait beaucoup dans le village et un alambic correspondait pour ainsi dire à un vigneron et à une exploitation. Tous ces alambics sont encore répertoriés même s’ils ne sont plus en usage.

 

Après la guerre, les contrôles réalisés par les contributions indirectes devinrent plus sévères. Quiconque ne respectait pas scrupuleusement les prescriptions se voyait retirer son autorisation de distiller en franchise de taxes.

 

La distillation des spiritueux devait être déclarée trois jours par avance auprès du bureau local des contributions indirectes. Le receveur local conservait une partie de l’alambic, à savoir la conduite utilisée entre la cuve de l’alambic et le refroidissement à l’eau. Sans ce tuyau, il n’était pas possible de distiller. Le demandeur recevait alors, par le dépôt des formulaires requis, cette pièce pour la durée de distillation. À l’issue de ce travail, le tuyau et les formulaires, dûment remplis, avec l’indication des quantités d’alcool et de spiritueux produits, devaient être restitués au receveur local. L’on savait s’organiser en cas de contrôle éventuel par les contributions indirectes car, la plupart du temps, on distillait plus que ce que l’on déclarait. Et ainsi, on pouvait aussi vendre en parallèle, du Schnaps, évidemment « au noir », ce qui constituait un revenu de complément.

 

Us et coutumes autour du Schnaps

Encore avant-guerre, et après aussi, le fait de boire du Schnaps faisait partie des us quotidiens principalement pour les hommes. Il était encore de coutume de s’entraider l’un l’autre pour différentes tâches, et il était normal de se voir servir dès le matin un Schnaps, avant d’aller dans les vignes. Il en allait de même pour les artisans qui venaient de temps en temps effectuer des travaux à domicile. Un bon café est accompagné d’un Schnaps. Les femmes, elles, savaient, sur la base d’anciennes recettes et à partir de fruits et de toutes sortes d’ingré- dients, faire des délicieuses liqueurs qu’on appelait des « Schnapsler » qui étaient servies lors d’agréables rassemblements. Certains étaient en outre utilisés à des fins médicinales, par exemple, lors de maux d’estomac.

Après la guerre, les contrôles réalisés par les contributions indirectes devinrent plus sévères. Quiconque ne respectait pas scrupuleusement les prescriptions se voyait retirer son autorisation de distiller en franchise de taxes. On pouvait cependant continuer à distiller, mais payer pour chaque litre d’alcool produit n’était plus rentable pour la consommation personnelle. Avec l’apparition des supermarchés, beaucoup de choses changèrent : on a commencé à trouver des alcools inconnus chez nous.

 

À consommer avec modération

En outre, vint la répression de l’alcoolémie. De ce fait, les distillations privées, dans notre village à l’instar des autres lieux, ont pour ainsi dire quasiment disparu au cours des dernières décennies. En contrepartie se sont développées, dans la région, des distilleries artisanales, qui savent produire toutes sortes d’excellents spiritueux. De toute façon, les viticulteurs qui livrent leur récolte en cave coopérative n’ont plus de marcs. Ceux-ci sont conduits, tout comme les lies, dans une distillerie aux fins de production d’alcool vinique, lequel trouve de multiples usages en médecine.

Boire du Schnaps de nos jours, mais c’est le pire des poisons ? Eh oui, nous en sommes arrivés à ce stade avec cette noble « goutte », qui appartenait à la tradition quotidienne de nos ancêtres. Ils n’étaient pas pour autant des alcooliques. Cependant, l’on peut dire que, même aujourd’hui, un petit « Schnapsala », comme l’eau-de-vie de marc, de cerises, de mirabelles, de quetsches, peut encore constituer pour l’homme actuel, un vrai régal, naturellement avec modération, comme il est si bien souligné. Les connaissances requises pour la distillation des eaux-de- vie, telle que pratiquée autrefois, a été perdue, comme tant d’autres savoirs.

 

Une petite histoire de Schnaps

Durant l’année 1944, le front se rapprochant de plus en plus, la distillation avait été commencée dès le mois de novembre. Nous possédions alors un alambic prêté à d’autres gens. Vers le soir, le voisin Loni ayant distillé ses marcs, vit arriver environ 6 à 10 soldats allemands. Il s’agissait de Biélorusses, qui servaient dans la Wehrmacht. Il est possible que ce soient les effluves du Schnaps qui les ont attirés. Loni avait une hotte pleine de « première cuite » posée au mur et destinée à être recuite (« Guetbrand »). Les soldats y goûtèrent immédiatement avec délectation et dire « Schnaps gut ». Ils ne parlaient que peu l’allemand, mais ils remplirent immédiatement leurs gourdes, payèrent généreusement en billets de Reichsmarks et disparurent aussi rapidement qu’ils étaient venus. Probablement faisaient-ils partie de l’arrière-garde dans les Vosges, comme cela se produisait souvent. Et Loni se trouva là, les mains pleines de sous, et compta le tout. C’était une jolie somme, et mon père eut ce commentaire : « Tu as presque gagné autant que moi en un mois de salaire aux chemins de fer. »

 

Valentin KUNTZMANN

(Visited 23 times, 1 visits today)

Etiquettes

Partager

Aucun commentaire

Laisser un commentaire.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.