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AccueilDossiersJuillet-Août 2018Petite histoire de l’émigration alsacienne

Petite histoire de l’émigration alsacienne

Si les Alsaciens que vous allez rencontrer dans ce dossier vivent aujourd’hui aux quatre coins du monde, c’est le plus souvent par choix personnel. Mais il ne faut pas oublier que d’autres, notamment au XIX siècle, ont été contraints de quitter leur pays à contre-cœur et ce départ, loin d’être mû par un esprit d’aventure, était au contraire un exode risqué, synonyme de déchirement.

Comme tant d’immigrés qui frappent aujourd’hui à notre porte, ils sont partis eux aussi sur les routes à la recherche d’un avenir incertain. Et l’histoire se répétant souvent, les raisons sont toujours les mêmes : persécution religieuse (dès le XVII° siècle, des Alsaciens protestants sont obligés de fuir), crises économiques (la poussée démographique conduit à un appauvrissement des campagnes surpeuplées) et politiques (les annexions allemandes).

 

L’exode vers l’est

C’est tout d’abord vers la Russie. Dès 1763, quelques familles alsaciennes suivent la voie tracée par les Allemands du bassin Rhénan. Ceux-ci avaient répondu à l’appel lancé par la Tsarine Catherine pour défricher et coloniser de nouveaux territoires et stopper ainsi les Tatars. Il s’agit de la région de Saratov sur la Volga. Interrompu par la Révolution, ce mouvement reprend à partir de 1804. Les émigrants s’installent alors dans la province d’Odessa. Ce flux migratoire concerne 1129 familles pour un total de 3894 personnes. Entre 1814 et 1846, une forte émigration se produit également vers l’Empire Austro-Hongrois et la région du Banat.

 

L’Algérie

L’émigration vers l’Afrique du Nord ne commence pour les alsaciens qu’à partir de la fin de la conquête militaire en 1847. Le départ vers l’Algérie est alors encouragé par l’État français afin de favoriser l’établissement de colons sur les terres nouvellement conquises. Si le ministère de la guerre favorise le départ gratuit pour certains indigents, le coût de cet exil est loin d’être négligeable pour d’autres et conduit même certains à rebrousser chemin. Un minimum de ressources est en effet exigé pour les célibataires et les chefs de famille, obligeant à vendre ses biens et donnant à ce départ un caractère définitif.

Partant des ports de Toulon et de Marseille, ces émigrés traversent la Méditerranée et arrivent sur une terre inconnue où l’administration française leur propose des concessions agricoles dans les régions d’Alger, de Philippeville et d’Oran.

Une deuxième vague importante se produira en 1871 après l’annexion de l’Alsace à l’Allemagne. Cette émigration peut être qualifiée de « patriotique » : les Alsaciens optant pour la nationalité française sont tenus de quitter la région. Devant cette situation, la loi française du 15 mai 1871 améliore les conditions d’accueil et simplifie les voyages des colons alsaciens. Deux commissions chargées d’instruire leurs dossiers sont établies à Belfort et Nancy dans le but de préparer au mieux les futures implantations. Entre 1871 et 1873, on estime à 5000 le nombre d’Alsaciens qui vont partir s’établir en Afrique du Nord.

 

La France de l’intérieur

Les départs vers Paris ne commencent véritablement qu’à partir de 1851, favorisés par la création de la voie ferrée Strasbourg-Paris. Les départs vers la France de l’intérieur ne seront significatifs qu’après 1871. Le traité de Francfort ayant fixé au 30 septembre 1872 la date limite pour les Alsaciens qui veulent opter pour la France, les trois mois qui précèdent cette date sont synonymes de grande fièvre. Les ventes aux enchères se multiplient. Des trains entiers partent vers Lunéville, Nancy et Belfort. Les routes vosgiennes sont les témoins d’un véritable exode. Le bilan chiffré des départs est de 120 000 personnes (avec la Moselle).

 

Plus de 2000 prêtres, religieuses et religieux alsaciens sont partis en mission tout au long du XIX° siècle.

 

L’intégration de ces populations en France n’est pas facile, notamment pour une partie des jeunes qui ont fui sans argent, d’autant plus que les autorités civiles ne manifestent pas un grand intérêt pour une population dont on se méfie un peu. La plupart de ces alsaciens s’établissent près de la frontière (Meurthe-et-Moselle, Vosges, Territoire de Belfort) et dans la région parisienne (Seine, Seine-et-Oise, Marne). Ceux qui s’en sortent le mieux sont les fonctionnaires, même si un certain nombre d’entre eux ont été déclassés. Pour l’Alsace, la conséquence de tous ces départs est dramatique. Elle perd ses élites : fonctionnaires, médecins, industriels, universitaires …

Le phénomène migratoire se poursuit de 1873 à 1914 au rythme moyen de 8 à 9000 départs par an.

 

L’Amérique

Cette destination est la préférée des Alsaciens. Les grandes étendues de terres vierges et les ressources fabuleuses fascinent les Alsaciens comme tous les européens pauvres qui espèrent faire fortune dans le Nouveau Monde. L’émigration aux États-Unis connaît plusieurs vagues successives. La première, en 1817, touche essentiellement les Alsaciens ruraux et des ouvriers du textile de la région de Colmar. Une seconde vague, qui se situe entre 1828 et 1837, touche les habitants des arrondissements de Wissembourg et de Saverne. À partir de 1838, c’est de toute l’Alsace que l’on émigre alors qu’éclate une double crise agricole et industrielle.

L’émigration alsacienne est alors favorisée par les groupes d’Allemands et de Suisse qui partent eux aussi depuis le port du Havre en transitant par l’Alsace et Paris. Les Alsaciens bénéficient ainsi de l’organisation mise en place au départ de ces pays avec des compagnies ferroviaires pour acheminer tous les migrants jusqu’au Havre puis, à partir de là, être pris en charge par un armateur pour traverser l’Atlantique.

L’entrée aux États-Unis se fait le plus souvent par New-York, plus rarement par la Nouvelle-Orléans. Alors peut commencer la grande dispersion vers l’intérieur des terres pour le bonheur des uns et le malheur des autres. Car le rêve va être pour certains de courte durée. Dès la première vague de 1817, le préfet du Haut-Rhin met en garde contre le mirage américain. Il cite une lettre du consul de France à New-York qui se dit submergé par de nombreux Alsaciens sans travail et qui vivent dans la misère. Certain reviennent alors en Alsace après avoir tout perdu.

 

Au nom de la foi

Mais d’autres Alsaciens sont partis eux aussi pour des terres lointaines. Non pas pour chercher des conditions de vie plus favorables mais au nom de leur foi. Plus de 2000 prêtres, religieuses et religieux alsaciens sont partis en mission tout au long du XIX° siècle. Les nombreuses congrégations féminines et des pères missionnaires sont partis en Afrique ou aux États-Unis. Le mouvement commence vers 1840 pour atteindre son apogée dans la seconde moitié du siècle. Vers 1900, la moitié des missionnaires dans le monde est française et le tiers des missionnaires français est d’origine alsacienne.

Hervé Jégou

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