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Homélie du 8 janvier 2019



LIRE LES LECTURES DU JOUR

 

Nous cueillons cette semaine les fruits de notre chemin à travers le temps de l’Avent et de la fête de Noël. La moisson est riche et nous voyons à présent s’ouvrir devant nous des perspectives nouvelles.

 

Après la célébration de l’épiphanie, qui nous a donné, entre autres, la joie de voir notre roi reconnu et adoré, l’évangile nous rappelle que le chemin que Jésus nous invite à suivre désormais, et qu’il va suivre lui-même, n’est pas un chemin de gloire au sens humain. Il est celui que Jean-Baptiste a déjà suivi.

 

Autrement dit, le roi que nous avons choisi et qui nous envoie en mission, a une façon de procéder qui peut dérouter : il appelle et agit selon nos incapacités. L’épisode que nous venons d’entendre est en effet un envoi en mission : « donnez-leur vous-mêmes à manger », adressé à des disciples qui viennent de constater leur incapacité à nourrir la foule. Etre envoyé par Jésus ne donne aux disciples aucune autorité, la seule base de leur entreprise est leur propre pauvreté.

 

Il est permis de franchir un pas de plus en remarquant que le souci de Jésus et celui des disciples ne se rejoignent pas. Certes, tous sont en inquiétude pour la foule ce soir là. Mais pour Jésus cette foule est avant tout un troupeau abandonné et sans berger. Pour les disciples par contre, il s’agit d’une foule manifestement trop nombreuse pour être nourrie. Leurs choix sont alors inverses : Jésus les prend en charge, les soigne, les enseigne, se présente comme le Bon Berger. Les disciples quant à eux préfèrent envisager le renvoi des personnes dans leurs foyers.

 

Outre d’être démunis, les disciples nous apparaissent alors comme de bien mauvais élèves. Ils n’ont pas compris leur maître, ils ne savent pas encore penser comme lui, partager son souci, voir leurs frères humains avec ses yeux à lui. Ceux que Jésus envoie ne sont donc pas seulement des pauvres, il apparaît en outre qu’ils ne peuvent offrir aucun signe extérieur encourageant à ceux à qui ils sont envoyés. Leur indignité d’avoir été choisis par un tel maître est flagrante.

 

Voilà précisément l’enseignement de Noël. Chanter notre espérance de voir enfin présent le Sauveur que le monde attend, et particulièrement nous, nous unir à la joie de ces rois venus d’Orient pour l’adorer, nécessite de notre part une conversion. Chanter l’Enfant de la crèche et négliger l’image de ces disciples hésitants et indignes est risquer de manquer le fruit offert. Pour entrer dans le mystère de Nazareth, il nous faut en effet quitter la logique de conformité des disciples à une certaine image de perfection, pour nous orienter vers la pauvreté et la faiblesse de leur maître. L’enfant de Bethléem nous enseigne que sa puissance vient de son abandon, que sa force est liée à sa nudité à nos regards, que son amour est plus fort que la mort parce qu’il ne répond pas au nôtre mais le provoque. La fragilité de cet enfant montre le chemin d’humiliation que devront suivre ses disciples pour lui ressembler.

 

« Donnez-leur vous-mêmes à manger ». Que cet envoi de notre Seigneur raisonne dans notre prière d’adoration de ce temps de Noël comme une action de grâce d’être choisi pour nos incapacités. Elles nous assurent que nous ne serons jamais rien d’autre que ce qu’il fera de nous. Pour peu que nous mettions la main dans ce panier qui ne contient presque rien pour en sortir le repas d’une foule en attente.

 

Abbé Philippe LINK

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