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AccueilDossiersJuin 2018Odile Bagot : la procréation médicalement assistée, des clefs pour comprendre !

Odile Bagot : la procréation médicalement assistée, des clefs pour comprendre !

Odile Bagot est gynécologue et titulaire d’un master d’éthique. Sous son pseudonyme de Mam Gynéco, elle est l’auteure du Dico des nanas et du Dico des femmes enceintes publiés chez Hachette. Elle œuvre au sein de la Fondation Vincent de Paul dont elle est la vice-présidente.

 

Pas facile de se forger une opinion sur ces techniques, même après les États Généraux de la bioéthique ! Avec la procréation médicalement assistée (PMA) et la gestation pour autrui (GPA), nous sommes dans la symphonie de la Vie. Mais quelle partition jouons-nous ? Donner un traitement à une femme dont l’ovulation est perturbée, ou l’opérer pour libérer une trompe abîmée, c’est déjà de la PMA et cela ne pose de problème éthique à personne !

 

Des outils pour alimenter la réflexion

Lorsque l’infertilité est masculine, on a peu de solutions médicamenteuses en dehors du recours à l’insémination avec le sperme du conjoint (IAC) ou celui d’un donneur (IAD). L’IAC est réservée aux couples mariés ou pacsés ou justifiant de deux ans de vie commune. Le sperme est préparé au laboratoire puis injecté dans l’utérus. Cette technique permet de pallier une infertilité masculine modérée mais aussi un problème de glaire cervicale chez la femme. L’IAC ne soulève aucune discussion à la société civile contrairement au Magistère de l’Église catholique qui récuse toute technique de procréation qui ne respecte pas l’union physique de l’homme et de la femme. En cas d’absence totale de spermatozoïde, un couple hétérosexuel peut bénéficier d’un don de sperme pour une IAD. Le don est anonyme et gratuit.

 

L’anonymat en débat

Et voici surgir la première question, très médiatisée, sur le droit de l’enfant à connaître son géniteur. Aujourd’hui, les parents peuvent garder le secret et l’enfant n’a aucun moyen d’accéder à ses origines biologiques. La Fédération nationale des CECOS (Centre d’Étude et de Conservation des Ovocytes et du Sperme) a proposé au CCNE (Comité Consultatif National d’Ethique) d’« envisager la possibilité de pouvoir transmettre (…) des données non identifiants » aux personnes le demandant. D’après Louis Bujan, ancien prési

dent de la Fédération des CECOS, seule une minorité des enfants nés d’un don de gamète demanderait la levée de l’anonymat sachant que 80 % des couples informent l’enfant. Les professionnels craignent, en cas de levée de l’anonymat, une baisse du nombre de donneurs et la tentation des parents de garder le secret sur la conception de l’enfant, ce qui, d’un point de vue psychologique et éthique, est discutable.

L’accession des couples de femmes à la PMA par un don de sperme est en plein débat. À ce jour, la PMA est réservée aux infertilités médicales. L’ouverture aux couples homosexuels traduirait un changement du sens de la loi puisqu’il s’agirait de remédier à une infertilité sociale. Du point de vue de la filiation, il y a pour le moins un brouillage, bien qu’avec les nouvelles recompositions familiales, le schéma traditionnel papa-maman-enfant ait perdu de son acuité.

 

Gratuité du don

Dans d’autres situations, ce sont les ovules qui font défaut. Le don d’ovocyte répond aux mêmes critères que le don de sperme, mais les naissances issues de ce type de PMA sont peu nombreuses. En effet, le prélèvement d’ovules étant plus lourd que celui du sperme, les ovocytes disponibles sont rares. Pour ce motif, et pour des raisons éthiques, une femme qui a dépassé l’âge de la fertilité ne peut solliciter un don d’ovocyte.

Ce n’est pas le cas en Espagne par exemple, où le don d’ovocyte n’est gratuit ni pour la receveuse, ni pour la donneuse. Se pose alors d’une part, le principe de l’indisponibilité du corps humain et de sa non-marchandisation, – des jeunes étudiantes vont vendre leurs ovocytes par nécessité financière – et d’autre part, la question de l’équité entre les femmes, car seules des receveuses ayant suffisamment de moyens pour aller en Espagne pourront « s’offrir » une grossesse tardive.

 

La GPA répondrait à la détresse de certaines femmes, mais nous risquons à tout moment d’être confrontés à des situations inextricables : un bébé porteur d’une anomalie, une mère porteuse refusant d’abandonner l’enfant à la naissance, des conduites dangereuses pendant la grossesse, etc.

 

La fécondation in vitro ou FIV fait partie de l’arsenal classique de la PMA. La fécondation est réalisée en éprouvette ou par injection directe d’un spermatozoïde dans l’ovule (ICSI ou Intra Cytoplasmic Sperm Injection). On obtient habituellement plusieurs embryons dont un est réimplanté dans l’utérus. Les surnuméraires sont stockés pour une prochaine grossesse mais, lors qu’il n’y a plus de projet parental, se pose alors la question de leur devenir.

Une FIV est aussi nécessaire pour réaliser un diagnostic préimplantatoire afin de détecter certaines maladies graves sur les embryons pour ne sélectionner que ceux indemnes pour être réimplantés. L’encadrement de cette technique est très strict en France, mais le risque de dérive eugénique est bien réel.

 

Parler au nom de l’enfant

Terminons par la GPA. Il y a deux circonstances médicales où l’on pourrait imaginer y avoir recours : l’absence congénitale ou chirurgicale d’utérus ou bien une maladie grave mettant la vie de la femme en danger en cas de grossesse. La problématique est multiple : la filiation, l’instrumentalisation du corps d’autrui, le prix à payer. En Inde ou dans certains pays de l’Est, cela se traduit par un véritable commerce du corps des femmes les plus démunies. D’aucuns imaginent qu’ici, dans certaines conditions et bien encadrée, la GPA répondrait à la détresse de certaines femmes, mais nous risquons à tout moment d’être confrontés à des situations inextricables : un bébé porteur d’une anomalie, une mère porteuse refusant d’abandonner l’enfant à la naissance, des conduites dangereuses pendant la grossesse, etc.

 

Pour conclure, je ne poserai qu’une question : « Qui parlera au nom de l’enfant ? », car le danger est bien de n’entendre que ceux qui, à corps et à cri, revendiquent un droit à l’enfant.

 

Dr Odile Bagot

 

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