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Homélie du 7 Juillet 2018



LIRE LES LECTURES DU JOUR

Durant les trois premiers siècles du christianisme, l’Eglise ne jeûnait que le vendredi et le samedi saints, comme l’attestent encore saint Irénée (195) et Tertullien. Et ceci en raison de la parole de Jésus que nous venons de lire. Le jeûne chrétien est en effet une démarche pénitentielle qui exprime avant tout la douleur de l’absence de l’Epoux.

 

Cependant, dans toutes les traditions religieuses, le jeûne signifie aussi l’attente d’une vie nouvelle et fait partie des rites de purification en vue de son accueil. C’est ainsi que le jeûne est entré dans la pratique de l’Eglise. Certes, le Seigneur est bien présent au milieu de nous, mais en même temps, nous l’appelons avec insistance au cours de chaque Eucharistie : « Maranatha, viens Seigneur Jésus », lui signifiant ainsi notre désir de jouir pleinement de sa présence, dont nous sommes encore partiellement privés.

 

Le jeûne eucharistique se limite actuellement à une heure avant la réception de la communion, mais avant la réforme du Droit, le jeûne était gardé depuis la veille au soir, pour creuser la faim de l’Eucharistie, Pain du Jour nouveau, du Jour de Dieu qui ne passera pas et dont nous anticipons la venue dans chaque liturgie.

 

Le jeûne est donc avant tout un moyen pour raviver la flamme du désir eschatologique, que l’Esprit a suscité au cœur de l’Eglise ; car c’est par l’intensité de ce désir que nous hâtons le retour tant attendu du Seigneur.

 

Dieu n’a pas besoin de notre jeûne ; mais c’est nous qui avons besoin de faire mémoire de l’orientation fondamentale de notre vie, afin d’éviter de nous enliser dans les préoccupations et les séductions de ce monde. En d’autres termes, le jeûne nous préserve de l’oubli, qui nous menace sans cesse durant le temps de l’attente, et que la Bible dénonce comme la racine de tout péché.

 

« Quiconque boit du vin vieux, n’en désire pas du nouveau, car il dit : “Le vieux est meilleur” »

 

Les deux sentences qui suivent soulignent davantage encore la rupture entre le monde ancien et le monde nouveau inauguré par le Christ, et auquel nous participons par la foi.

« Personne – sous-entendu de sensé – ne coud une pièce d’étoffe neuve sur un vieux vêtement ; car le morceau ajouté tire sur le vêtement et le déchire davantage ».

 

Jésus n’est pas venu « réparer » la nature marquée par le péché – l’être charnel en nous – mais il nous introduit dans la nouveauté de la vie dans l’Esprit. L’image la plus fréquente utilisée par Notre-Seigneur est celle de la nouvelle naissance, qui implique l’abandon d’un mode antérieur de vivre. Il est donc vain de vouloir intégrer l’espérance chrétienne aux désirs de l’homme charnel. Il faut au contraire faire jeûner ce dernier, c’est-à-dire renoncer à ses convoitises, pour pouvoir entendre notre désir profond, qui nous portera vers la nouveauté du Royaume.

 

De même, le vin nouveau de l’Esprit ne saurait s’accommoder des mœurs du vieil homme, « car la chair, en ses désir, s’oppose à l’Esprit et l’Esprit à la chair » (Ga 5,17) : entre les deux, l’antagonisme est irréconciliable. Les outres finiraient par éclater, le vin se répandrait et les outres seraient perdues. Entendons : l’être charnel en nous ne peut se convertir à l’Evangile. Il peut tout au plus adopter une religiosité vide qui n’est que la caricature de la foi ; et il finira par rejeter cette religiosité même, qui lui apparaîtra incompatible avec son rêve de toute-puissance.

 

Seul l’être spirituel en nous peut se convertir au Christ ; seul notre cœur profond, qui porte encore la marque de la ressemblance divine, peut entendre et reconnaître la voie du Bien-Aimé qui nous invite aux joies des noces divines.

 

Mais pour discerner sa présence et percevoir son appel, il nous faut jeûner des désirs anciens qui encombrent notre âme. Dans l’Evangile de Luc, le passage parallèle à la péricope que nous venons de lire précise : « Quiconque boit du vin vieux, n’en désire pas du nouveau, car il dit : “Le vieux est meilleur” » (Lc 5, 39). Autrement dit, si nous ne jeûnons pas aux convoitises du vieil homme, nous ne désirerons pas le vin nouveau du Royaume.

 

Que le Seigneur nous révèle ce qui nous tient encore prisonniers de ce monde qui passe et nous empêche d’accueillir pleinement la nouveauté du Royaume ; qu’il nous donne la force d’y renoncer, afin de pouvoir accéder à la liberté et à la joie de la vie nouvelle de l’Esprit.

Abbé Philippe LINK
Communauté de Paroisses de la Meinau

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