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Homélie du 5 janvier 2019



LIRE LES LECTURES DU JOUR

Philippe n’était pas parmi les deux premiers disciples qui s’étaient mis à la suite de Jésus sur l’indication de Jean-Baptiste. Ce n’est que le lendemain, alors qu’il avait décidé de partir pour la Galilée, que Jésus rencontre Philippe et lui dit : « Suis-moi ».

Pour Philippe comme pour André, cette première entrevue et les quelques heures passées avec le Maître furent déterminantes. Tous deux sont convaincus : celui que Jean-Baptiste avait désigné comme « l’Agneau de Dieu » (Jn 1, 36) est bien le Messie. Aussi ne peuvent-ils se taire : André court chercher son frère Simon, tandis que Philippe partage sa découverte avec Nathanaël. La présentation que donne Philippe laisse pressentir que l’enseignement proposé par Jésus à ses premiers disciples, portait déjà sur l’accomplissement des Écritures en sa personne : « Celui dont parlent la loi de Moïse et les Prophètes, nous l’avons trouvé ». Suit une désignation tout à fait classique par le nom, la famille et l’origine géographique : « Jésus, fils de Joseph, de Nazareth ».

La remarque quelque peu désabusée de Nathanaël, est tout à fait pertinente : les Écritures ne parlent pas de Nazareth, mais désignent Bethléem comme lieu d’origine du Messie (Mi 5, 1). De fait, Jésus n’est pas « sorti de » Nazareth, mais du sein du Père, comme tout le 4ème évangile va tenter de nous le faire découvrir. Il est bien sûr « sorti » également du sein de la Vierge Marie, et précisément à Bethléem, conformément aux prophéties. Mais son origine n’est pas d’ici-bas : il n’est pas « fils de Joseph », mais « Fils de Dieu », comme Nathanaël le reconnaîtra un peu plus tard, au cours de son entrevue avec le Seigneur.

Décontenancé par la réaction sceptique de son ami, Philippe ne peut que se faire l’écho des paroles de Jésus lui-même : « Viens et tu verras ». Ce n’est pas au terme d’un raisonnement en bonne et due forme que nous pouvons arriver à la conclusion : « Jésus est le Messie ». Il s’agit d’une certitude de foi, qui ne peut être acquise que par la fréquentation assidue du Christ dont nous sommes devenus les compagnons. Ce n’est que dans un second temps, à la lumière de l’Esprit, que nous pouvons ensuite constater l’annonce prophétique de sa venue dans les Écritures, et déployer la cohérence rationnelle du projet de Dieu, que Jésus vient accomplir pour nous et parmi nous.

Aussi l’invitation « Viens et tu verras » devrait-elle être aujourd’hui comme hier, au cœur de la première annonce de la Bonne Nouvelle (kérygme), car seules la présence de Jésus, sa Parole vivante, et le rayonnement de son Esprit d’amour, peuvent triompher de nos résistances et entraîner notre adhésion.

Le mérite de Nathanaël est de ne pas s’obstiner dans son scepticisme, mais de demeurer ouvert à l’imprévu de Dieu, dont l’action au cœur de l’histoire est toujours déconcertante. Il consent à suivre Philippe, qui s’empresse de le conduire à Jésus. Il est remarquable que ce n’est pas Nathanaël qui le premier « voit » Jésus – alors que pourtant il doit le chercher avec curiosité – mais c’est Jésus qui « voit Nathanaël venir à lui » ; ce qui suppose – comme l’échange le confirme – que Notre-Seigneur avait posé son regard sur lui depuis bien longtemps : « Avant que Philippe te parle, quand tu étais sous le figuier » – c’est-à-dire alors que tu scrutais assidûment les Écritures pour y discerner le temps et le lieu de ma venue – je t’ai vu » – « j’ai vu ton effort, j’ai entendu ta prière, je connais ton désir. Tu es un véritable fils d’Israël, un homme qui ne sait pas mentir et refuse les compromissions avec le monde, sous prétexte que le Messie tarde à venir. Sache que je suis descendu pour accomplir les Écritures, donner à mon peuple la pleine délivrance, et l’introduire dans son repos » (cf. Ex 3, 7-8). Percevant la portée messianique des propos de Jésus, Nathanaël reconnaît et confesse qu’il est l’Envoyé de Dieu – « le Fils de Dieu » – et le prophète de la fin des temps annoncé par Moïse (Dt 18, 15), qui devait introduire Israël dans sa patrie définitive et régner sur lui pour toujours – « le Roi d’Israël ».

La disponibilité spirituelle de son interlocuteur permet à Jésus de révéler solennellement – à Nathanaël et à tous les cœurs droits qui tout au long de l’histoire lui prêteront l’oreille de leur cœur : « Lorsque j’aurai été élevé de terre pour vous purifier du péché qui a fermé pour vous les portes du Paradis, “vous verrez les cieux à nouveau ouverts, avec les anges de Dieu qui montent et descendent au-dessus du Fils de l’Homme intronisé sur le trône de sa Croix glorieuse. C’est à l’Heure où le Père me glorifiera, que vous saurez que JE SUIS” ».

Seigneur, donne-nous d’avoir faim et soif de toi ; ne permets pas que notre désir se disperse, mais unifie-nous dans la quête de l’unique nécessaire, sous la conduite de ton Esprit. Nous pourrons alors proclamer ta gloire et l’éclat de ton Règne, et confesser ta seigneurie et ta royauté universelles, toi le Fils de Dieu, le Vivant à jamais.

 

Abbé Philippe LINK

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