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Homélie du 2 janvier 2019



LIRE LES LECTURES DU JOUR

 

La situation de l’homme après le péché est à proprement parler dramatique. Nous sommes aveugles spirituellement, incapables de voir Dieu, ni même de discerner sensiblement sa présence dans ses Envoyés. Comment faire alors pour nous prononcer sur l’identité profonde de Jésus de Nazareth ou de Jean le Baptiste ?

 

La question « Qui es-tu ? » revient avec une insistance angoissante dans l’Evangile de ce jour. Le Précurseur est assailli par les représentants des chefs religieux qui le somment de décliner son identité. Bien sûr, ils savent bien que ce Jean est le fils d’un de leurs collègues, le prêtre Zacharie ; cette généalogie-là est de l’ordre de l’évidence sensible. La question des émissaires venus de Jérusalem porte sur une autre identité, qui relève d’un engendrement invisible ; d’une naissance dans l’ordre spirituel, étroitement liée à une mission spécifique. La dernière formulation interrogative est significative : « Que dis-tu sur toi-même ? » Nul ne peut prendre se prononcer sur le mystère personnel d’un autre. Nous sommes nécessairement renvoyés à l’ordre du témoignage.

 

Ce qui est vrai pour le Précurseur l’est aussi pour le Messie qu’il annonce. En refusant de prendre en compte ce que Jésus disait de lui-même ; en récusant a priori son témoignage, les Juifs – et tant d’autres après eux – se sont eux-mêmes privés de l’accès au mystère de sa Personne. Bien sûr, il ne s’agit pas de donner sa foi au premier illuminé qui se déclare envoyé de Dieu ; il faut vérifier la crédibilité des témoins. Mais ce qui frappe dans le cas de Jésus et du Précurseur, c’est qu’ils se définissent par rapport à un autre : le Baptiste par rapport à « celui qui vient derrière lui et dont il n’est pas digne de défaire la courroie de sa sandale », et le Christ par rapport au « Père qui l’a envoyé et dont il accomplit les œuvres ». Cette humilité profonde avec laquelle tous deux expriment le mystère de leur intériorité en termes de relation à un « plus grand », est tout à l’opposé de l’auto-exaltation des faux prophètes. De plus, cette relation privilégiée n’est pas vécue dans un repli intimiste et exclusif, mais ils invitent au contraire leurs interlocuteurs à partager leur expérience. Le Baptiste est venu pour désigner le Messie ; Jésus est venu pour révéler le Père. Leur mission respective découle du consentement à un mouvement qui jaillit du plus profond de leur personne et auquel ils ont consenti, ouvrant ainsi un chemin sur lequel ils nous invitent à les suivre : la « voix qui crie à travers le désert » nous conduit jusqu’à la Parole ; et la Parole nous conduit jusqu’au Locuteur primordial : « le Père ».

 

Ce n’est qu’en acceptant d’entrer à notre tour dans ce mouvement, que nous pouvons en vérifier l’authenticité : « “ Venez et vous verrez ”. Ils l’accompagnèrent, ils virent où il demeurait et ils restèrent auprès de lui ce jour-là » (Jn 1, 39). C’est le Baptiste lui-même qui oriente ses propres disciples vers celui qu’il désigne comme « l’Agneau de Dieu » (Jn 1, 36). Ceux-ci reçoivent le témoignage de leur Maître et le quittent, pour poursuivre leur quête auprès de Jésus. Ils l’ont écouté, ils ont reçu son témoignage, ils ont cru, et à leur tour ils témoignent : « Nous avons trouvé le Messie » (Jn 1, 41). Nathanaël tentera bien d’argumenter : « De Nazareth ! Peut-il sortir de là quelque chose de bon ? » (Jn 1, 46), mais la rencontre personnelle avec Jésus le conduira lui aussi, non pas à « l’évidence » – car la découverte n’est pas sensible – mais à la certitude que ce Rabbi est « le Fils de Dieu, le Roi d’Israël » (Jn 1, 49).

 

La foi naît de cette rencontre avec le Christ vivant, éclairée par un double témoignage : celui de Jésus lui-même – pour nous à travers les Ecritures lues en Eglise – et celui de l’Esprit Saint en nos cœurs. Tout homme qui s’ouvre à ce double témoignage « vient à la lumière » (Jn 3, 21) et confesse la Seigneurie du Christ. Celui qui refuse d’admettre que Jésus est le Christ fait de celui-ci un menteur, ainsi que l’Esprit qui le désigne et le Père qui témoigne en sa faveur. En « refusant ainsi à la fois le Père et le Fils », il atteste qu’il a refusé de s’ouvrir à l’Esprit Saint. Mais « ceux en qui demeure l’onction, qui est vérité et non pas mensonge, sont instruits de tout : ils n’ont pas besoin qu’on les instruise », car c’est lui, « l’Esprit de vérité, qui nous conduit dans la vérité tout entière » (Jn 16, 13).

 

« Toute notre perfection dépend de la fidélité qu’on a eue à coopérer aux mouvements du Saint Esprit et à suivre sa conduite ; et l’on peut dire que l’abrégé de la vie spirituelle consiste à remarquer les voies et les mouvements de l’Esprit de Dieu en notre âme, et à fortifier notre volonté dans la résolution de le suivre » (Louis Lallemand, 1587-1636).

 

Abbé Philippe LINK

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