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AccueilDossiersMai 2018Mettre sa maison au service de la Paix

Mettre sa maison au service de la Paix

Un verset du livre d’Isaïe est au cœur de la militance pour une non-violence évangélique active de Betty et Claude Braun. Depuis vingt ans ils ont agrandi leur maison pour l’ouvrir à tous les artisans de paix.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le Soc n’est pas un sigle pour désigner une association. Il s’agit bien d’un mot, emprunté à un verset célèbre du livre d’Isaïe : « De leurs épées ils forgeront des socs, et de leurs lances, des faucilles. Jamais nation contre nation ne lèvera l’épée ; ils n’apprendront plus la guerre. » (Is 2,4). C’est de cette vision prophétique que se réclament Betty et Claude Braun, les fondateurs de l’association. Cette catholique et ce protestant se sont mariés au début des années 80, tous deux s’inscrivant dans le mouvement du Retour à la terre, mais aussi dans l’esprit de Lanza del Vasto et du Mouvement International de la Réconciliation (MIR). Ce Mouvement, porté par des chrétiens de toutes nationalités et de toutes confessions, est né en 1914 devant le scandale de la guerre fratricide qui commençait. Prônant le refus de prendre les armes, il a également pour but de développer une réflexion théologique sur la non-violence.

Se sentant jusque-là bien isolés dans leurs convictions, Betty et Claude Braun vont découvrir un jour les « cassettes » diffusant les conférences de Jean Goss, lui aussi apôtre de la non-violence. « Quelle joie pour nous d’entendre ces conférences. Nous n’étions pas seuls. Quelqu’un d’autre, quelque part, était aussi intéressé par la non-violence », déclare Claude Braun. Cette rencontre, d’abord à distance, va être pour eux une véritable révélation.

 

La fête pour la paix

Ils vont alors transformer leur maison pour leur permettre d’organiser des conférences. Le 14 juillet 1980 est inaugurée la première Fête pour la Paix, regroupant plusieurs centaines de personnes. « On voulait faire se rencontrer toutes les énergies qui vont vers la non-violence, dit Betty Braun. Et cela dans tous les domaines de la vie : économie, agriculture, médecine, écologie… La réflexion était accompagnée d’un engagement concret par le biais d’une tombola. Cette première année, le produit de notre tombola était destiné à la construction d’un puits au Brésil. »

 

Après le succès de cette Fête pour la Paix dont la deuxième édition eut lieu l’année suivante, Betty et Claude Braun vont créer un group MIR en 1985. Ils se lancent alors dans une réflexion sur la non-violence évangélique. « Notre but était d’inscrire ce travail dans un contexte ouvert. Nous nous adressions aux chrétiens mais nous voulions faire également toute sa place à une approche humaniste. Ensemble nous voulions proposer une éducation à la paix. Peu a peu s’est constituée une bibliothèque et une vidéothèque. Parallèlement à la réflexion qui était menée, nous avons souhaité faire de notre maison un espace de paix. Il s’agissait de donner la possibilité aux personnes victimes de violence de trouver chez nous un accueil, un espace de repos, comme une parenthèse. Pour cela, nous avons créé un potager, convaincus que le travail de la terre est une véritable thérapie. »

 

Le SOC

En 1990, c’est la naissance de l’association « Le Soc ». Le symbole de cet instrument de travail de la terre en lien avec le verset du livre d’Isaïe dit parfaitement la conviction fondamentale des Braun : « Nous voulions transformer les mentalités de mort en mentalités qui sèment la vie. » Ce nouveau projet les oblige à construire un lieu spécialement dédié à côté de leur lieu de vie. Commence alors la construction de la « Maison Jean Goss » qui durera dix ans. Pour la petite histoire, un véritable soc de charrue sera découvert pendant les travaux ! Ce lieu va devenir un véritable laboratoire de la non-violence évangélique active. Les activités proposées sont nombreuses. « Nous nous sommes inscrits dans une démarche citoyenne pour le respect des droits de l’homme, des valeurs démocratiques, de l’environnement, sans oublier l’éducation à la paix. »

Fidèles à leurs convictions profondes, cette maison va être ouverte à tous. Des sessions et des conférences sont organisées à destination des gens des paroisses du diocèse mais aussi des non-croyants. Des chantiers-rencontres sont également proposés. La vie de la maison s’organise autour d’une démarche de production écologique, de non pollution, de non gaspillage et de recyclage. Des activités de loisirs et artistiques sont également au programme car il ne faut pas oublier que Claude Braun est artiste plasticien.

 

Les 20 ans de la Maison Jean Goss

Cette Maison fête cette année ses 20 ans. Même si des signes d’essoufflement se font sentir, elle poursuit son rêve de paix. « Nous nous réjouissons que d’autres réalités aient pris en compte la question de la non-violence et de l’écologie, explique Claude Braun. Laudato Si et les Sommets Climat sont la preuve que nous avions raison. Mais plus que jamais, la violence et la guerre habitent notre quotidien. Comment ne pas perdre de temps pour réagir à la violence d’aujourd’hui ? Comment accompagner les jeunes qui cherchent une fraternité et un monde dans lequel l’argent n’est pas tout ? »

Toutes ces questions prouvent que la Maison Jean Goss a encore de beaux jours devant elle.

                                                                                                                                                             Hervé Jégou

 

 


Jean Goss

Il naît à Lyon en 1912 dans une famille très modeste. Dans la nuit de Pâques 1940, peu de temps avant d’être fait prisonnier, Jean Goss fait une expérience mystique qui sera déterminante pour le reste de sa vie. Interné dans un camp de prisonniers à l’est de Lübeck, il décide de vivre « l’amour du prochain » au milieu de ses camarades de captivité et sous les yeux des gardes nazis. A la libération en 1945, il va partager sa vie avec les pauvres et les sans-abris. Il est alors très proche de l’expérience des prêtres ouvriers et de l’abbé Pierre. Mais sa non-violence évangélique va le faire passer pour un « illuminé » et un « sectaire » dans les rangs catholiques. C’est alors qu’il se tourne vers le MIR-France dont il devient le vice-président. En 1948, il renvoie son livret militaire et sa croix de guerre en se déclarant objecteur de conscience, statut pour lequel il va militer jusqu’à sa reconnaissance légale en 1963.

Devant le silence de l’Église face au réarmement et au développement des armes atomiques et bactériologiques Jean Goss va être scandalisé comme bien d’autres catholiques. Mais en octobre 1947 un article de l’Osservatore romano, signé par Mgr Alfredo Ottaviani, va attirer son attention. L’évêque affirme haut et fort que la guerre moderne est en totale contradiction avec la théorie de la « guerre juste ». En mars 1950, et après plusieurs demandes d’audience depuis la France, Jean Goss part à Rome et réussit à forcer les portes du palais romain pour rencontrer celui qui était devenu entre-temps le cardinal préfet du Saint-Office.

La rencontre se termine par ces mots du cardinal, comme une mission à lui confier : « Au fond, je devrais te condamner, mais je ne le fais pas. Dieu t’a confié une vérité pour l’humanité et pour l’Église, et un jour l’Église répondra. Tu as une mission : Va et témoigne partout ! » À partir de ce moment, le combat pour la non-violence va devenir aussi un combat pour la conversion de l’Église en ce domaine. Au moment du Concile Vatican II, c’est le même cardinal Ottaviani qui lui ouvrira les portes du groupe de travail sur les questions de guerre, de paix et de non-violence. Un combat que Jean Goss poursuivra jusqu’à sa mort en 1991.

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