mardi 16 juillet 2019
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Homélie du 16 janvier 2019




LIRE LES LECTURES DU JOUR

Le sentiment d’urgence persiste : Jésus ne s’attarde pas à la synagogue ; flanqué de ses quatre premiers disciples, il se rend dans la maison de deux d’entre eux, probablement pour prendre son repas.

« Sans plus attendre », c’est-à-dire dès son arrivée, on lui parle de la belle-mère de Simon, clouée au lit par un accès de fièvre. Aussitôt Jésus prend l’initiative de la guérir, avant même qu’une demande soit clairement formulée en ce sens. La description de l’intervention du Seigneur est sobre, comme le fut le récit de l’exorcisme dans la synagogue. Aucune parole n’est rapportée par l’évangéliste, compagnon de Pierre, témoin de la scène. Mais le geste de Jésus est parlant en lui-même : en prenant la main de la femme, Notre-Seigneur rétablit avec elle une relation, l’arrache à l’isolement dans lequel l’enfermait son mal. Il « la fait lever » ; autrement dit : il la remet debout, position qui au livre de la Genèse représente l’attitude de l’homme créé à l’image de Dieu.

Le verbe grec utilisé par Marc est très significatif, puisque c’est celui-là même qu’il utilisera pour annoncer la résurrection de Jésus (16, 6), et qu’il mettra sur les lèvres de Notre-Seigneur pour annoncer que les hommes, marqués par la mort, doivent eux aussi ressusciter (Mc 12, 26). Nous retrouverons encore ce même verbe dans le cadre d’autres guérisons hautement symboliques comme la résurrection de la fille de Jaïre (6, 41) et la guérison de l’enfant épileptique (9, 27). Ce dernier miracle est particulièrement proche au niveau de la formulation, de celui que nous lisons aujourd’hui. Là aussi Jésus opère d’abord un exorcisme par la puissance de sa parole, puis « saisissant la main de l’enfant devenu comme un cadavre, le releva et il se mit debout » (9, 26-27). Bien sûr dans ce passage, une seule personne – l’enfant – est bénéficiaire des deux actions, mais nous voulons souligner la récurrence de la séquence : exorcisme-relèvement, qui annonce le parcours de Jésus lui-même : sur la Croix il « pousse un grand cri » (15, 37), le cri de victoire sur les forces du mal, et il s’endort dans la mort jusqu’au matin de Pâques, lorsque son Père le « relève » dans la puissance de l’Esprit.

Cette solidarité du Christ avec les hommes était déjà annoncée dans la première lecture de la liturgie de ce jour : c’est parce qu’il « a voulu partager notre condition humaine », devenant en tout semblable à ses frères, que Jésus peut être, dans nos relations avec Dieu, un grand prêtre miséricordieux et fidèle, capable d’enlever les péchés du peuple. Ayant souffert jusqu’au bout l’épreuve de sa passion, il peut porter secours à ceux qui subissent l’épreuve.

Car par sa mort, Jésus a réduit à l’impuissance celui qui possédait le pouvoir de la mort, c’est-à-dire le démon ; et il a rendu libres ceux qui, par peur de la mort, passaient toute leur vie « dans une situation d’esclaves » (1ère lect.).

De même que les ténèbres se dissipent lorsque surgit la lumière, la fièvre comme le démon sont obligés de partir lorsque paraît le Christ. Jésus est venu pour triompher du Malin et de toutes formes de mal qui découlent du pouvoir qu’il a acquis sur notre pauvre humanité, depuis sa chute dans le péché. Libérée des conséquences de cette emprise maligne, la belle-mère de Simon peut à nouveau se mettre au service des siens et du visiteur divin, selon la vocation originelle de l’humanité, dans laquelle vient nous restaurer le Christ serviteur.

Le sommaire qui suit le miracle accompli dans l’intimité de la maison, souligne la dimension universelle du ministère de compassion de Notre-Seigneur, auquel aucune forme de mal ne résiste. Comme dans la synagogue, Jésus ferme la bouche aux esprits mauvais, « les empêchant de parler ». Le « Père du mensonge, homicide depuis les origines » (Jn 8, 44), pressentant que son règne touche à sa fin, va en effet essayer par tous les moyens de « récupérer » la Bonne Nouvelle, en l’interprétant d’une manière qui occulte le cœur de son message : la réconciliation avec Dieu notre Père par le sacrifice rédempteur du Fils unique. L’actualité de cette remarque est criante : le nombre d’interprétations réductrices du Christ des Evangiles ne se comptent plus de nos jours…

La présentation des événements racontés dans la seconde partie de notre péricope, suggère à nouveau un prolongement pascal : quelques mois plus tard, c’est vers une autre porte que se pressera la foule où le Seigneur du haut de la croix prononcera l’exorcisme définitif et prendra autorité sur toute maladie et toute mort. « Le lendemain, bien avant l’aube, Jésus se lèvera. Il sortira » de son tombeau et remontera vers son Père pour exercer en notre faveur son ministère de grand prêtre miséricordieux et fidèle. « Simon et ses compagnons se mettront à sa recherche », mais lorsqu’il se manifestera à eux, ce sera pour les envoyer dans « les villages voisins » et « dans le monde entier, proclamer la Bonne Nouvelle à toute la création » (16, 15) ; car c’est pour cela que le Maître les avait appelés à sa suite.

Quant à eux, ils s’en allèrent donc proclamer partout la Bonne Nouvelle. Le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l’accompagnaient (16, 20).

Loué sois-tu Seigneur Jésus, d’avoir pris l’initiative de mon salut. Sois béni éternellement d’avoir voulu “souffrir jusqu’au bout l’épreuve de ta passion, de manière à pouvoir me porter secours lorsque je subis l’épreuve”. Prends autorité par ta parole toute-puissante sur tous les démons qui me tiennent encore en esclavage ; saisis ma main et relève-moi dans la force de ta résurrection. Libéré de mes peurs, je pourrai alors te servir en servant mes frères, et annoncer par ma vie transformée, la Bonne Nouvelle de ta victoire sur tout mal et du don de la vie divine dans l’Esprit, que tu accordes en abondance à ceux qui mettent en toi leur espérance.

Abbé Philippe LINK

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