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Frère Christian de Chergé, colmarien, moine de Tibhirine et martyr en Algérie

L’Alsace et la Vallée rhénane sont dépositaires d’un patrimoine spirituel qui porte l’empreinte de femmes et d’hommes dont la parole, l’œuvre et l’engagement participent des riches heures de l’humanité.

Parmi ces figures, le bienheureux François Libermann (1802-1852), le bienheureux Charles de Foucauld (1858-1916) et le bienheureux Christian de Chergé (1937-1996), prieur des moines de Tibhirine, ont mené le « Rhin mystique » jusqu’au-delà de la Méditerranée.

Si l’Alsace est la terre natale de Christian de Chergé, ce n’est pas en raison d’un enracinement familial et ancestral, mais parce que son père, Guy de Chergé, militaire de carrière, est appelé à rejoindre la caserne de Colmar, en 1936. Christian naît le 18 janvier 1937 et reçoit le baptême dans la collégiale Saint-Martin le 23 janvier 1937.

En 1942, le tout jeune Christian de Chergé découvre ce qui devient sa seconde terre natale, celle de sa vocation, de sa mission et du don de lui-même : l’Algérie. Son père ayant été promu commandant du 67e régiment d’artillerie d’Afrique, il grandit dans la bulle coloniale d’Alger.

 

La vie sauve grâce à Mohammed

En 1956, bien que tenté par une carrière de diplomate, Christian choisit finalement d’être ambassadeur du Christ en embrassant la vie sacerdotale. Il entre alors au séminaire des Carmes à Paris. Pris dans la tourmente de la guerre d’Algérie, il revient à Alger en 1959 comme jeune officier. En juillet, lors d’un accrochage, il doit alors la vie sauve grâce à Mohammed un Algérien, père de dix enfants et dont la foi musulmane l’impressionne : « Dans le sang de cet ami, j’ai su que mon appel à suivre le Christ devait se vivre, tôt ou tard, dans le pays même où m’avait été donné le gage d’amour le plus grand. » C’est dès lors non seulement l’Algérie qui, au fond de lui-même, représente un appel, mais aussi le mystère de l’islam qui interroge sa foi chrétienne jusque le don le plus absolu.

Ordonné prêtre en l’église Saint-Sulpice à Paris en 1964, il décide en 1969 d’entrer au monastère des trappistes de Tibhirine en Algérie, sa seconde terre natale, qu’il retrouve en 1971. Pour y demeurer à l’écoute du peuple algérien et de sa foi musulmane, Christian étudie la culture et la langue arabes à Rome, de 1972 à 1974, à l’Institut Pontifical des Études Arabes où il bénéficie non seulement de l’enseignement mais aussi de l’engagement avisé des Pères Missionnaires d’Afrique communément appelé les Pères Blancs qui l’initient au dialogue islamo-chrétien. En 1984, il est élu prieur du Monastère de Tibhirine.

 

Nuit de feu

C’est le 21 septembre 1975 qu’il vit un nouvel appel, encore plus mystique, lorsqu’au cours d’une « nuit de feu », selon un terme pascalien, en plein Ramadan, il découvre dans la chapelle du monastère la réalité d’une prière commune entre un chrétien et un musulman. Dès lors, toute sa vie durant, et grâce à l’élan insufflé par le Concile Vatican II, il n’a de cesse d’approfondir sa foi dans une unité entre les deux religions, étudiant le Coran et les Sourates, les confrontant avec la Bible chrétienne, et cherchant toujours à comprendre la clef du mystère de la place de l’Islam dans le « Mystère du Salut ». Ce dialogue se noue avec des Soufis, mais aussi des croyants ordinaires lors des rencontres que suscitent les œuvres actives du monastère, tel le soutien scolaire, l’éducation, les soins au dispensaire, les repas communs et l’amitié.

Christian raconte

Un jour Moussa, un voisin, m’a demandé, tout à fait à l’improviste, de lui apprendre à prier. Depuis, il a pris l’habitude de s’entretenir régulièrement avec moi. Nous avons ainsi une longue histoire de partage spirituel. Souvent, il m’a fallu faire court avec lui, quand les hôtes de la communauté se faisaient trop nombreux et absorbants. Un jour, il trouva la formule pour me rappeler à l’ordre : « Il y a longtemps que nous n’avons pas creusé notre puits ! » L’image est restée nous l’employons quand nous éprouvons le besoin d’échanger en profondeur. Une fois, par mode de plaisanterie, je lui demandai : « Et au fond de notre puits, qu’est-ce que nous allons trouver ? De l’eau musulmane, ou de l’eau chrétienne ? » Il m’a regardé, mi-rieur, mi-chagriné : « Tu te poses encore cette question ? Tu sais, au fond de ce puits-là, ce qu’on trouve, c’est l’eau de Dieu. » 

C’est dans la tourmente de la guerre civile algérienne des années 90 que le frère Christian et ses frères trappistes sont assassinés quelques jours après leur enlèvement dans la nuit du 26 au 27 mars 1996 par un groupe d’hommes armés. Or c’est dès le 1er décembre 1993 que le frère Christian écrit son testament spirituel.

 

Testament spirituel du frère Christian, 1er décembre 1993

S’il m’arrivait un jour – et ça pourrait être aujourd’hui – d’être victime du terrorisme qui semble vouloir englober maintenant tous les étrangers vivant en Algérie, j’aimerais que ma communauté, mon Église, ma famille, se souviennent que ma vie était donnée à Dieu et à ce pays. Cette vie perdue totalement mienne, et totalement leur, je rends grâce à Dieu qui semble l’avoir voulue tout entière pour cette joie-là, envers et malgré tout. Dans ce merci où tout est dit, désormais, de ma vie, je vous inclus bien sûr amis d’hier et d’aujourd’hui. Et vous, ô amis d’ici, aux côtés de ma mère et de mon père, de mes sœurs et de mes frères et des leurs, centuple accordé comme il était promis ! Et toi aussi, l’ami de la dernière minute, qui n’aura pas su ce que tu faisais. Oui, pour toi aussi je le veux, ce Merci, et cet « À-Dieu » en-visagé de toi. Et qu’il nous soit donné de nous retrouver, larrons heureux, en paradis, s’il plaît à Dieu, notre Père à tous deux. Amen !

 

Béatification

Le 26 janvier 2018, le pape François annonce la prochaine béatification des 19 martyrs d’Algérie : Pierre Claverie et ses compagnons. Le mariste Henri Vergès et la Petite Sœur de l’Assomption Paul-Hélène Saint-Raymond, tués à Alger le 8 mai 1994. Deux sœurs augustines missionnaires tuées le 23 octobre 1994 : Esther Paniage Alonso et Caridad Alvarez Martin. Quatre pères blancs tués le 27 décembre 1994 à Tizi-Ouzou : Jean Chevillard, Alain Dieulangard, Charles Deckers, et Châtain Chessel. Deux Sœurs de Notre-Dame des apôtres tuées le 3 septembre 1995 : Angèle-Marie Littlejohn et Bibiane Leclercq. Sœur Odette Prévost, des Petites Sœurs du Sacré-Cœur, tuée à Alger le 10 novembre 1995. Sept moines de la Trappe de Tibirhine assassinés le 27 décembre 1996 : les frères Christian de Chergé, Luc Dochier, Christophe Lebreton, Célestin Ringeard, Michel Fleury, Paul Favre-Miville et Bruno Lemarchand. Le dominicain et évêque d’Oran, Pierre Claverie, assassiné le 1er août 1996.

 

Rémy Valléjeo

Source : Almanach Sainte-Odile 2019

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