dimanche 16 juin 2019
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Vie de saint Thiébaut, fondateur malgré-lui de Thann

Saint Thiébaut, pardonnant aussi à ceux qui lui manquent de respect

Le prénom Ubaldo est l’équivalent du Thiébaut français. Ubaldo Baldassini, alias saint Thiébaut, est né bien avant l’existence de la ville de Thann. Une  petite relique de cet évêque italien, objet de pèlerinage, est à l’origine de la fondation de la ville. Mais quelle est l’histoire de saint Thiébaut ?

 

Vers 1085, Ubaldo Baldassini voit le jour en Italie, à Gubbio en Ombrie. Il est le fils unique d’une famille récemment anoblie. Jeune orphelin, il est placé par son oncle chez des religieux où il fait ses études. Giordano da Citta di Castello, un de ses biographes qui l’a côtoyé, le décrit comme un élève assidu, brillant, calme, discret et déterminé, des qualités qu’il gardera toute sa vie.

 

Une vie de religieux

Il décide, contre l’avis de sa famille, de consacrer sa vie à Dieu. Il séjourne dans plusieurs monastères de la région de Gubbio. En 1104, il est appelé, aux côtés de son évêque, à rejoindre le chapitre de la cathédrale de la ville. En 1118, il est nommé prieur des chanoines. Aucun de ces derniers ne vit en communauté et ils mènent une vie dissolue de laïc. Ubaldo, décidé à réformer le chapitre, se rend dans la région de Ravenne pour y tester une règle exemplaire et la rapporter à Gubbio pour qu’elle y soit appliquée. À son retour, il a toutes les peines du monde à mettre en place cette règle laquelle redonnera finalement son honneur au chapitre.

 

Évêque malgré lui

En 1126, un incendie détruit une partie de Gubbio ainsi que le chapitre. Après un temps de stupéfaction, Ubaldo s’attèle courageusement à la reconstruction. La même année, la ville de Pérouse annonce qu’elle a choisi Ubaldo pour être son nouvel évêque. Étant particulièrement humble, Ubaldo convainc le pape Honorius de nommer une autre personne. En 1129, l’évêque de Gubbio meurt. Cette fois, le pape force Ubaldo à accepter la fonction. Ce dernier décide de ne rien changer : il continue sa vie « monastique » au sein du chapitre, se nourri parcimonieusement, s’habille simplement, évite tout faste. Intègre, il ne favorise jamais personne de son entourage, ce qui lui attire quelques inimitiés. Humble et compatissant, il pardonne, contre l’avis de tous, à un maçon qui l’avait bousculé et injurié, lui évitant ainsi le pire.

 

Au service de Gubbio

Le milieu du XIIe siècle est prospère. Mais à Gubbio, la « vieille noblesse » et la « bourgeoisie naissante » se disputent le contrôle politique de la ville. Un jour, un affrontement dégénère en ville. On déplore de nombreuses victimes. L’évêque se jette personnellement dans la bataille, au milieu des épées. Ne réussissant pas à mettre fin à la bagarre, il use d’un stratagème peu commun. Il se laisse tomber à terre, faisant le mort. Interloqués, les combattants s’arrêtent net, terrorisés à l’idée d’avoir causé le décès de leur évêque bien-aimé. Satisfait, Ubaldo se relève en faisant un signe de la main. Il peut alors, tranquillement mais fermement, ouvrir des négociations pour une trêve.

 

Au printemps 1151, la bourgeoisie contrôle la ville. Plusieurs nobles, expulsés de la ville, réunissent des villes voisines afin d’assiéger et d’attaquer Gubbio. Cela s’annonce mal pour la ville qui va devoir combattre seule contre une ligue de 14 villes. Les habitants sollicitent l’aide de leur évêque. Il tente d’abord d’utiliser la diplomatie, mais cela échoue. Le futur saint Thiébaut demande aux habitants de faire pénitence pour se préparer : « Si le Seigneur a l’intention de nous libérer, ils ne pourront pas nous faire de mal. S’il décide de nous punir, il peut le faire sans eux… »

 

S’engage alors, dans la ville assiégée, trois jours de processions, de prières et de pénitences. Une partie de l’armée de Gubbio, sortie en catimini, attaque par surprise les assiégeants à revers. Au même moment, une autre partie de l’armée lance une attaque frontale. Dans le camp ennemi, c’est la débandade. Gubbio peut fêter ensuite son héros, l’évêque Ubaldo.

 

En 1154, l’empereur Barberousse en personne souhaite attaquer la ville. Après avoir rasé en 1155 la ville de Spolète, il pose ses valises devant Gubbio, promise au même sort. À nouveau sollicité, l’évêque, maintenant âgé et malade part à la rencontre de l’empereur. Celui-ci, frappé par le courage et la détermination du vieillard affaibli (un peu à l’image du pape Jean-Paul II à la fin de sa vie) se radouci et l’accueille à bras ouverts mettant fin aux hostilités contre Gubbio.

 

Miracles et guérisons

Le biographe Giordano décrit les souffrances d’Ubaldo à la fin de sa vie. Atteint par une maladie auto-immunitaire de la peau (la pemphigoïde bulleuse selon une étude récente), son corps se recouvre de grosses pustules sécrétant un liquide nauséabond. C’est d’ailleurs ce liquide, semble-t-il qui est à l’origine de la momification du corps du saint. À partir de ce moment, commencèrent à se produire des miracles de guérison que Thiébaut, par discrétion, tenait absolument à garder secret.

 

Pressé par ses concitoyens, surpassant ses douleurs terribles, il célèbre une mémorable dernière messe à Pâques 1160. Le 16 mai de la même année, au lendemain de la Pentecôte, il pousse son dernier soupir. Alors, de toutes parts dans Gubbio, s’échappent des pleurs et des cris. Pendant quatre jours et quatre nuits, une foule immense, venue des environs, défile devant la dépouille. C’est pendant ces quatre jours-là que se produisent de nombreux miracles dont les biographes, témoins oculaires, témoignent. Possédés, muets, aveugles, sourds, ou estropiés retrouvent une vie normale après s’être approchés ou avoir touchés la dépouille mortelle. Même après les funérailles, quelques guérisons miraculeuses sont consignées.

 

Considéré immédiatement comme saint par les habitants de Gubbio, la bulle de canonisation n’est promulguée par le pape Célestin III que le 5 mars 1192. Aujourd’hui san Ubaldo, allias saint Thiébaut, est visible dans son cercueil de verre à Gubbio, au sommet du Mont Ingino, dans une belle basilique où se pressent toujours les pèlerins. Chaque 16 mai se déroule une impressionnante fête populaire en l’honneur du saint.

 

Emmanuel Job et René Doppler

Source : Almanach Sainte-Odile 2019

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