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lundi 21 mai 2018
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Regard historique sur l’Alsace en 1918

En novembre 1918, l’épuisement des Empires centraux (Allemagne et Autriche-Hongrie) entraîne des mouvements révolutionnaires dans l’armée et la société. En quelques jours, les gouvernements s’effondrent. Le 11 novembre, l’armistice est signé à Rethondes. Les troupes françaises entrent en Alsace quelques jours plus tard.

Les conseils de soldats et d’ouvriers se dispersent, les Vieux-Allemands partent, certains étant expulsés sans ménagement, le tout dans une atmosphère nauséabonde de haine nationaliste. Des affiches fleurissent : « Dehors, les boches ! ».

 

Dans une Europe divisée

L’Europe est alors un espace clivé, où l’on rechercherait bien difficilement des espoirs d’une paix durable. Le traité de Versailles, voulu par un Clemenceau magnifié par les patriotes, mais qui se révèle mauvais prophète et ne ménage pas l’avenir : « L’Allemagne paiera ! ».

Dès 1922, Aristide Briand tentera de rattraper ce qui peut l’être… Et pourtant, en novembre 1918, la France se trouve encore occupée, en partie en ruine, cas presque unique d’un vainqueur occupé par le vaincu ! L’Alsace sort de quatre années passées dans le camp du vaincu qui est désigné comme le seul responsable de la guerre, contre toute évidence. Strasbourg, ville-phare du Reichsland, voit une bonne part de sa population s’en aller, alors que la campagne et les villes moyennes ne connaissent pas une telle saignée.

 

Novembre, décembre et jusqu’au 14 juillet 1919 sont des temps de fête : on se découvre, on salue l’armée française, on pleure les morts, quel que fut l’uniforme qu’ils revêtaient.

 

L’université, lieu de découvertes et d’un enseignement reconnu, est décapitée : les professeurs allemands doivent partir, sans leur bibliothèque personnelle. Nombre d’hommes sont tombés face aux Russes et aux Français. Des zones entières sont détruites dans les vallées de Schirmeck et de Munster, autour de Cernay et dans le Sundgau. Les particularismes locaux : langue, droit scolaire, droit des cultes, assurances sociales, retraites, livre foncier… seraient en péril si l’on introduisait le droit français.

 

Sans doute, le drapeau tricolore cache un temps ces craintes

Novembre, décembre et jusqu’au 14 juillet 1919 sont des temps de fête : on se découvre, on salue l’armée française, on pleure les morts, quel que fut l’uniforme qu’ils revêtaient. Une nouvelle administration se met en place, avec des hauts fonctionnaires français, mais qui peuvent s’appuyer sur des agents maintenus en place – et qui doivent apprendre le français de toute urgence. Qu’à cela ne tienne : on continuera à travailler en alsacien et en allemand !

Le personnel politique n’est guère renouvelé : la plupart des anciens députés au Landtag ou au Reichstag sont toujours là, assurant la transition et portant, comme le chanoine Eugène Muller, les questions d’Alsace-Lorraine à la Chambre des députés et au Sénat. Au fond, en attendant la guerre scolaire de 1924, déclenchée par le cartel des gauches, et la crise autonomiste, peut-être Otto Hermann, ouvrier d’une filature mulhousienne, avait-il raison en écrivant dès 1917 à son frère Wilhelm, non sans cynisme : « Nous autres Alsaciens, nous serons toujours du bon côté, que ce soit les Allemands qui gagnent la guerre, ou bien les Français. »

 

Benoit Jordan,
archiviste

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