Se connecter    /S'inscrire    /
AccueilÉgliseSpiritualitéHomélie du jourHomélie du 26 décembre 2018

Homélie du 26 décembre 2018



LIRE LES LECTURES DU JOUR

 

« Méfiez-vous des hommes » : venant de la part de Jésus, cette injonction peut surprendre. L’Evangile ne nous exhorte-t-il pas tout au contraire à la charité qui « excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout » (1 Co 13, 7) ? C’est qu’il nous faut comprendre autrement la parole et l’intention du Seigneur. Il faudrait plutôt entendre : « Prenez de la distance dans vos relations aux hommes ». En clair : Jésus ne nous invite pas à nous replier frileusement dans un ghetto ecclésial, mais il nous recommande de garder un espace de discernement dans nos relations humaines.

 

Par ce conseil de prudence, Notre-Seigneur veut éviter notre assimilation progressive au monde, à coups de compromissions répétées, que nous serions inévitablement amenés à concéder si nous ne gardions pas une « distance dans nos relations aux hommes ». Combien de croyants de nos jours, sous prétexte de ne pas se singulariser, de « respecter les autres dans leurs convictions et leurs choix de vie », ou de ne pas perdre la considération de leur entourage, commencent par taire leur référence aux valeurs chrétiennes, pour finalement renoncer aux exigences d’une vie évangélique. Nous savons comme il est facile de céder à la tentation de « faire comme tout le monde », pour préserver sa tranquillité.

 

C’est pour éviter ce piège de la confusion, que Jésus nous invite fermement à garder une distance par rapport aux opinions et aux comportements des hommes immergés dans le monde et soumis aux influences de son Prince. Nous sommes « le sel de la terre. Mais si le sel vient à s’affadir, avec quoi salera-t-on ? Il n’est plus bon qu’à être jeté dehors et foulé aux pieds par les gens » (Mt 5, 13). Pour remplir son rôle le sel doit être enfoui dans l’aliment tout en gardant sa saveur originale ; ainsi le chrétien doit-il être au cœur du monde, sans se confondre avec lui. Cette position est loin d’être confortable, mais le Seigneur nous a avertis : « Le disciple n’est pas au-dessus de son maître : il suffit pour le disciple qu’il devienne comme son maître » (Mt 10, 24-25). Autrement dit : s’il est fidèle à la Parole de son Maître, le disciple subira la même contradiction douloureuse que lui. Nous puisons cependant notre consolation et notre force dans cette promesse de l’Apôtre : « elle est sûre cette parole : Si nous sommes morts avec lui, avec lui nous vivrons. Si nous tenons ferme, avec lui nous régnerons » (2 Tm 2, 11-12).

 

Peut-être opposerons-nous à cette invitation au témoignage, l’objection déjà formulée par le prophète Jérémie : « Ah ! Seigneur Dieu, je ne saurais parler, je suis trop jeune » (Jr 1, 6), je n’ai aucune instruction, je suis timide, incompétent,… La réponse du Seigneur est claire : « Ne vous tourmentez pas pour savoir ce que vous direz ni comment vous le direz : ce que vous aurez à dire vous sera donné à cette heure-là. Car ce n’est pas vous qui parlerez, c’est l’Esprit de votre Père qui parlera en vous ».

 

Le témoin, ne peut être que le Christ Jésus lui-même, car « nul ne connaît le Père si ce n’est le Fils » ; Notre Seigneur ajoute cependant : « … et celui à qui le Fils veut bien le révéler » (Mt 11, 27). Il nous faut donc comme « Etienne, rempli de l’Esprit Saint, garder nos yeux fixés sur le ciel » (1ère lect.), afin de voir comme lui « la gloire de Dieu et Jésus debout à la droite du Père ». C’est de la contemplation du Seigneur vainqueur de la mort que procédera notre témoignage et c’est en renouvelant notre espérance de le rejoindre au-delà de la mort, que nous trouverons la force d’affronter victorieusement nos contradicteurs, avec les armes de la miséricorde : « Seigneur, ne leur compte pas ce péché » (Ibid.).

 

Nous ne savons rien de la date du martyr de saint Etienne. Il est hautement improbable que ce fût en décembre puisqu’il semble avoir offert sa vie en sacrifice peu après Pâques, c’est-à-dire au printemps. C’est donc délibérément que l’Eglise fait mémoire du premier des martyrs au lendemain de Noël. La pédagogie est claire : elle veut d’emblée tourner nos regards vers le terme du mystère de l’Incarnation. La naissance de l’Enfant dans la nuit de Noël, préfigure l’avènement de l’homme nouveau au matin de Pâques. C’est en suivant les traces du Fils de l’Homme que nous entrerons avec lui dans la gloire du Fils de Dieu. Les saints sont ceux qui ont eu accès à la seconde naissance, parce qu’ils ont osé parcourir le chemin qui conduit à la vie, en passant par le Golgotha.

 

Que la contemplation de ce mystère de grâce renouvelle notre courage et nous pousse à témoigner sans peur de la Bonne Nouvelle, nous souvenant de la Parole de Notre-Seigneur : « Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, je me déclarerai moi aussi pour lui devant mon Père qui est aux cieux » (Mt 10, 32).

 

« Seigneur, il y a quelques heures à peine nous chantions la Bonne Nouvelle de la naissance de ton Fils, Jésus Christ notre Sauveur ; et déjà tu nous invites à tourner nos regards vers le terme de son parcours, c’est-à-dire vers sa Pâque, son passage de ce monde vers toi par le porche étroit de la Croix.

 

Seigneur, toi que dans l’Esprit reçu de ton Fils nous pouvons déjà appeler “notre Père”, ne permets pas que notre foi défaille quand vient l’épreuve. “Sur tes serviteurs que s’illumine ta face ; sauve-nous par ton amour”. Comble de ta force “ceux qui ont en toi leur refuge”, afin qu’ils puissent témoigner avec assurance “à la face du monde” de la joyeuse espérance que tu nous offres en Jésus, vainqueur du péché et de la mort. »

 

Abbé Philippe LINK

(Visited 208 times, 1 visits today)

Etiquettes

Partager

Aucun commentaire

Laisser un commentaire.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.