samedi 20 juillet 2019
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Les apparitions de Neubois et Wittelsheim

Notre-Dame de Neubois, surplombant le village de Neubois

 

À l’entrée de la vallée de Villé, au pied du mur protohistorique qui entoure le Schlossberg et à proximité du château du Frankenbourg se blottit le village forestier de Neubois, aussi appelé selon les époques Gerutte, Gerüte (1147), Geruta (1158) Geraydt, Neubois (1869) Gereuth (1893) ainsi que Grit, Krit ou Krüt.

 

Sa seigneurie sera donnée en 1147 à l’abbaye de Neuburg et en 1359 à l’évêque de Strasbourg. La localité sera propriété du grand chapitre de la cathédrale de 1489 jusqu’à la Révolution. La plupart des habitants de la petite cité vivaient de la forêt, de petites mines de charbon et du tissage à bras. Ils construisirent en 1858 leur église dédiée à saint Materne (13 septembre). On y vénère également saint Martin, l’apôtre des Gaules. Le ban communal comprenait aussi La Vancelle (Wanzel), le Frankenburg et Bachisthal, lieu aujourd’hui disparu. Par l’Armistice, la France renonce à l’Alsace, principalement catholique qui est annexée le 28 janvier 1871 par le très protestant roi de Prusse devenu empereur allemand. Le changement douloureux de patrie s’est accompagné pour les Alsaciens par une vague antireligieuse. La période étant incertaine et l’avenir sombre, de nombreux fidèles se tournent vers Dieu.

 

Première apparition de la Vierge Marie

Le 7 juillet 1872, la Vierge Marie serait apparue la première fois à Neubois à quatre fillettes de sept à onze ans. Léonie Martin, Odile Martin, Philomène Otzenberger et Marie Marcot partent pour la cueillette des myrtilles. En chemin, elles discutent des nouvelles mesures scolaires anti-catholiques envisagées par les nouveaux maîtres prussiens. Il parait que dans certaines communes, mi-catholiques-mi-protestantes, les enfants catholiques verront leur école fermée et seront obligés d’aller à l‘école protestante. Malgré la crainte d’une persécution pour ceux qui ne veulent pas renier le catholicisme, elles promettent de rester catholiques. C’est alors, à la clairière du lieu–dit « Krüth » qu’une dame, vêtue de blanc, sort de la forêt, entourée de 70 à 80 soldats portant des casques à pointe. Odile racontera au curé du lieu qu’une croix noire portant un Christ blanc se détachait sur le diadème d’or et sur la poitrine de la Dame qui avec une épée frappait violemment la tête des soldats. Dès le lendemain, trois autres fillettes dirent avoir rencontré la dame blanche. Le lendemain de l’apparition, la dame blanche apparut de nouveau à Neubois où on éleva un autel champêtre pour les pèlerins qui commenceront rapidement à affluer vers ce lieu où Dieu semblait condamner l’occupation et annoncer la libération de l’Alsace et la victoire d’une France catholique.

 

Des messages plus politiques que religieux

Les apparitions devinrent de plus en plus fréquentes. Le 11 juillet, la Vierge apparu à un petit groupe d’enfants dont Philomène Jehl, Sophie Glock et Marie Flick. La soeur enseignante ne voulut pas croire à toutes ces histoires d’enfants. Le 14 juillet, la dame blanche invite un groupe guidé par Odile Martin à la rejoindre sur le chemin de La Vancelle. Le 15, c’est un groupe d’enfants et d’adultes qui voit la Vierge qui se serait déplacée jusqu’à la « Frankenbourg », « Château des français » dans l’imaginaire populaire local qui parfois oublie que les francs étaient une tribu germanique. Le 7 septembre, la police allemande, lassée de ces apparitions présentant ou annonçant la défaite des Allemands abat l’autel champêtre. Le 8 septembre, on assiste à une première guérison miraculeuse. Le 11, soeur Madeleine est obligée de quitter Neubois.

 

Les récits d’apparitions les plus divers et de guérisons à une source miraculeuse se multipliaient et attirèrent du monde. Le 3 février 1873, il y aurait eu jusqu’à 6 000 pèlerins. Même la presse internationale s’intéressa à cette affaire. En janvier 1873, près de 80 000 billets de train de la Reichsbahn auraient été vendus vers le Val de Villé à tel point que le 11 mars 1873, le lieu présumé des apparitions fut interdit d’accès. En 1874, on publie à Paris une plaquette : « La résurrection de la France et le châtiment de la Prusse, prédit par Marie en Alsace. » Mais les apparitions se multiplièrent, confirmant la protection accordée par le ciel à Pie IX, isolé au Vatican et privé de ses États depuis le 20 septembre 1870 par l’invasion des piémontais anti-religieux. Les apparitions montraient les Prussiens vaincus tantôt par les Français, tantôt par les zouaves pontificaux, et annonçaient l’ascension au trône du comte de Chambord et le règne de Henri V. L’abbé Michel Ulrich recueille avec soin toutes les déclarations.

 

28 voyants différents !

Monseigneur Raess, évêque de Strasbourg, la plupart des prêtres du secteur et une bonne partie des fidèles gardèrent une attitude de grande réserve voire de scepticisme face à l’évolution de la situation. En 1877, le nouveau curé de Neubois, Alphonse Adam, refusa les sacrements à deux jeunes filles dont les témoignages étaient une source de revenus. Certains voyants étaient en plus de moralité douteuse. Odile Martin et 27 autres voyants finirent par se rétracter suite à une enquête minutieuse du curé Adam et de l’abbé Boersch D’autres refusèrent de se rétracter à cause de la honte qui retomberait sur la famille s’il y avait reconnaissance d’un mensonge public. Alors que la Vierge avait annoncé la fin des apparitions pour une date précise, elles continuèrent au-delà. Ces éléments décrédibilisèrent la véracité des apparitions.

 

Actuelle chapelle de Neubois

L’Église, suite aux rapports de l’abbé Ulrich, curé de Neubois, de l’abbé Holzmann, curé de Villé, et du curé Ebersmunster, ancien curé de Neubois, n’a jamais validé les apparitions de cette commune. Au siècle d’internet, une information circule disant que la Vierge aurait confirmé l’authenticité de ces apparitions à un pèlerin de San Damiano : il y aurait urgence à prier à la « Franken-Bourg » et à envoyer des dons pour construire un sanctuaire de pèlerinage digne de ce nom et éviter ainsi une nouvelle guerre mondiale. Pour l’instant la chapelle de Neubois reste un lieu de prière et de méditation du message évangélique, message suffisamment fort pour permettre à chacun de contribuer à la création divine d’un monde plus fraternel.

 

Chapelle de Neubois

 

Georges STIRNEMANN

Source : Almanach Sainte-Odile 2019

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