mercredi 21 août 2019
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Dans un village en Bavière

Michael en 1940 aux côtés de sa mère et de sa petite sœur Birgit

Je suis issu d’une génération marquée par la guerre. En 1939, j’avais à peine quatre ans. Le 1er septembre 1939, quel choc pour ma famille et pour le village d’apprendre que la guerre démarrait ! Mon père et beaucoup de paysans de notre village furent incorporés dans la Wehrmacht. Ils étaient d’autant plus dépités qu’ils avaient déjà participé à la guerre de 14-18, laquelle s’était soldée par une défaite pour l’Allemagne.

 

Écrivain catholique, mon père fut nommé, en 1939, administrateur d’un hôpital militaire voisin. Heureusement, en 1941, il fut licencié en raison de ses « contacts avec l’ennemi ». Il faut dire qu’en 1938, nous avions visité ma grand-mère, qui vivait alors à Londres avec son époux. Mon père n’ayant plus été jugé « digne de porter l’uniforme du Führer », le cardinal de Munich lui trouva un poste chez BMW. Ce nouveau poste lui évitait de « mourir pour la patrie ». En été 1944, BMW l’envoya en mission à Thann en Alsace. Là, mon père constata combien les Alsaciens, eux aussi, avaient envie de se libérer de l’emprise des Nazis.

 

L’arrivée de nombreux étrangers

De 1939 à 1940, notre village a hébergé des évacués provenant de La Sarre. Plus tard, nous avons accueilli des personnes provenant de Nuremberg et de Cologne, leurs appartements ayant été détruits par des bombes. En 1945, le village a reçu des réfugiés provenant de la Prusse orientale et de la Silésie. Le village a aussi reçu des ouvriers polonais ou français, recrutés de force pour travailler dans des fermes. De fait, les paysans allemands étaient partis travailler dans l’armée. Ces ouvriers polonais ou français étaient bien acceptés au village en dépit des interdictions officielles de fraterniser avec eux. En même temps, les annonces de morts « tombés pour la patrie » se multipliaient.

 

Une bombe dans notre jardin

L’accès à la nourriture devenait de plus en plus difficile. Si les paysans parvenaient à se nourrir, les autres éprouvaient des difficultés à se nourrir correctement avec leurs rations officielles. Dans ma famille, nous survivions grâce à nos poules, aux pigeons, aux légumes et aux arbres fruitiers de notre jardin.

 

En hiver 1939-1940, une compagnie d’artillerie s’était provisoirement installée au village avant de repartir pour la guerre. Les soldats nous autorisaient à grimper sur leurs chevaux. En 1945, le village était traversé par de nombreuses colonnes militaires en retraite, dont des soldats italiens, souvent attaqués par les avions de chasse américains. Pour le jeune garçon que j’étais, je trouvais cela fort intéressant à observer, je ne connaissais pas encore les horreurs de la guerre. Les avions tiraient sur tout ce qui bougeait, y compris sur les civils. Au bruit de ces avions, nous nous précipitions à plat-ventre pour ne pas être vus. Un jour, alors que j’observais la lutte entre un avion allemand et un avion américain; je vis l’un des deux s’écraser au sol, en flamme.

 

Toute lumière était interdite pour ne pas attirer les avions. Souvent, nous entendions la sirène du village quand des villes proches étaient bombardées. Un jour, alors que j’étais en train de jouer dans le jardin, une bombe tomba directement dans notre jardin. Affolé, je courus me réfugier dans la maison.

 

À l’école

Souvent, les avions alliés nous jetaient des tracts nous expliquant que la guerre était perdue et qu’il fallait se rendre. La maîtresse d’école, une nazie féroce nous ordonnait de les ramasser et de les brûler sans les lire mais nous les lisions avec intérêt. Ensuite, j’avais peur d’être arrêté comme « enfant-soldat » par les Américains et j’enterrais mon casque d’enfant et mon sabre.

Michael comme enfant-soldat en 1941

 

En automne 1944, l’école fut réquisitionnée pour loger des cavaliers du Kirghizistan. Nos classes furent transférées à la laiterie du village. Alliés de l’Allemagne, ces Kirghizes portaient des uniformes allemands. Ils avaient voulu combattre Staline. Ils étaient accompagnés de leurs femmes et enfants. Plus tard, ils se réfugièrent au Liechtenstein, autrement les Alliés les auraient livrés aux Soviets.

 

Jouer dans un avion de chasse

En février 1945, la ville voisine de Treuchtlingen fut bombardée. Des centaines de soldats, de réfugiés et d’habitants y trouvèrent la mort. Mon grand-père m’amena sur la montagne pour me montrer la ville en flammes. Sœur de la Croix-Rouge, ma grand-mère fut recrutée pour y soigner les blessés.

 

En mars, les Américains s’approchant, les aînés creusèrent des tranchées dans notre jardin pour défendre notre village. En face de chez nous, un canon fut installé. Or, personne ne s’était jamais servi, ni des tranchées, ni du canon.

 

En avril 1945, deux avions de chasse allemands atterrirent non loin de notre maison. Leurs pilotes, des hommes du village, n’avaient plus envie de faire la guerre. Quittant leurs uniformes de soldats, ils se déguisèrent en civil et disparurent incognito dans la nature. Ces avions abandonnés étaient une aubaine pour les garçons du village que nous étions. Nous partîmes sur le champ inspecter ces avions pour jouer avec eux. La tentative de tirer l’un des deux avions pour l’amener dans notre jardin échoua malheureusement.

 

Le 20 avril, nous attendions l’arrivée des Américains, sûrs que cette époque nazie allait finalement se terminer. Des soldats allemands présents au village se cachèrent dans les caves avec les habitants, mais un petit groupe de SS, traversant le village, tira sur les Américains. Résultat, les Américains n’osaient pas entrer dans le village. Pendant huit heures, leur artillerie tira sur le village pour être sûr que plus personne ne s’opposerait à eux. Ensuite, de maison en maison, ils frappèrent aux portes pour trouver et désarmer les soldats allemands qui se rendaient. Ils étaient très gentils avec les enfants, leur donnant du chocolat ou du chewing-gum.

 

Deux soldats allemands trouvèrent la mort lors de ce tir d’artillerie. Le lendemain, mon grand-père me prit par la main pour aller les voir au cimetière, exposés sur un catafalque. J’avais l’impression qu’ils dormaient paisiblement, heureux que la guerre soit finie.

 

À la demande des Américains, il fallait apporter à la mairie tous les fusils et bazookas abandonnés. Ils furent brûlés. Il y avait des munitions partout. Les enfants du village et moi-même, nous les  ramassions pour les faire exploser dans un feu au jardin. Nous ne rendions pas compte du danger.

 

Michael Vorbeck

Source : Almanach Sainte-Odile 2019

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