mardi 17 septembre 2019
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L’histoire de René Baumann

René à l’âge de 19 ans

Il naît le 16 février 1923 dans le village de Hirsingue. Son enfance est remplie de moments de joie, à l’exception du décès de sa mère alors qu’il n’a que huit ans. Passionné de football, René Baumann est également servant de messe et entre même à la musique des sapeurs-pompiers volontaires en 1936. Deux ans plus tard, son diplôme en poche, il effectue son premier travail dans la minoterie où travaille son père. Le temps de l’insouciance disparaît pourtant dès septembre 1939.

 

Lorsque Hitler envahit la Pologne le 1er septembre 1939, René a 16 ans et demi. Il vient tout juste de s’engager comme pompier volontaire. Comme beaucoup, il pense que la guerre ne durera pas, que la ligne Maginot est infranchissable. Les 2 et 3 septembre 1939, plus de 350 000 Alsaciens sont évacués vers le sud-ouest du pays. René est assez surpris de voir les premiers réfugiés, le regard perdu et affolé, peu chargés, traverser le village de Hirsingue. Puis, à partir du 26 octobre 1939, ce sont des troupes françaises qui s’installent au village.

 

La drôle de guerre

Étrangement, personne ne voit les soldats s’entraîner, courir, manier les armes, alors que l’armée allemande est à deux pas. Le « Foyer du Soldat » est installé au cercle catholique, où l’on peut assister à des soirées cinéma, des concours de belote et même des matchs de boxe. Chaque camp est dans l’attente d’une offensive, il n’y a pas de combat majeur. C’est ce que l’on appellera plus tard la « drôle de guerre ». L’hiver s’installe rapidement et nombreux sont les soldats qui ne sont pas habitués à autant de neige et à ces températures. Certains font des batailles … de boules de neige ! René est assez perplexe de voir que certains soldats ont leur tenue incomplète : une veste ou une chemise différente, des sabots aux pieds. Cela change de l’uniforme de la Wehrmacht porté par son père lors de la Première Guerre mondiale, du temps où l’Alsace était allemande.

 

Au village, la veille de Noël, la messe de minuit est célébrée en présence de militaires. Un soldat, du haut de la tribune, chante le titre « minuit chrétien » devant une assistance émue. Chacun, traumatisé par le conflit précédent, espère que cette guerre sera brève. Pendant des mois, les soldats restent dans leurs casemates, attendent les ordres, trouvent des occupations, commencent à trouver le temps long. Mais le 10 mai 1940, l’armée allemande passe à l’offensive. Après sept mois de cantonnement à Hirsingue, les soldats préparent leur paquetage et partent se battre.

 

Le 15 juin 1940, l’ennemi franchit le Rhin et entre en Alsace

À Hirsingue, dans la matinée, un appariteur fait le tour du village pour annoncer l’heure de la destruction des deux ponts principaux du village, officiellement afin de retarder l’avance ennemie. Certains se réfugient dans les caves ou dans la forêt. René et sa famille se dirigent vers le réservoir d’eau. Après avoir entendu deux détonations et vu un gros nuage de poussière, ils retournent à la minoterie, située juste à côté du pont, pour constater l’ampleur des dégâts. Des conduites d’eau ont été arrachées, des toits et des fenêtres ont été soufflés, des maisons endommagées ou détruites et le pont fait place à un immense cratère où l’eau vient immédiatement s’engouffrer. Les Français sont partis. Les habitants, à l’instar de la famille Baumann, évacuent les gravats et bâchent les toits afin de dormir chez eux le soir même. Chacun se demande ce qu’il va se passer, pour l’Alsace, pour la France.

 

C’est le 17 juin que les premiers soldats allemands arrivent à bicyclette à Hirsingue, suivis de side-cars et de colonnes motorisée. Le même jour, le maréchal Pétain appelle à cesser le combat. L’Alsace et la Moselle sont annexées de fait. À Hirsingue, René observe l’organisation Todt réquisitionner des habitants sans emploi afin de réparer les deux ponts détruits par l’armée française.

La vie change au village, comme dans le reste de la région. Le franc est remplacé par le reichsmark, le nom des rues est modifié. René devient sur le papier Renatus, né à Hirsingen. Des livres français sont ramassés et brûlés en public. Des affiches de propagande sont placardées dans les rues, parler le français est interdit, le port du béret basque n’est plus toléré. Peu à peu, les symboles français sont éliminés et la population germanisée, voire nazifiée.

 

Arracher le drapeau allemand

Le 8 juillet 1940, une lettre adressée aux maires des environs indique qu’à partir du 1er juillet 1940, les salaires et les pensions de retraite des enseignants et des religieux peuvent être payés par l’État allemand à condition que les personnes concernées ne soient ni juives, ni demi-juives. Tous les gens considérés comme indésirables (fonctionnaires, juifs, francophiles, déserteurs de la guerre 1914-1918) sont remplacés et expulsés. Ainsi, la synagogue d’Hirsingue est fermée et les habitants juifs expulsés. L’instituteur, Albert Hurter, est remplacé par un instituteur allemand, où les cours se font en allemand, où l’on peut apprendre l’idéologie nazie et lire sur le tableau noir de l’école des slogans du N.S.D.A.P. comme suit : « Jede Schaffebde Hand hilft siegen », incitant la population à participer à l’effort de guerre allemand. René est atterré lorsqu’il voit quelques volontaires germanophiles créer à Hirsingue une section des « S.A. Sturm 33 » et défiler le dimanche dans les rues, vêtus d’uniformes nazis en entonnant des chants hitlériens. Dès qu’ils le peuvent, René et ses camarades mettent en place de petites actions pour montrer leur désaccord avec le régime de l’occupant. Un jour, ils parviennent à arracher le drapeau qui flottait au balcon de la mairie.

 

En 1942, René doit effectuer le RAD, c’est-à-dire le « Reichsarbeitsdienst ». Ce Service National du Travail concerne les filles et les garçons âgés de 17 à 25 ans. D’avril à fin septembre 1942, René apprend à manier les armes, fait du sport et participe à l’effort de guerre allemand. Il a également une heure de cours par jour sur des thèmes divers : la race, les objectifs du NSDAP…

 

Le 25 août 1942, le Gauleiter Wagner rend le service militaire obligatoire pour tous les Alsaciens. Un mois plus tard, René est convoqué pour son conseil de révision, où il est déclaré apte. Il doit rejoindre les Panzerpionnieren à Wels, en Autriche. Il refuse. Avec son ami Léon Specklin, il s’enfuit, traverse la frontière suisse par la ferme des Ébourbettes, et arrive en zone libre, où il s’engage dans l’armée d’armistice.

 

Le courage de René Baumann

Lors de la démobilisation de cette dernière le 28 novembre 1942, René et son ami, munis de faux papiers et aidés de leurs supérieurs, entrent dans la clandestinité. Ils passent un an dans les Hautes-Alpes, chez l’abbé Poutrain, et entrent dans la résistance. Dénoncé par un prétendu séminariste le 13 novembre 1943, René et 21 de ses camarades sont arrêtés par la Gestapo, interrogés à Gap puis envoyés en prison avant de se diriger vers Compiègne, une caserne transformée en camp de transit.

 

Ainsi, du 29 mars 1944 au 6 mai 1945, René, âge de 21 ans, fait l’expérience des camps de concentration : Neue Bremm, Mauthausen, Struthof, Melk, Ebensee. Il apprend ce qu’est l’humiliation, la faim, le froid. À sa libération, il pèse 28 kilos. Il parvient, malgré les horreurs vécues, à reprendre goût à la vie. Il ne se plaint jamais, a constamment un sourire aux lèvres, et est quelqu’un de très humble. Son histoire est une véritable leçon de vie.

Audrey GUILLOTEAU

Audrey Guilloteau et René Baumann, Voué à disparaître, I.D. l’édition, 144 pages, mars 2016.

 

Source : Almanach Sainte-Odile 2019

 

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