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mercredi 12 décembre 2018
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AccueilParole LibreChronique : en souvenir d’Eugénie

Chronique : en souvenir d’Eugénie

 

Olivier Brikle, prêtre du diocèse de Strasbourg, évoque le souvenir de sa grand-mère Eugénie, qui a passé la fin de sa vie en maison de retraite.

 

J’irai revoir ma Normandie, Étoile des neiges, La Paloma Adieu : voilà la bande originale d’un grand nombre de mes après-midis d’adolescents, interprétée en chœur par une douzaine de personnes âgées dans cette maison de retraite où Eugénie, ma grand-mère séjournait.

Il y avait là Caroline, centenaire aux apparences bien sages, qui jamais n’avait vu la Normandie et qui pourtant s’évertuait à la chanter plus fort et moins juste que tous les autres. Et aussi Élise, ancienne institutrice, persuadée que j’étais un de ses anciens écoliers.

Parfois une visite venait interrompre le concert, un cousin, une nièce, tout surpris de trouver leur parent non pas dans leur chambre à attendre que les aiguilles fassent le tour du cadran, mais dans cette salle à manger. Lieu central qui selon la saison se parait de sapins, de décorations carnavalesques, qui voyait ses tables se remplir de beignets, de knacks, voire de bières. Oui, ils y vivaient les saisons, les fêtes. Ils vivaient un quotidien dans une maison de retraite. Et au regard de certains, cela semblait les étonner, voire les choquer, tant ils découvraient que, malgré les blouses blanches, malgré les dossiers médicaux de chacun, ce lieu où leur parent avait été « placé », n’était pas simplement un lieu d’attente, mais bien un lieu de vie. Pour le proche qui visite, il n’est pas évident d’admettre cela, tant le décor, le rythme, semblent si éloignés de ceux que nous avions en commun.

Mais dans ces maisons, on chante, on rit, on pleure, on espère, on aime et on prie aussi. Institution, maison de retraite, EHPAD, résidence : quel que soit le nom qu’on leur donne, quelles que soient nos propres appréhensions, c’est avant tout, pour ceux que nous y rejoignons, leur lieu de vie que nous devons respecter comme tel.

Au long des années, j’y ai reçu beaucoup. Voilà pourquoi, dans les jours qui suivirent mon ordination, et même si Élise, Caroline et Eugénie n’étaient plus là, j’y suis retourné pour vivre avec elles une de mes premières messes.

 

Olivier Birkle,
prêtre

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